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Suicides de femmes enceintes : la dépression prénatale, un nouveau trouble psychologique bien plus grave que le baby blues
©Reuters

La vie en noire

Suicides de femmes enceintes : la dépression prénatale, un nouveau trouble psychologique bien plus grave que le baby blues

10 à 20% des femmes enceintes souffrent de dépression prénatale, dont la plus sévère des formes peut les pousser jusqu'au suicide. Certains symptômes peuvent alerter proches et médecins.

Catherine Isserlis

Catherine Isserlis

Catherine Isserlis est Médecin Pédopsychiatre, elle est aussi chargée de mission pour la Psychiatrie à l'Agence Régionale de Santé Ile de France 

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Atlantico : Après le baby blues, les scientifiques ont établi un nouveau syndrome psychologique dont peuvent souffrir les femmes enceintes : la dépression prénatale. Comment définiriez-vous la dépression prénatale ? Pouvons-nous aujourd'hui quantifier le nombre de femmes enceintes qui en souffrent en France ?

Catherine Isserlis : Cette pathologie est très fréquente. Au même titre que la dépression postnatale, elle touche environ 10 à 20% de toutes les grossesses.

La dépression prénatale se diagnostique via les mêmes symptômes qu'une dépression classique : la femme enceinte est pessimiste, anxieuse, triste, fatiguée et éprouve un très fort sentiment de culpabilité.

Quelles peuvent être les causes d'une dépression prénatale ? 

Il existe trois types de facteurs pouvant déclencher une dépression prénatale : les déterminants physiologiques, les déterminants sociaux et les déterminants affectifs.

Notre société valorise la grossesse, ce qui peut être déstabilisant pour une femme qui a du mal à se sentir bien avec sa maternité. Par ailleurs, il est parfois difficile pour certaines femmes de s’habituer à l’idée d’être mère et de passer à un autre stade de leur vie.

Si ce syndrome touche aléatoirement des femmes sans problèmes particuliers, les femmes bipolaires ou dépressives ont tout de même beaucoup plus de risques d’être touchées par la dépression prénatale.

Les femmes isolées et marginalisées socialement pendant leur grossesse sont aussi souvent sujettes à ce type de dépression.

Existe-t-il des solutions concrètes pour faire face à une dépression prénatale ?

Il existe différents types de solution en fonction de la sévérité de la dépression prénatale.

Tout d’abord, concernant les dépressions prénatales légères, une meilleure formation à ce type de pathologie des sages-femmes, des gynécologues et des obstétriciens suffirait au rétablissement psychologique des femmes enceintes, car la dépression prénatale est encore très mal identifiée. D'abord parce que ses symptômes sont très peu verbalisés par les femmes, qui s'auto-censurent faute de pouvoir dépasser la doxa selon laquelle une femme enceinte est nécessairement heureuse de s’apprêter à donner la vie. Ensuite parce que les symptômes, lorsqu'ils sont établis, sont en général mal interprétés. La fatigue et les sautes d'humeur sont à tort mis sur le compte des bouleversements hormonaux liés à la grossesse. 

Ensuite, pour les dépressions prénatales sévères, les traitements médicamenteux sont absolument nécessaires, même si beaucoup de médecins rechignent à utiliser des anti-dépresseurs pendant la grossesse. La dépression fait augmenter les tendances suicidaires, et ce même chez la femme enceinte. 

Enfin, la femme enceinte sous antidépresseurs doit être très encadrée, voire hospitalisée. L’environnement dans lequel elle est soignée ainsi que le soutien de ses proches sont des facteurs essentiels à son rétablissement.

Une femme faisant une dépression prénatale peut-elle aussi souffrir d'une dépression postnatale ?

La dépression prénatale n’est pas obligatoirement suivie d’un baby blues, cependant elle constitue un facteur de risque très important. Même une dépression prénatale légère peut contribuer à l’apparition d’une dépression postnatale sévère.

Propos recueillis par Chloé Chouraqui 

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