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La plage de Costa Del Este, à Panama City.
La plage de Costa Del Este, à Panama City.
©Luis ACOSTA / AFP

Atlantico Green

Les Nations Unies tentent de s’attaquer à l’explosion de la production de plastique

Des discussions ont été engagées dans le but de réduire la pollution due aux plastiques, dont la production ne cesse de croître. Mais le problème n'est pas tant leur production que l'absence de filières de recyclage.

Kako Naït Ali

Le Dr Kako Naït Ali est ingénieur et docteur en chimie des matériaux.

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Atlantico : Alors que la production de plastique continue de croître, des discussions ont été engagées dans le but de réduire la pollution due à ces matériaux. Quelle est la quantité de plastique que nous produisons annuellement ? Cette production est-elle en hausse par rapport aux années précédentes, avec la pandémie de Covid notamment ? 

Kako Naït Ali : Il faut bien différencier deux types de plastique. Il y a d’un côté le plastique jetable, comme les emballages, et d’un autre, les pneus, les colles, les vernis, les peintures… Celui-ci est durable et essentiel pour la durabilité de certains ouvrages. De plus, ses caractéristiques sont très intéressantes, et ce dans de nombreux domaines. De nos jours, la production de plastique tourne autour de 300 millions de tonnes au niveau mondial et cette production a tendance à augmenter. Réduire la production de plastique jetable ne signifie donc pas réduire la production globale due aux plastiques. 

Il y a quelques années, nous avons assisté à une chute de la production. C’était sans doute dû à l’émotion provoquée par certaines images, comme les tortues qui s’étouffent avec des pailles ou les oiseaux dont l’estomac est rempli de plastique. Pourtant, la pandémie de Covid-19 a causé un rebond de la production de plastique jetable. On s’est interrogé sur la possibilité de contamination via les surfaces, ce qui a poussé les consommateurs à acheter des aliments emballés plutôt que des aliments en vrac. En France, depuis le mois de janvier, on ne peut normalement plus trouver certains fruits et légumes emballés dans du plastique jetable, ce qui est une très bonne chose. 

Ces questions seront discutées lors de l'assemblée des Nations Unies sur l'environnement, qui débute le 28 février à Nairobi et se veulent aussi ambitieuses en termes de diplomatie climatique que l’accord de Paris de 2015. Peut-on penser que ces accords puissent déboucher sur des actions concrètes ?

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Personnellement, je suis assez inquiète de ce qui va se passer. Sur ce sujet, on a tendance à ne pas agir de manière rationnelle. La pollution à laquelle on assiste aujourd’hui vient principalement de la gestion des déchets. Dans de nombreux pays, les plastiques sont jetés dans les rivières qui se déversent directement dans l’océan. C’est le principal point à traiter. 

Si je comprends bien ce qui va être fait, l’objectif est de réglementer l’ensemble des matières plastiques. Cela pose un problème de taille. Premièrement, on a tendance à croire que les plastiques sont toxiques. Fondamentalement, ce n’est pas le cas. Ils le sont lorsqu’ils sont jetés dans la nature et que les polluants s’accrochent à leur surface et certains de leurs additifs peuvent poser un problème de toxicité. Enfin, il faut prendre conscience que l’on utilise beaucoup de plastique pour la transition énergétique. Ce qui m’inquiète est donc le fait que l’on parte sur des grands principes d’interdiction mais qui sont basés sur des idées reçues. Aujourd’hui, les plastiques sont techniquement recyclables mais dans de nombreux pays, il n’y a pas de filière en ce sens. Pour changer les choses, il faudrait que chaque pays soit en mesure de recycler ou de valoriser ses matériaux. La problématique est donc bien plus large que la seule question du plastique. Substituer le plastique par d’autres matériaux ne marchera pas, il faut plutôt changer notre manière de consommer ou de produire. Si ce sont des diplomates qui se penchent sur ces questions qui sont très techniques, je suis assez sceptique quant aux résultats. 

Une réduction de l’utilisation de plastique à grande échelle est-elle actuellement possible ? Certains pays auraient-ils plus de difficultés que les autres pour s’en passer ? 

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De nombreux pays ont des difficultés car on leur envoie nos déchets qu’ils sont censés traiter sans avoir les moyens de le faire. Dans certains pays ce sont les textiles, qui contiennent beaucoup de plastiques pour le cas du synthétique, pour d’autres ce sont les déchets électroniques qui en contiennent également… À titre d’exemple, les États-Unis ont beaucoup de mal à traiter leurs déchets car ils considèrent qu’une filière qui n’est pas rentable doit être fermée. Ils ont donc tendance à envoyer une grande partie de leurs déchets à l’étranger, ce qui est catastrophique pour les pays concernés et non éthique. De nombreux pays commencent à refuser de prendre en charge ces déchets.

En Europe, il y a une sorte de partenariat en fonction des capacités des pays à traiter les déchets. La France peut, à titre d’exemple, envoyer certains déchets en Belgique et inversement. Le meilleur moyen de stopper le processus de pollution serait donc de gérer le recyclage de manière locale. 

Les pourparlers, soutenus par l'administration Biden, sont actuellement à un stade préliminaire. Peut-on vraiment mettre en place des plafonds de production ou de nouvelles normes en termes de recyclage ? 

Je pense que notre premier objectif devrait être de réduire le nombre de types de plastiques disponibles. Ensuite, il faudrait revoir notre manière de consommer pour se passer d’un grand nombre de plastiques jetables. Par exemple, les sacs en plastique n’ont pas tellement d’intérêt, on pourrait s’en passer assez facilement. Au lieu de demander aux consommateurs de les réutiliser, on utilise des plastiques biosourcés, qui se retrouvent pourtant eux aussi bien souvent dans la nature. Le constat est le même pour les pailles. Ne pourrait-on pas utiliser des pailles réutilisables ou en métal ? Même si l’impact CO2 de ces objets est plus important et qu’il faudrait les utiliser de nombreuses fois pour que leur bilan soit inférieur à celui du plastique, cela reste une solution. 

De plus, pour que les objets en plastique soient facilement recyclables, il faut déjà que l’emballage ou le produit soit fabriqué à partir d’un seul type de plastique, ou de deux à condition qu’ils soient facilement séparables. Ensuite, comme je l’expliquais précédemment, il faut qu’il y ait une filière pour le recycler. Tous ces points seront probablement travaillés à Nairobi le mois prochain. 

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