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Vladimir Poutine a-t-il la puissance nécessaire pour que sa répression de l’opposition ne lui revienne pas en boomerang ?
©Mladen ANTONOV / AFP

Russie

Vladimir Poutine a-t-il la puissance nécessaire pour que sa répression de l’opposition ne lui revienne pas en boomerang ?

La France a appelé ce lundi soir à la « libération rapide » de l’opposant Alexeï Navalny, vraisemblablement empoisonné après son arrestation.

Cyrille Bret

Cyrille Bret

Cyrille Bret enseigne à Sciences Po Paris.

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Atlantico : D'un point de vue strictement interne, quelles peuvent être les conséquences de cette vague d'arrestation et de l'emprisonnement de Navalny dont on soupçonne qu'il aurait pu être empoisonné par un « agent toxique » ?

Cyrille Bret : Les conséquences seront locales mais non pas nationales. Pour comprendre la portée et les enjeux des événements des jours précédents à Moscou, il convient de reprendre le fil : dans la perspective d’élections locales à Moscou en septembre, les candidats d’opposition les mieux placés ont été déclarés inéligibles le 16 juillet dernier par les autorités russes. Le 20 juillet, une manifestation en soutien à ces candidats administrativement écartés a été autorisée à Moscou et a rassemblé près de 20 000 personnes selon ces mouvements d’oppositions. Enfin, le weekend dernier, une nouvelle manifestation – non autorisée celle-là – a conduit à l’arrestation de plus d’un millier de personnes à Moscou. Enfin, la figure désormais bien connue en Europe d’Alexey Navalny a été arrêtée pour cette manifestation, condamnée à trente jours de prison. Depuis son emprisonnement, son état de santé s’est rapidement dégradé pour des raisons encore à établir.

On le voit : le calendrier politique est agité à Moscou cet été. Et les derniers événements peuvent tout à fait nourrir une dynamique de contestation comme celle de 2012 et 2013 où Alexey Navalny avait rallié à la contestation de très nombreux manifestants opposés au système de pouvoir. Toutefois, il est peu probable que les conséquences soient nationales et internationales : bien entendu, ces événements nourrissent les critiques des Etats-Unis contre la Russie, pointant un usage disproportionné de la force. Mais les élections locales moscovites peineront à avoir un effet d’entraînement au moment où la scène politique marque la pause estivale – en Russie comme ailleurs. Les élections à Moscou conduiront sans aucun doute à la victoire du candidat soutenu par le Kremlin, Sobianine, mais continueront à donner lieu à des manifestations durant l’été et après les résultats.

Quel est l'état de l'opposition en Russie aujourd'hui au-delà de Navalny ?

Un mot prévaut parmi les opposants : découragement. En effet, Vladimir Poutine est désormais au pouvoir depuis vingt ans et a façonné la scène politique russe. Certains partis ne sont opposés qu’en apparence à Russie Unie, le parti du président. C’est le cas du LDPR nationaliste, du Parti communiste ou de la candidature aux présidentielles de Xenia Sobtchak. Les partis d’opposition résolus sont entravés par de faibles scores dans les urnes, par des tracas administratifs répétés et par la faible mobilisation de la population hors des grandes villes.

Si la contestation continue de grandir, Poutine a-t-il vraiment les moyens de museler son opposition ?  

Oui parfaitement. Pour des raisons conjoncturelles et pour des raisons structurelles. La puissance politique du président russe tient à la conjoncture. Sur le plan électoral, le parti du Président, Russie Unie, est allé de succès en succès, aux élections législatives de l’automne 2017 et aux présidentielles de mars 2018. De plus, la situation économique russe est en amélioration : les années de récession (2014-2016) sont passées, la crise de change est conjurée et des cours du pétrole au-dessus de 60 dollars le baril garantissent des recettes aux autorités publiques. De plus, l’année dernière, le président Poutine a commencé son nouveau mandat jusqu’en 2024 avec une victoire électorale massive.

Mais l’atonie de l’opposition tient aussi à des causes structurelles. La scène politique russe est structurée par la haine du désordre public qui a pour contrepartie le culte du chef. Or, aujourd’hui, seul Vladimir Poutine apparaît comme le garant de la stabilité et de l’unité du pays. En conséquence, les contestations sont locales – géographiquement et thématiquement – alors que le soutien au chef de l’Etat est largement répandu.

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