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Les logos des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver de 2022 à Pékin, le 18 janvier 2022.
Les logos des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver de 2022 à Pékin, le 18 janvier 2022.
©NOEL CELIS / AFP

Atlantico Green

Les JO d’hiver de Pékin, des jeux verts, vraiment ?

Le gouvernement chinois promet des Jeux Olympiques d'hiver respectueux de l'environnement. Pourtant, en dépit des promesses, le coût écologique de ces jeux pourrait être faramineux

Emmanuel Véron

Emmanuel Véron

Emmanuel Véron est géographe et spécialiste de la Chine contemporaine. Il a enseigné la géographie et la géopolitique de la Chine à l’INALCO de 2014 à 2018. Il est enseignant-chercheur associé à l'Ecole navale.

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Atlantico : Le gouvernement chinois promet que les Jeux Olympiques d’hiver de Pékin seront « verts » mais aussi « inclusifs, ouverts et propres ». Si la Chine se présente comme un leader mondial en matière de durabilité et de lutte contre le changement climatique, ces jeux qu’elle considère comme vitrine de son pouvoir seront-ils réellement un exemple à suivre en la matière ? Les installations seront-elles réellement écologiquement viables ?

Emmanuel Véron : Rappelons brièvement que l’organisation et la tenue des Jeux Olympiques pour la seconde fois en Chine et dans la capitale, à Pékin, relève d’un exercice diplomatique et de communication tout à fait singulier, dans un contexte de dégradation des relations internationales entre la Chine et un spectre large de pays, pas uniquement démocratiques.  

D’un côté, Pékin a su développer divers aménagements et équipements à économie d’énergie et « intelligents ». Leader dans les smart cities, le développement des énergies vertes, la Chine fait et fera publicité de ces entreprises paraétatiques et des réalisations afin de communiquer sur ses propres efforts en matières environnementales à la fois à destination de la population chinoise et à l’internationale. Il en va de la légitimité du régime tant en interne qu’à l’international.

Il s’agit d’abord et avant tout de faire une promotion de l’amélioration de la qualité de l’air dans la région de Pékin et plus largement en Chine et changer la perception d’une Chine polluante…

Rappelons que la Chine reste et restera pendant de nombreuses années (décennies ?) le principal pollueur devant les Etats-Unis, l’Inde etc.  

La Chine, plus grande émettrice de gaz à effet de serre au monde, va créer de la neige artificielle pour ses pistes de ski, importer de l’eau dans le désert … Cette dissonance est-elle assumée par le gouvernement Chinois ? Quelles aberrations y a-t-il dans l’organisation de ces jeux ?

Les différents sites olympiques répartis dans les régions du nord de la Chine, à Pékin et autour de Pékin n’offrent qu’assez peu de reliefs massifs et pentus à l’instar des stations des JO passés. Pour pallier ces lacunes de relief et les configurations physiques nécessaires pour réunir les bonnes conditions de ski et autres compétitions sportives, le Parti-Etat a rassemblé depuis plusieurs années divers opérateurs et aménageurs pour transformer les paysages, installer les équipements idoines et ainsi faire la promotion du régime. Ce dernier serait seul légitime à prendre les décisions politiques et industrielles pour améliorer l’environnement.

Il s’agit d’une volonté réelle de contrôle de l’image du pays et du régime afin de détourner l’attention des effets désastreux de la pollution et à terme de contrôler les perceptions et la dimension cognitive sur les questions environnementales.

En réalité, les aménagements, le recours à la neige artificielle (comme la pluie jadis) sont dans la continuité des bouleversements écologiques et écosystémiques multi-milieux (terre, air, eaux). Le sujet de l’eau est essentiel. La région est bio climatiquement et hydrographiquement en situation de lacune. Les autorités ne font que déstabiliser l’ensemble et à terme déstructurer les équilibres déjà considérablement atteints.


Les organisateurs de ces Jeux Olympiques auraient-ils pu mettre en place d’autres solutions pour organiser des jeux plus propres ? Peut-on pointer du doigt la décision du Comité International Olympique pour avoir choisi Pékin comme ville hôte ?

Pékin a bénéficié de l’expérience acquise lors des campagnes pour les JO d’été en 2008, de leur accueil et des conséquences de leur tenue. Ces dernières qu’elles soient diplomatiques, sécuritaires, sportives ou d’aménagement du territoire, ont toutes servies la sédimentation des savoirs et des décisions politiques. Le contexte de la pandémie a accentué le contrôle de Pékin sur l’ensemble du spectre des opérateurs et des instances d’organisation, en plus d’un suivi méticuleux des JO au Japon à l’été 2021. 

Il est intéressant d’observer le déroulement des JO, des réactions internationales, en plus des boycottes diplomatiques, le traitement des athlètes quels seront les conséquences environnementales réelles après l’événement : pollution atmosphérique et retour ou redémarrage des usines/industries, stress hydrique, désertification etc..

Cet évènement sportif international n’est qu’un espace-temps resserré de l’exercice du pouvoir à Pékin pour faire la promotion d’un modèle qui souhaite détourner l’attention d’une crise systémique profonde qui participera d’ici à une décennie à sa remise en question.

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