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Vers une nouvelle sélection naturelle : l’humain est entré dans une nouvelle phase de son évolution
©Reuters

Homo robotus

Vers une nouvelle sélection naturelle : l’humain est entré dans une nouvelle phase de son évolution

L'évolution humaine, comme toutes les autres, se fait à travers la reproduction. L'Homme s'adapte ainsi continuellement à son environnement et évolue à travers les changements sociétaux.

Pascal Picq

Pascal Picq

Pascal Picq est paléoanthropologue et maître de conférence au Collège de France. Il publie Un paléoanthropologue dans l'entreprise.

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Atlantico : L'évolution des espèces, et donc de l'homme, est guidée par la reproduction mais également par la constante adaptation de l'Homme à son environnement. Mais est-ce toujours le cas aujourd'hui ? Notre société moderne a-t-elle changé la donne ?

Pascal Picq : L'évolution des espèces n'est pas guidée. A chaque génération, la sexualité et la reproduction produisent de la diversité puisque chaque individu est une combinaison unique de gènes, qui se développera dans un environnement particulier et laissera une descendance plus ou moins nombreuse, ou pas. Mais depuis que l'homme nourrit l'espoir fou de contrôler ce qu'il est, ainsi que l'environnement, cela devient une entreprise délirante de domestication de la nature et des humains. Et nos sociétés modernes nous en donne les moyens avec toutes les formes de procréations assistées et de diagnostics pré-implantatoires. Or, à moins de contrôler l'évolution de nos environnements - ce qui est loin d'être le cas, notamment avec le réchauffement climatique et l'effondrement des biodiversités, il vaut mieux faire de la différence pour l'avenir de notre espèce. Nous nous mettons en danger, comme je l'explique dans mon dernier livre De Darwin à Lévi-Strauss : l'Homme et la Diversité en Danger (Odile Jacob 20013).

Ayant fini de nous adapter à notre environnement - à l'inverse, nous le plions à nos exigences - en sommes-nous arrivés au dernier stade de notre évolution ? Pourquoi ?

L'évolution ne s'arrête jamais. Le tout est de rester dans la course. Et on n'a jamais fini de s'adapter à l'environnement car l'environnement change à un moment ou un autre, sauf dans les abysses des fosses océaniques, au tréfonds des grottes ou dans des déserts isolés. La grande caractéristique de l'homme, c'est sa placidité morphologique, cognitive et sociale et d'avoir aussi assuré ses adaptations en modifiant à dessein ses environnements par les cultures et les techniques. Le fait que les deux-tiers de l'humanité vivront d'ici un demi-siècle dans des villes - soit plus de 6 milliards d'individus - risque d'ouvrir une ère nouvelle, d'autant que, comme vous le savez, les activités des hommes depuis des millénaires ont façonné une nouvelle ère géologique appelée Anthropocène. Le défi est, non plus de nous adapter à des environnements qui changent "naturellement", et que nous avons encore tant mal à comprendre et à assumer, mais de s'adapter à nous même.

Pour certains, notre capacité par exemple à digérer le lactose, serait le signe que nous continuions de nous adapter à notre environnement. Qu'en est-il des recherches sur ce point ?

On a fini par comprendre que les espèces co-évoluent au sein de leurs écosystèmes. On comprend aussi que les choix faits par les sociétés d'hier et d'aujourd'hui sur les modes de vie, et tout particulièrement les régimes alimentaires, exercent aussi une sélection sur nos organismes : c'est la co-évolution culture/biologie. La question de la fertilité masculine ; les pollutions (devenues première cause de mortalité dans le monde) ; la sédentarité et l'espérance de vie; l'alimentation et l'obésité ; les activités sociales, culturelles et intellectuelles en relation avec les maladies neuro-dégénératives; la résistance aux antibiotiques... font l'objet d'études de plus en plus précises dans une perspective évolutionniste, ce qu'on appelle la médecine évolutionniste (cf. Pascal Picq Il était une Fois la Paléoanthropologie Odile Jacob 2010). Les changements que nous connaissons actuellement proviennent des modifications très brutales de nos environnements depuis nos maisons à l'ensemble de la planète. Mais les médias préfèrent vendre des utopies du genre "on va tous vivre 120 ans et en forme" alors que les statistiques ne sont pas encourageantes ; hélas. Si nous continuons ainsi, il y aura de plus en plus d'inégalités entre les individus et les sociétés, c'est-à-dire du fait des choix de vie des individus au sein des sociétés et des choix de ces sociétés.

A partir de nos connaissances sur l'évolution humaine, dans quelle mesure peut-on envisager ce à quoi ressembleront nos descendants ? A quel horizon pourrait-on observer des changements significatifs ?

L'évolution ne se prédit pas, elle se constate. Evidemment, il y a eu des avancées formidables en un demi-siècle sur la santé et l'espérance de vie. La question est de savoir si cela va continuer ainsi. Si on regarde l'évolution humaine sur une échelle de 2 millions d'années, il y a eu augmentation de la taille du cerveau et du corps et un allongement de la vie en bonne santé. Mais c'est beaucoup plus chaotique dans les détails. L'homme de Cro-Magnon - vous et moi - mesurait plus d'un mètre soixante-dix et avait un cerveau plus gros que le nôtre. Mais avec les inventions des agricultures, tous ces paramètres ont considérablement régressé. Les populations actuelles ont retrouvé une grande stature comme celles de nos ancêtres immédiats, une espérance de vie supérieure, mais un corps plus gracile et un cerveau toujours plus petit. Aucun évolutionniste sérieux ne peut vous dire ce que sera l'humanité de demain. A titre personnel, la perspective de milliards d'humains dans des mégalopoles et leurs problèmes de stress, de pollution, de mobilité et d'épidémies potentielles renvoient l'avenir de l'humanité chez les derniers peuples dits traditionnels qui survivre dans les derniers écosystèmes encore préservés et, quelle ironie, hors des sociétés dites développées. Ce n'est pas du pessimisme; c'est tout simplement l'évolution.

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