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Taha Bouhafs pose lors d'une séance photo à Paris, le 21 février 2020.
Taha Bouhafs pose lors d'une séance photo à Paris, le 21 février 2020.
©JOEL SAGET / AFP

Rhétorique de la persécution

Taha Bouhafs, seul représentant possible de certains Français ? Voilà pourquoi il s’agit d’une escroquerie politique toxique

Taha Bouhafs devait se présenter dans la 14ème circonscription du Rhône, sous la bannière de la Nupes, avant de retirer sa candidature. La réthorique de LFI, qui évoque un "acharnement" ou une "campagne de calomnie" relève en réalité d'une escroquerie politique

Céline Pina

Céline Pina

Née en 1970, diplômée de sciences politiques, Céline Pina a été adjointe au maire de Jouy-le-Moutier dans le Val d'Oise jusqu'en 2012 et conseillère régionale Ile-de France jusqu'en décembre 2015, suppléante du député de la Xème circonscription du Val d'Oise.

Elle s'intéresse particulièrement aux questions touchant à la laïcité, à l'égalité, au droit des femmes, à la santé et aux finances sociales et a des affinités particulières pour le travail d'Hannah Arendt.

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Atlantico : Jean Luc Mélenchon a écrit sur Twitter : « Taha Bouhafs retire sa candidature aux législatives. Une meute s'est acharnée contre lui. À 25 ans c'est lourd de vivre avec des menaces de mort et des mises en cause publiques quotidiennes. Je m'en veux de ne pas avoir su le réconforter autant que nécessaire. » Comment analyser la manière dont LFI traite cette affaire ?

Céline Pina : LFI a très clairement lâché Taha Bouhafs car elle ne veut pas que sa dérive islamogauchiste soit reconnue. Elle sait que dans le vote utile pour Mélenchon, il y avait beaucoup de citoyens qui souhaitent simplement que la gauche soit représentée sans être forcément au courant de l’idéologie que porte aujourd’hui Jean-Luc Mélenchon. Pour certains, il a une aura tribunicienne et reste un véritable homme de gauche, attaché aux valeurs républicaines. Ils ne voient pas le discours de haine raciale que porte ce faux antiracisme qu’on appelle racialisme, qui fait la promotion de la guerre des race plutôt que de la lutte des classes. Ils ignorent la proximité de certaines thèses de Jean-Luc Mélenchon avec celles des islamistes, les éléments de langage commun quand il s’agit de parler de la France, du voile, de diffuser l’idée fausse d’une persécution des musulmans. L’affaire Taha Bouhafs est le résultat d’un deux poids, deux mesures médiatiques et politiques : la direction de LFI a cru qu’elle pourrait passer outre les déclarations à connotations racistes de Taha Bouhafs parce qu’étant arabo-musulman, il pouvait se permettre toutes les outrances. Heureusement les électeurs ont plus de bon sens que cela et face à la mauvaise publicité que lui apportait ce candidat, elle a dû reculer. Dans le même temps, LFI ne peut pas se passer de sa clientèle, elle a obtenu plus de 60% dans des quartiers où l’influence islamiste est forte. C’est cette clientèle qui leur a permis de peser dans l’élection. Mais, en même temps, ils ne peuvent pas se permettre de perdre des électeurs socialistes et sociaux-démocrates qui pourraient voter pour LREM si la dérive islamogauchiste de Jean-Luc Mélenchon devenait trop connue. Donc ils envoient des messages contradictoires : ils le sacrifient car il le fallait, mais ils font croire qu’ils l’ont fait sous la pression des autres forces de gauche. Cela donne une petite victoire au PCF et au PS, tout en permettant à LFI de continuer dans la rhétorique de victimisation qui sert sa clientèle. Cela leur permet de maintenir, dans le même temps, des candidats tout aussi communautaristes mais moins connus et de continuer le racolage électoral dans les quartiers. 

Marwan Muhammad a écrit à propos de Taha Bouhafs : « À travers la campagne de déstabilisation qui le vise, ce sont toutes celles et ceux qui auraient pu se sentir représentés par lui qui sont affectés. "Ceux qui ne sont rien" ont ici un candidat pour dire quelque chose. » Adrien Quatennens lui a déclaré « On peut s’inquiéter du fait que des habitants de cités populaires qui décident de s’engager subissent des campagnes de calomnie comme celle qu’a subie Taha Bouhafs ». Comment analyser cette rhétorique de LFI ?

Nous sommes dans une inversion de la preuve. Taha Bouhafs n’a pas subi une campagne de calomnies, ce que les gens ont ressorti ce sont des prises de position passées. Il a lui-même menacé et insulté certaines personnes sur les réseaux sociaux et fait preuve à maintes reprises d’une grande virulence. Il a été condamné pour injure publique à raison de l’origine » après avoir qualifié une policière d’ « Arabe de service ». Donc il n’est victime que de lui-même et de sa propre violence.

Par ailleurs, ce discours selon lequel le système ferait taire Taha Bouhafs parce qu’il est jeune et arabe est un discours victimaire ridicule. C’est même tout le contraire, ce garçon, journaliste autoproclamé qui n’a aucune rigueur déontologique et n’hésite pas à propager des fake news, (comme lorsqu’il avait prétendu que la police essayait de cacher des exactions lors des manifestations étudiante à Tolbiac en 2018) bénéficie d’une indulgence toute particulière à raison de son appartenance à la diversité. Même sa condamnation en première instance est niée par LFI  qui préfère parler de harcèlement par l’extrême-droite alors que l’assignation aux origines dont témoigne ses injures est patente et qu’il n’y a normalement pas de péché plus grave chez ces gens qui se proclament « antiracistes ». 

Derrière la communication autour du cas Bouhafs, c’est tout le discours de Jean-Luc Mélenchon sur la soi-disant persécution des musulmans qui est en filigrane. Or il n’y a pas de persécution des Musulmans en France, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de discriminations. Cette rhétorique de la persécution a beaucoup marché car durant l’élection Présidentielle, au premier tour, un message WhatsApp est devenu viral. Il expliquait que la loi séparatisme de Macron s’en prenait aux musulmans et que seul Mélenchon les défendait. Dans le cas Bouhafs, LFI ne peut garder une telle épine au pied et doit s’en débarrasser car les casseroles médiatiques de l’homme et l’intérêt qu’il concentre sont des révélateurs de la dérive islamogauchiste de Jean-luc Mélenchon. Cela lui assure certes un vote communautariste mais cela lui fait perdre de la crédibilité dans l’image de rassembleur de la gauche qu’il essaie d’installer. Or le récit qu’il veut imposer dans la campagne législative s’articule autour de l’union de la gauche et d’une soi-disant « election d’un premier ministre. Dans ce story telling, la drague éhontée du vote communautariste musulman appuyé sur des éléments de langage diffusé par les islamistes et les racialistes fait tâche. La thématique de la persécution des musulmans rapporte donc électoralement d’un côté mais empêche le déploiement et la récupération de la mystique existante autour de l’union de la gauche en faveur de l’émancipation et des droits des travailleurs quand, dans les faits, la vision de la société porté par le parti se réduit à une mise en accusation de la France décrite comme raciste et à la promotion d’activistes dont on nie les dérapages et les outrances. 

Taha Bouhafs lui-même s’était présenté dans une biographie comme faisant partie de « ceux qui ne sont rien » à qui il souhaite donner une voix. C’est une rhétorique beaucoup reprise par La France insoumise, qu’en penser ?

Si la voix des « sans voix », ce sont des gens qui n’ont aucune tenue, qui mentent (comme lors du dérapage de Tolbiac où il n’avait pas vérifié ses faits), qui tiennent des propos racistes, c’est d’une profonde tristesse. Cela voudrait dire que les « sans voix » n’auraient le droit, dans les faits, qu’à des gens qui se comportent mal. Cela voudrait dire qu’on les juge indigne d’être représenté par des gens dont les standards de tenue et de langage sont élevés. La société les voit comme tellement indignes que seuls des Taha Bouhafs peuvent les représenter ? Pourquoi ? parce qu’il leur ressemble ? Parce que ce sont des gens que l’on imagine incapables d’autres cgoses que de se rouler dans l’insulte, la menace et l’outrance ? Cela en dit plus sur la condescendance de la LFI à l’égard des « sans voix » que sur la réalité de cette population invisibilisée.

Ceux qui sont en mal de représentation attendent au contraire de la dignité, une hauteur de vue, une vision d’avenir et des choses positives. Les gens comme Taha Bouhafs construisent leurs carrières en envoyant dans le mur plus malheureux qu’eux. Expliquer à une population qu’elle est persécutée dans un pays comme la France où nous nous sommes battus pour faire vivre une égalité de droits, au-delà du sexe, de la couleur de peau, des croyances religieuses ou des représentations philosophiques, alors même que dans nombre des pays d’origine d’une partie de nos compatriotes cette égalité n’existe pas. Parler de « persécution », mot d’une rare violence, est déplacé dans un pays où l’école est gratuite, où il y a de nombreuses prestations sociales, où la justice condamne le racisme et l’appel à la violence. Faire croire qu’il existerait un racisme systémique, autrement dit que la loi organiserait des droits différents en fonction de l’ethnie, est un mensonge, mais cela nourrit à la fois l’apathie et le ressentiment. Cet apathie et ce ressentiment gâchent les vies des individus mais génèrent une accumulation d’echecs et d’aigreur facile ensuite à instrumentaliser en révolte.  Faire croire que « le système » est contre une partie de la population pour des raisons raciales, que celle-ci ne trouvera donc jamais sa place, décourage les familles et les individus de jouer le jeu de l’éducation, du travail, de l’assimilation etc. Le discours victimaire empêche de saisir les outils d’émancipation, de comprendre que cela sera sans doute plus difficile quand on vient des quartiers ghettos que des zones résidentielles de s’élever socialement mais que cela reste possible, qu’il faut s’emparer des outils que met à disposition l’Etat et la société. En tenant un discours où les origines deviennent une condamnation à résidence sociale, nombre de militants LFI engendrent de réelles victimes, des gens qui pensent que tout est foutu alors même qu’ils n’ont jamais rien essayé. Et c’est en envoyant des jeunes dans le mur avec ce type de discours, qu’eux construisent leur pouvoir et leur ascension sociale. C’est d’un cynisme sans borne.

Les vraies voix des sans voix sont celles qui se battent pour l’ascenseur social, qui croient au mérite, qui pensent que les inégalités de naissances ne sont pas vouées à devenir des inégalités de destin. Certaines personnes issues de quartiers populaires se battent pour faire des études, les familles surprotègent leurs enfants pour les aider à réussir. Lorsque j'étais au PS, déjà, on avait un jour privilégié un jeune homme issu d’une Cité avec quelques casseroles à un étudiant brillant, lui aussi venant d’un quartier difficile, au prétexte que le premier ressemblait à ceux à qui il allait parler et saurait donc mieux faire jouer l’effet miroir. Il fallait un militant un peu voyou sur les bords parce que les politiques voyaient tous les gens de ces quartiers comme forcément en bisbille avec les lois et les règles et incapables de réussir un parcours scolaire. Il y a une logique d’assignation identitaire très forte et très méprisante dans cette façon d’assigner des profils à la Taha Bouhafs aux gens des quartiers ghettos. On oublie trop souvent que la représentation, ce n’est pas renvoyer en miroir aux gens ce qu’on pense qu’ils sont, mais leur montrer ce qu’ils sont en droit d’attendre, ce qu’ils peuvent légitimement atteindre.

Cette affaire illustre-t-elle selon vous le malaise de LFI avec certaines valeurs de la République ?

L’affaire Taha Bouhafs illustre parfaitement pourquoi LFI n’est plus républicaine. Il y a chez Taha Bouhafs une haine raciale qui le conduit à penser qu’une personne noire ou arabe qui travaille dans la police trahit sa communauté. C’est tout le sens du terme « arabe de service ». Derrière, il y a l’idée que l’on trahit « sa race » pour se mettre au service du dominant, l’homme blanc, l’état français. C’est une assignation à résidence identitaire insupportable. En utilisant les termes de racisme systématique, en désignant la police comme une milice blanche où Noirs et arabes qui y officieraient seraient des traîtres, en faisant croire que la République n’est qu’une imposture, ils développent une rhétorique victimaire basée sur la haine de la France. Et ce discours est omniprésent chez LFI désormais. 

Rappelons aussi les liens de Taha Bouhafs avec toute la sphère islamiste : il aime à reprendre les solgans du hamas pour attaquer israël au nom de la défense de la Palestine, il emploie l’accusation d’ « islamophobie » contre tout relais d’opinion qui lui déplait, il fut l’une des figures de la marche contre l’islamophobie organisée par , il est lié aux Frères musulmans par ses relations fortes avec barakha city, Marwan Muhammad, son soutien aux militantes pour le voile d’Alliance citoyenne... Il est l’un des symboles du tournant antirépublicain de LFI. Un choix idéologique qui s’est traduit par l’élimination de figures connues du mouvement. Djordje Kuzmanovic, François Coq, Henri Peña-Ruiz, qui avaient une vision très républicaine et laïque de la société, ont été exclus de LFI et très violemment attaqués : leurs convictions laïques étant présentés comme fascistes. 

C’est aussi un parti qui n’a plus de lien avec un minimum de quête de vérité, de souci d’objectivité. Jean-Luc Mélenchon instrumentalise un discours indécent sur la « persécution des Musulmans », par pur opportunisme et clientélisme. Or quand on regarde les statistiques concernant les agressions en raison de la religion, les chrétiens sont les plus visés, avec plus de 1000 agressions liées à la religion par an, suivis des juifs avec entre 400 et 500 agressions par an (alors qu’ils représentent moins de 1% de la population) puis viennent les musulmans, avec une centaine d’actes. Les faits montrent qu’il n’y a pas de persécution en France des Musulmans. Alors pourquoi entretenir une idée malsaine, dangereuse qui dresse contre tout processus d’intégration une population déjà travaillée au corps par les prédicateurs de l’islam politique et qui n’a pas besoin que des gauchistes les instrumentalisent en tant que chair à canon de leur appétit de conquête du pouvoir ? Pourquoi cette rage contre les promesses certes imparfaites de la République pour finir par défendre des idéologies obscurantistes qui font les malheurs des peuples sur lesquels elles s’abattent ? Le cynisme qui consiste à défendre un militant dévoyé, violent et condamné en premier instance en essayant de le faire passer pour une victime d’un système raciste est déjà pénible. Mais qu’un parti qui trahit tout ce qui fait la beauté de la promesse républicaine, à commencer par l’égalité des hommes, se positionne encore en donneur de leçon, alors qu’il ne paye que le mauvais choix de son candidat, est franchement insupportable.

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