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Pourquoi Nicolas Dupont-Aignan ne voit plus la menace pour la République du côté des patriotes
©Capture d'écran

Union des droites

Pourquoi Nicolas Dupont-Aignan ne voit plus la menace pour la République du côté des patriotes

Exclu durant plus de 50 ans par la classe politique dirigeante, illé-gitime en raison de ses origines politiques, le Front National, sous l’influence, puis la direction de Marine Le Pen concrétise au-jourd’hui une étape jusqu’alors inconcevable pour son parti.

Nathalie Krikorian-Duronsoy

Nathalie Krikorian-Duronsoy

Nathalie Krikorian-Duronsoy est philosophe, analyste du discours politique et des idéologies.
 
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En concluant hier "un accord de gouvernement" avec l’un de ses adversaires, Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, Marine Le Pen semble avoir franchi aujourd’hui le cap décisif, auquel elle travaille depuis plus de dix ans, pour donner au FN une légitimité démocratique et républicaine et l’imposer au rang de ceux qui gouvernent la France depuis 1958, date des débuts de la Vème République.

Ainsi vivons-nous aujourd’hui un tournant de l’histoire politique française. 

Il s’agit d’une rupture évidente avec le passé, fruit de l’acharnement politique de Marine Le Pen, autant que des échecs de Nicolas Sarkozy et de François Hollande successivement à la tête du pays depuis 10 ans.

Car c’est sur le rejet des deux anciens partis de gouvernement, le Parti Socialiste et Les Républicains, éliminés du deuxième tour de la Présidentielle 2017 que, dans cet entre deux tours, se consolident les choix de l’électorat français qui parait fondés, pour l’essentiel, sur une violente critique du politique et de ses pratiques. 

C’est en tout cas ce que confirment les trois candidats, Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon dont les discours, autant que les programmes, ont en commun d’attaquer les deux partis, à droite comme à gauche, jadis dominants, qui se sont par-tagé le pouvoir à chaque échéance électorale jusqu’au 23 avril 2017.

Ainsi, le "ni droite… ni gauche" anti-partis de Macron, favori du deuxième tour, fait-il désormais écho à celui historiquement porté par le FN depuis 50 ans.

De même, l’hostilité suscitée par le libéralisme économique du Président d’En Marche, chez les 19,58% des nouveaux électeurs de La France Insoumise, conduite par Jean-Luc Mélenchon affir-mant dimanche sur TF1 : "Le Front républicain ça consiste à donner des brevets de pompiers à des pyromanes", ne fait-il que renforcer la position de la Présidente du FN, challenger de ce deuxième tour.

De sorte qu’au fond, la réelle victoire de Marine Le Pen réside non pas tant dans les 21,30% obtenus à l’échéance de ce premier tour, ni même aux 40% pronostiqués au 7 mai par les sondeurs, qu’au fait qu’elle en train d’en finir avec le Front Républicain anti-FN et par conséquent avec la dé-légitimation qui frappait son parti d’opprobre depuis sa création en 1972.

C’est pourquoi la décomposition politique des partis traditionnels de gouvernement, concrétisée par leur effondrement électoral du premier tour, traduit-elle au fond une recomposition profonde, et sans doute durable, du contenu des idéologies françaises.

Dès à présent donc, on constate que ce qui était hier désigné par le terme "fascisme" dans l’ensemble de la classe politique et dans l’opinion, n’étant plus incarné par les discours de Marine Le Pen, comme j’ai déjà eu l’occasion de le montrer,  ne semble plus être une question centrale dans cette Présidentielle, comme ce fut pourtant le cas en 2002, dans des circonstances électorales a priori similaires. 

Il semble d’ailleurs qu’Emmanuel Macron lui-même, concentré sur la conquête présidentielle, n’avait pas réalisé, avant la piqure de rappelle adressée par François Hollande,  que l’argument "an-ti-fasciste" était non seulement une donnée historique de la vie politique française, mais pouvait lui être utile dans une campagne de second tour. 

Après avoir un peu sur-joué sur les symboliques commémorations contre l’antisémitisme, le racisme et les fachos, il a orienté sous le regard bienveillant de Ségolène Royal, hier à la Villette, l’essentiel de ses arguments contre le FN : "Le projet de l’extrême-droite c’est la violence, la réduction des libertés, la né-gation des différences", montrant qu’il avait compris la leçon po-litique. 

Reste qu’ayant construit sa candidature sur l’ambition de renouveler, voir "refonder la vie politique française", Emannuel Macron aura peut-être du mal à attraper les électeurs qu’il convoite, à gauche comme à droite, avec une vielle sauce anti-FN qui ne prend presque plus.

Car même si les politiques de tous bords, et les médias, peinent encore à accepter ou à comprendre cette réalité, la Présidente du FN a imprimé au parti dont elle a hérité une ligne, certes résolu-ment nationaliste, mais aussi tout à fait républicaine. 

C’est d’ailleurs le sens qu’a voulu imprimé Nicolas Dupont-Aignan à son accord avec Marine Le Pen lorsqu’il affirmait lundi : "Nous avons l’occasion de mettre fin à une cassure absurde entre les patriotes et les républicains."

Or, cette nouvelle idéologie trouve forcément sa logique confortée par les horribles attentats terroristes qui meurtrissent le sentiment national. Le danger "fasciste" qui met en cause les idéaux démocratiques et républicains de la France, se situant plus clairement aujourd’hui du côté des islamistes. Ce que Marine Le Pen n’a par ailleurs cessé de marteler à chacun de ses meetings du premier tour.

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