Quand le micro-rotor n’est pas retors et quand le vert nous prend à revers : c’est l’actualité des montres en toute liberté | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Consommation
Le ballon rond de Mickey n’ira pas au Qatar (Gérald Genta)…
Le ballon rond de Mickey n’ira pas au Qatar (Gérald Genta)…
©

Atlantic-Tac

Quand le micro-rotor n’est pas retors et quand le vert nous prend à revers : c’est l’actualité des montres en toute liberté

Mais aussi une calandre mécanique qui avale les côtes, une légende qui pratique le retour en vol, les crampons d’une souris souriante, une hardie contemporaine de la Tour Eiffel, une vraie métropole horlogère et un labo créatif en plein Paris…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

Voir la bio »

MASSENA LAB x MATHEY-TISSOT : Après la légende…

Sans le vouloir, ce chronographe développé par Massena Lab en partenariat avec Mathey-Tissot réécrit une fameuse page de l’histoire horlogère. Remontons le temps jusqu’en 1954. Cette année-là, l’armée de l’Air française passe contrat pour une série de 2 000 chronographes destinés à ses pilotes, qui étaient jusque-là équipés avec les chronographes Hanhart de l’ex-Luftwaffe allemande [des montres mécaniques « cédées » par l’Allemagne au titre des dommages de guerre !]. C’est Breguet qui bénéficie du contrat gouvernemental pour cette montre « Type 20 », mais la marque – dont ce n’est pas du tout la spécialité – est bien incapable d’honorer ce contrat : elle fait donc réaliser ces chronographes par différentes marques, dont principalement la maison suisse Mathey-Tissot. Les lecteurs de cette chronique ont déjà repéré le laboratoire créatif Massena Lab, créé aux États-Unis par le franco-américain William Rohr, Niçois d’origine – d’où le « Massena » du nom de la marque. Très fin renard horloger, William Rohr revient aux sources de la légende Type 20 en rendant à Mathey-Tissot ce qui lui revient : proposée autour des 3 000 euros, cette Mathey-Tissot x Massena Lab Type XX Flyback va même jusqu’à proposer un système de « retour en vol » (flyback) qui permet de relancer le chronographe automatique sans revenir à zéro. Toujours en mode automatique, la version Mathey-Tissot x Massena Lab Tribute to the Type XX (ci-dessous : elle est proposée à moins de 2 000 euros) affiche un superbe cadran « tropical » d’un brun très chaud, avec un compteur des quinze minutes surdimensionné à trois heures (« Big Eye ») et une petite seconde à neuf heures. Attention, il n’y aura que 25 exemplaires de la Flyback et 99 exemplaires de la version Tribute : autant dire qu’il n’en reste déjà plus pour les retardataires…

ELKA : En vert et contre tout…

Lancée au printemps 2022 avec un indéniable succès auprès d’une communauté passionnée d’amateurs internationaux (Atlantic-Tac du 3 juin dernier) et à présent bien « stabilisée », la marque indépendante suisse Elka Watches – Elka tout court pour les initiés – revient avec une première poignée de montres de la série D3 aux cadrans revivifiés par de nouvelles couleurs : un rouge bordeaux élégant et sensuel, un noir intemporel qui s’assortira avec à peu près tout et un vert olive (ci-dessous) très mode et très « juste » (référence Pantone 5753C), qui évoque les terroirs dans une douceur tout ce qu’il y a de plus authentique. Des montres qui ont une superbe allure, avec leur boîtier de 41 mm dont les cadrans très sobres cachent des mécaniques automatiques suisses de premier ordre (calibre G100 La Joux-Perret, avec 68 heures de réserve de marche). Des montres néo-classiques très accessibles (comptez dans les 1 800 euros) dont la distinction au poignet semble magnifiée quand on les équipe d’un bracelet à mailles milanaises.

DEPANCEL : Toutes mécaniques dehors…

La jeune marque indépendante française Depancel prouve sa maturité avec le lancement de sa Série-R Cruiser, qui témoigne en même temps de la passion mécanique des (jeunes) créateurs de la marque. Rien n’est conformiste dans cette montre, à commencer par son boîtier en acier confortablement rectangulaire (42 mm x 36 mm). On appréciera aussi le cadran soigneusement travaillé en longues « côtes » verticales, avec une réserve de marche façon jauge d’essence à midi et un compteur sur vingt-quatre heures indication aube/crépuscule), ainsi que son appréciable choix de jolies couleurs (Petrol blue, Dark Green ou Shadow Black). L’étanchéité est assurée jusqu’à cinquante mètres, ce qui est un peu léger, mais c’est une montre dans le goût d’exaltation mécanique qu’on surnomme Café Racer, pas une « plongeuse » ! Le mouvement automatique est japonais (un excellent « tracteur » Miyota), ce qui est un peu dommage pour une montre d’esprit aussi français dans son élégance – mais il est vrai que la France ne dispose pas encore d’une vraie offre mécanique dans ce domaine (voir, ci-dessous, nos informations sur Yema). Comptez un peu moins de 700 euros pour cette Série-R Cruiser à l’indice d’octane très élevé…

YEMA : La méga-séduction d’un micro-rotor...

Il s’est produit cette semaine un événement considérable dans le paysage horloger tricolore : l’apparition d’une des plus belles montres françaises de ces dernières années, avec un mouvement automatique de toute beauté déjà à 80 % français – les 20 % restants relevant de l’ultra-spécialisation suisse ! La marque indépendante et familiale Yema nous propose, en souscription, une Wristmaster Traveller Micro-Rotor qui, comme son nom l’indique, est équipée d’un mouvement automatique à micro-rotor, une subtilité horlogère qu’on croyait réservée aux plus renommées des marques suisses (genre Patek Philippe, Chopard, Laurent Ferrier, etc.). Les composants essentiels de ce mouvement mécanique « manufacture » sont effectivement fabriqués, directement ou en sous-traitance, dans la région de Morteau où se trouve le siège de Yema et c’est une équipe française, emmenée par Olivier Mory, qui a mis au point ce chef-d’œuvre, baptisé CMM20 (C pour calibre, MM pour Manufacture Morteau), qui semble bien être le premier calibre à micro-rotor jamais réalisé en France par des méchaniciens français. Le bonheur des amateurs français est d’autant plus intense que la montre est superbe dans sa réinterprétation contemporaine des codes du « sport chic » : boîtier en acier de 39 mm très intelligemment travaillé (notamment la lunette évidée), avec de belles alternances de surfaces polies et satinées, bracelet métallique intégré, cadran sobre aux vagues de couleur, etc. Le tout proposé à 1 799 euros TTC sur Kickstarter, soit à peu près la moitié du futur prix public. Dès le premier jour, Yema a engrangé près de 2,2 millions d’euros de précommandes passées par 1 300 souscripteurs : autant dire qu’il faut se presser pour profiter de cette bonne affaire, puisque cette édition ne comptera que 1 948 montres – 1948 étant la date de naissance de Yema…

BVLGARI : Mickey sans crampons...

Un clin d’œil horloger avant que la planète toute entière ne bascule, volens nolens, dans trois semaines de folies footballistiques à la mode qatari : avec Gérald Genta, la marque d’amateurs avertis reconstituée par Bvlgari, Mickey s’entraîne sérieusement à dribbler comme un grand vers le but adverse. Comme toujours avec la série des montres Mickey imaginées par Gérald Genta, c’est le bras droit de ce Mickey souriant en short rouge qui indique les minutes, alors que les heures apparaissent en « sautant » dans le guichet au-dessus du pied gauche de Mickey (à dix heures de la montre). Comme l’aiguille des minutes semble « reculer » quand elle arrive à 60 pour revenir à zéro, on parle de minutes « rétrogrades ». Moment magique à la demie de chaque heure, quand le bras de Mickey arrive sur le ballon en suspension au-dessus de son nez : va-t-il shooter ? Sans crampons, avec ses pantoufles jaunes, ça risque de faire mal ! Peu importe, Mickey aura quelques jours pour se remettre : dans le bas de la montre, une aiguille tout aussi « rétrograde » marque la date tout au long du mois le long d’un calendrier semi-circulaire. Les amateurs – qui n’auront que 200 montres à se partager dans le monde entier – apprécieront de retrouver les cannelures traditionnelles sur les flancs du boîtier de cette montre en acier de 41 mm dont le mouvement automatique propose 42 heures de réserve de marche – soit le temps de disputer 56 matchs de football dans les temps réglementaires…

BON À SAVOIR : en vrac, en bref et en toute liberté…

•••• GIRARD-PERREGAUX : la montre « La Esmeralda » participe de la légende Girard-Perregaux. C’était, à l’origine, une montre de poche présentée par la marque à l’Exposition universelle de Paris, en 1889 [l’année de l’inauguration de la Tour Eiffel !]. Montre très remarquée à l’époque et dûment primée tellement on avait apprécié son mariage de haute horlogerie et d’expressions artistiques. Restée dans les collections de la manufacture, la montre de poche s’est muée en montre-bracelet, toujours en or rose, toujours avec les trois « ponts d’or » qui signent l’esthétique de la montre tout en architecturant sa mécanique [le pont inférieur « tient » le tourbillon], toujours avec les chevaux qui galopent en liberté sur le cadran, toujours avec un couvercle « secret » qu’il faut ouvrir pour découvrir le fond de la montre et son superbe mouvement, et avec, pour cet automne, de nouvelles interprétations en couleur. Le tout avec une profusion de gravures et une débauche de métiers d’art, notamment dans le recours à l’émail grand feu – le revers de la montre est magnifiquement orné. La nouvelle Esmeralda Tourbillon « à secret » Édition Eternity (ci-dessous) est, on l’a compris, une montre de fin gourmet horloger… •••• MB&F LAB : entre galerie d’art mécanique, boutique de montres de nouvelle génération et rendez-vous pour amateurs d’horlogerie non-conformiste, le premier espace « MB&F Lab » ouvert en Europe par l’équipe suisse de MB&F ne décevra personne. Tout passionné d’horlogerie se doit d’y passer (271, rue Saint-Honoré, dans le premier arrondissement, pile à côté de la boutique Chronopassion de Laurent Picciotto), histoire de découvrir non seulement les collections de MB&F (Maximilian Büsser and Friends), mais aussi des objets du temps incroyables, qui sont autant de curiosités mécaniques nées des grands courants de l’art cinétique. Il n’y a ici que des « machines », mais elles témoignent toutes d’un univers rétrofuturiste qui mérite le détour… •••• SHENZHEN : la Suisse comme première nation horlogère ? C’est vrai, mais pour une part de la production mondiale qui ne dépasse guère deux ou trois pour cent en volume, même si c’est plutôt 70 % à 80 % en valeur ! Le reste, en valeur comme en volume, provient essentiellement de la ville de Shenzhen, en Chine, et de ses environs : 42 % de la production mondiale de montres naît dans ce bassin industriel très spécialisé, où les marques chinoises s’apprêtent à partir à l’assaut des marchés de la planète. Rappelons que la Chine réalise, en volume, 80 % de la production mondiale de montre, dont plus de la moitié provient de la région de Shenzhen, où on estime que plus de 200 marques locales chinoises font fabriquer leurs montres. Ceci pour ne rien dire de toutes les marques occidentales qui sous-traitent une large partie de leurs composants du côté de Shenzhen…

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !