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Les élections régionales et présidentielle approchent.
Les élections régionales et présidentielle approchent.
©BERTRAND GUAY / AFP

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Présidentielle 2022 : vers (quasi) le même programme pour tous ?

L’élection présidentielle aura lieu dans douze mois, après les régionales dans trois : à elles de faire la première sélection des candidats puisque, dans ce spectacle politique, le casting précède le scénario.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Difficile exercice: comment se différencier, quand on a les mêmes objectifs ? En effet, les objectifs des candidats, déclarés ou non, sont, sinon les mêmes, du moins très proches. Donc les moyens pour les atteindre doivent être différents, ce qui est une source de complications… à repousser dans le temps. Les objectifs présidentiels ? Facile. Santé, croissance, emploi, formations initiale et permanente, lutte contre les inégalités, intégration économique et sociale, renforcement des territoires et démocratie, lutte contre le réchauffement climatique seront partout, dans des intensités et des ordres qui pourront différer. Certains candidats parleront de productions à rapprocher, pour des raisons d’« autonomie stratégique » ou d’« écologie ». D’autres mettront en avant le financement, avec ou sans impôt, pour payer la « dette COVID », ou bien les salaires à maintenir ou la participation aux résultats de l’entreprise. Mais l’essentiel portera sur « la vie après le COVID-19 ». Le problème est de marquer des points pour le premier tour de la présidentielle, avec les alliances adéquates, les réparties et expressions percutantes, sans oublier les vêtements seyants et poses qui marqueront !

Un tiers des voix au moins : l’objectif des « régionales » est de prendre place pour être premier, c’est le mieux quitte à s’attirer les flèches des autres, second, pourquoi pas et surtout pas troisième au premier tour en avril-mai 2022, car c’est l’horreur. Ceci en supposant qu’Emmanuel Macron se représente, avec un tiers des voix environ, par rapport à Marine Le Pen, un autre tiers, ce qui impliquera des tensions terribles entre « droite traditionnelle » ou « gauche » pour, a priori, dépasser Marine Le Pen. « La droite traditionnelle » doit « renaître », sauf à risquer de disparaître si Emmanuel Macron est réélu. En face, il faudra que « les gauches » deviennent « la gauche », sauf à entrer en crise majeure, ayant à voter encore pour Emmanuel Macron, ou à s’abstenir pour laisser passer Marine Le Pen. A côté de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron, il y a donc aujourd’hui un poste à gauche, pour pouvoir gagner et un à droite, pour figurer.

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Comment se différencier pour atteindre les mêmes objectifs ? Les oppositions traditionnelles sur la monnaie, le budget et la sortie de la zone euro ont disparu. Le « carcan de Maastricht » est desserré, « l’austérité » oubliée, Bruxelles devient presque sympa ! L’euro est là pour rester, fêtant ses vingt ans au même taux qu’à sa naissance par rapport au dollar. Il est jugé crédible, certes moins utilisé que le dollar mais avançant doucement : un tiers des échanges, un cinquième des réserves. Le déficit budgétaire français n’a jamais été aussi large mais jamais financé pour si peu cher, grâce à une Banque centrale européenne qui n’envisage pas d’arrêter. Alors, que demander avec Marine Le Pen sinon un contrôle de l’immigration, à gauche, moins d’inégalités par plus d’impôts, à tous moins de pollution par plus de relocalisations ?

Où est donc passée la géopolitique ? Elle est sortie du radar, dans ces débats et projets de programme : disparu le risque d’une zone euro qui pourrait se fragiliser plus, faute d’une intégration renforcée, par rapport à une Chine plus proche et à des États-Unis qui regardent plus ailleurs. Ceux qui veulent annuler la dette du Trésor auprès de la Banque de France y pensent-ils ? Ceux qui ne parlent pas de dépenses militaires, d’intelligence artificielle et de cybersécurité préfèrent-ils des potagers plus proches ? Ceux qui entendent contrôler l’immigration ont-ils vu les prévisions démographiques sur l’Afrique ?

Peut-on tout dire, si on veut gagner les élections ? Dire que les conditions de financement de la France, si favorables, ne s’expliquent que par l’appui de l’Allemagne, qui permet aussi à Christine Lagarde de faire aux banques des conditions très sympathiques : alors public et privé s’endettent. Dire que ce secteur public explique les paperasses qui s’entassent, pendant que les entreprises sont moins rentables, surtout qu’en Allemagne, donc innovent, investissent et exportent moins ? Dire qu’il faut donc simplifier les structures administratives, puis les digitaliser si on veut remonter la pente, et travailler plus et plus longtemps ?

Non : Pour que ne rien ne change, il faut que tout change, donc… reprenons le Programme commun de juin 1972 !

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