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Les Européens sont de moins en moins favorables aux élargissements de l'Union.
Les Européens sont de moins en moins favorables aux élargissements de l'Union.
©Reuters

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Turquie, Ukraine, Serbie... Les Européens de moins en moins favorables aux élargissements de l'Union

En 2002, les Européen regardaient les élargissements de l'Union d'un bon œil mais le contexte économique et l'attitude des institutions ont progressivement créé une "fatigue des élargissements"' chez les citoyens.

Atlantico : En 2002 et en 2006, les chiffres des différents eurobaromètres montrent une attitude plutôt positive des Européens quant à l'élargissement. Néanmoins, dès 2009 ces derniers considèrent en grande majorité que les élargissements successifs ont eu des conséquences négatives. Comment expliquer ce revirement ? 

Pierre Verluise : Dans l’ensemble les pays membres de l’Union européenne se revendiquent des valeurs de la démocratie, et les institutions européennes également. Cependant, les pays comme les institutions de l’UE ont fuit le débat démocratique lors des élargissements de 2004, 2007 et plus encore 2013. En 2004, la petite musique de la communication institutionnelle était : "Dormez tranquille, la Commission européenne s’occupe de tout, demain sera comme hier". Force est de constater que tous les pays entrés depuis 2004 étaient et restent plus pauvres que la moyenne de l’UE. Cela finit par se savoir et contribue à une "fatigue des élargissements", bien que la majorité des nouveaux Etats membres progresse. Ajoutons que le contexte joue un rôle : la crise amorcée en 2008 conduit beaucoup à se préoccuper davantage de leur proximité que de pays éloignés et finalement mal connus.

Magali Balent :La crise et ses conséquences économiques et sociales sont évidemment passées par là, rendant les Européens fragilisés, plus réticents à l'égard de la poursuite de l'élargissement à des pays qui, en outre, affichent un retard économique important, ce qui laisse craindre un accroissement des disparités économiques au sein de l'UE. De plus, les derniers pays entrants, tels la Bulgarie et la Roumanie, font naitre de nouveaux enjeux sociétaux avec "la question Rom" et économiques liés au faible coût de leur main d’œuvre par rapport à celle des pays de l’ouest européen.  Ces nouveaux enjeux, mal anticipés, renforcent la méfiance à l'égard de la poursuite de l'élargissement.

Source : La commission européenne / 2002
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Source : La commission européenne / 2006
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Source : La commission européenne / 2009
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Si l'opinion européenne se voulait plutôt favorable aux élargissement en 2002 et 2006, qu'en est-il pour les candidats comme l'Ukraine ou la Turquie ? S'agit-il d'une différence culturelle ? 

Pierre Verluise : L’Ukraine n’est pas officiellement candidate, elle n’a même pas signé à ce jour l’accord d’association proposé au mois de novembre 2013. Il est trop tôt pour savoir comment la situation va tourner. Par ailleurs les pays membres de l’UE sont divisés au sujet des perspectives de l’Ukraine. Les Polonais, les Lituaniens et les Suédois, sont par souvent favorables à un rapprochement. En revanche, la plupart des Français considèrent qu’il y a d’autres priorités.

La Turquie est officiellement candidate – et depuis longtemps – mais depuis 2010 la négociation n’avance pas. Des deux côtés les signes de mauvaise volonté ont été nombreux et les tentatives de rabibochage semblent pénibles. L’UE donne l’impression de vouloir rester sur les écrans radars de la Turquie sans être globalement décidée à aller jusqu’au bout des négociations. La population française est largement opposée à l’adhésion de la Turquie. Certains nouveaux pays membres n’y verraient pas d’inconvénients.

Magali Balent :La question culturelle et religieuse est bien sûr au cœur du sujet s'agissant de la Turquie qui est un pays musulman dont se méfient les Européens à l'heure où l'on parle d’une recrudescence d'un islam politique depuis les attentats du 11 septembre 2001.

La Serbie et l'Ukraine sont quant à eux des pays chrétiens, donc proches des valeurs européennes mais qui restent cependant fragiles sur le plan politique et du respect des valeurs de l’Etat de droit. Là encore, la perspective d’un élargissement à des pays qui accusent un retard économique important par rapport aux pays de l’UE et qui ne sont pas stabilisés politiquement fait craindre le risque d’une importation de nouveaux problèmes dans l'espace communautaire.

(Favorable : bleu / Opposés : rouge)
Source : Ifop
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Les élargissements successifs ont-ils rendu les Européens frileux ? Pour quelles raisons ?

Pierre Verluise : L’UE a déjà connu sept élargissements successifs. Depuis 1995, 16 nouveaux Etats sont entrés dans l’UE. Qu’on le dise ou non, la nature de l’UE change progressivement. C’est comme un gâteau lorsque vous ajouter des ingrédients : c’est toujours un gâteau mais ce n’est plus le même. Pourquoi pas, mais encore faut-il avoir le courage de l’expliquer et de le justifier. Or, les élites européennes utilisent la construction européenne pour externaliser la contrainte mais hésitent à participer au débat public. A chaque élection pour le Parlement européen, c’est à celui qui partira le plus tard possible dans la campagne. Ce qui laisse un boulevard aux anti-européens et populistes de tous poils. Une fois encore, le contexte international et européen pèse lourd dans les perceptions.

Magali Balent : Il est vrai que les derniers élargissements à des pays accusant, comme je l’ai déjà indiqué, un fort retard économique (par rapport notamment aux pays qui ont été intégrés jusqu’en 2004) et marqués par une situation politique tendue, a pu donner l’impression qu’ils avaient été réalisés trop tôt et qu’il était peut-être temps de faire une pause.

En outre, la crise, qu'elle soit économique ou identitaire dans le contexte de mondialisation, a provoqué un réflexe de repli national, qui se manifeste par l’essor des partis populistes et la montée de l’euroscepticisme dans l’UE. Or cette tentation du repli sur soi rend la perspective d’une poursuite de l’élargissement d’autant moins réjouissante que l’UE à 28 peine à convaincre et à s'affirmer face à des partis eurosceptiques qui laissent croire qu’ils pourraient un jour en bloquer le fonctionnement.

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