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Une femme de 40 ans qui a eu dix partenaires sexuels masculins a indirectement rencontré 8 132 652 personnes.
Une femme de 40 ans qui a eu dix partenaires sexuels masculins a indirectement rencontré 8 132 652 personnes.
©Reuters

Sex degrees

Pour 7 partenaires sexuels directs... jusqu'à 2,9 millions de partenaires indirects

Lloydspharmacy a eu une idée : inventer un calculateur de partenaires sexuels pour sensibiliser sur les risques de maladies sexuellement transmissibles. Il réserve des surprises...

Après la théorie des six degrés de séparation entre les habitants de la planète, voici celle des degrés de séparation sexuelle.

Lloydspharmacy a eu une idée : inventer un calculateur de partenaires sexuels. Le Sex Degrees of Separation Calculator (calculateur de degrés de séparation sexuels), permet de savoir avec combien de personnes l'utilisateur a été en contact sexuel indirect. Le but : sensibiliser le public au risque des maladies sexuellement transmissibles et aux dangers des relations sexuelles non protégées.

Faisons un petit test. Prenons par exemple une femme de 40 ans qui a eu dix partenaires sexuels masculins : elle a indirectement rencontré 8 132 652 personnes. Pour couronner le tout, l'outil est assez culpabilisant car il apprend à notre cobaye que les personnes de son groupe d'âge n'ont en général eu "que" 3 340 048 partenaires indirects.

Mais d'autres exemples sont possibles : un homme de 25 ans qui a eu neuf partenaires sexuelles femmes a couché avec " seulement " 485 051 personnes indirectement. Une femme de 30 ans ayant eu 7 partenaires hommes a connu... 2 907 947 personnes.

Voila le principe : il faut renseigner son age, son sexe, et le nombre de partenaires sexuels. Le calculateur demande ensuite l'âge et le sexe de chaque partenaire en question - cela peut donc prendre du temps, et encore faut-il le savoir...

Mais comment procède donc le calculateur pour déterminer quelle a pu être la vie sexuelle de vos différents amants ? C'est simple. Il utilise sa base de données statistiques, pour rechercher, en moyenne, combien de partenaires sexuels ont dû avoir vos partenaires, en fonction de leur sexe et de leur age. Il répète ce processus sur cinq " générations " de partenaires. Le tout donne le degré de séparation sexuelle.

Ces chiffres vertigineux soulèvent bien sur une question anxiogène : "Si j'ai été en contact avec tant de partenaires, alors avec combien de maladies ai-je été en contact ?

 

Le calculateur aide à comprendre pourquoi les taux d'infection par des maladies sexuellement transmissibles augmentent, à une époque ou un homme déclare en moyenne avoir eu neuf partenaires et une femme 6,3 au Royaume-Uni. Les jeunes ont des scores plus élevés que les personnes plus âgées, parce qu'elles ont en général davantage de partenaires sexuels, aux aussi jeunes, qui ont donc en principe eu de nombreux partenaires, etc.


Les chiffres de la Health Protection Agency montrent que les infections sexuellement transmissibles (IST) connaissent un pic parmi les jeunes de 15 à 24 ans, qui représentent à eux seuls 57% des diagnostics de blennorragie et 56% des diagnostics de verrues génitales.

 

En France, 7000 nouvelles infections par le VIH sont recensées chaque année. Toujours en France, en 2012 selon le laboratoire de microbiologie de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille, les diagnostics de syphilis ont augmenté : ils ont été 2,7 fois plus nombreux que durant la période 2005-2011 en moyenne, passant de 62 cas en moyenne durant cette période à 164 en 2012. Même constat pour les personnes primo-infectées par le VIH : 1,8 fois plus de diagnostics en 2012 (16 cas) qu'au cours des années 2005-2011 (9 cas en moyenne).

 

Ce type de prévention est-il utile ? Atlantico a interrogé Pascal de Sutter, psychologue-sexologue qui organise également des séminaires d'épanouissement conjugal, (voir le site les sens de l'amour).

Atlantico : S'agit-il d'un simple gadget ou ce genre d’initiative peuvent-elles être des instruments cruciaux de prise de conscience au sujet de la dangerosité des IST ? La peur est-elle un instrument efficace ? Si ce n’est pas le cas, quelles seraient les bonnes méthodes ?

 

Pascal de Sutter : Je le vois plutôt comme un gadget, je pense que cela présente un intérêt assez moyen. Les chiffres des partenaires sexuels indirects sont en effet vertigineux, mais je ne vois pas pourquoi ils provoqueraient tout à coup un changement de comportement chez les personnes, en quoi ils inciteraient soudain à prendre davantage de précautions. C’est en tout cas ma première impression en tant que psychologue et sexologue.

Je ne pense pas que ces chiffres puissent réellement être très effrayants. Ils sont seulement de nature à convaincre des personnes qui ont déjà peur d’avoir des rapports sexuels. Or, je ne pense pas que la peur puisse être le meilleur traitement préventif des IST.

On ne met pas sa ceinture parce que l’on a peur d’avoir un accident. On met sa ceinture parce qu’en pleine conscience, on réalise que c’est un outil qui nous permettra, si un accident advenait, d’avoir plus de chances de survivre, moins de chances d’être blessé. Les gens ont progressivement pris conscience de cela, non pas parce qu’ils ont peur, mais parce qu’ils pensent que c’est la bonne chose à faire, c’est donc devenu une habitude.

De même, je pense que porter un préservatif avec une personne nouvellement rencontrée, c’est la bonne chose à faire, cela ne se discute pas, c’est une évidence. On ne le fait pas parce que l’on a peur que l’autre personne ait eu 2 553 082 partenaires. Il s’agit de poser les bons actes en pleine conscience.

La moto est extrêmement dangereuse, elle cause des catastrophes chez les jeunes. Il ne sert à rien de leur montrer des gens déchiquetés et paralysés par des accidents, mais il faut leur dire « si tu décides de monter sur une moto, tu sais parfaitement bien qu’en roulant dans la circulation tu te mets en danger. C’est ton choix, mais tu le sais en pleine conscience ». La sexualité, c’est la même chose.

 

Quel est l'état des lieux des IST aujourd'hui en France ?

 

Il est inquiétant de constater que les contaminations semblent être en augmentation. Cette augmentation s’explique par une sorte de phénomène de rebond. Dans les années 1990 sont apparues toutes sortes de campagnes sur le Sida, et elles provoqué un recul dans le nombre de partenaires, car les gens réalisaient que cela était très dangereux, mortel.

Puis, l’arrivée des trithérapies, l’idée s’est développée dans le public et surtout chez les jeunes, que finalement ce n’était pas si dangereux que cela, que l’on pouvait se faire soigner, qu’il n’y avait pas vraiment lieu de s’inquiéter.

Pourtant, à une époque on disait que le Sida allait être une nouvelle peste, et que la moitié de la population mondiale allait disparaitre. A trop crier au loup, on finit par ne plus avoir peur du loup. Paradoxalement, toutes ces campagnes sur les IST, l’herpès, l’hépatite, le Sida dans les années 90, on a donné l’impression aux jeunes que le sexe était vraiment très dangereux. Mais parallèlement ils constatent que leurs copains s’amusent à droite et à gauche et n’ont rien, ils en concluent que l’on a crié au loup pour rien, et ils vont dans le bois sans protection. C’est un effet pervers de ce type de campagne.

Les primo-infections au VIH continuent à augmenter, des maladies que l’on croyait avoir éradiquées comme la syphilis sont en augmentation. Loin de disparaître, les IST seraient en augmentation.

Il y a un réel souci de santé publique et je crois qu’il convient d’informer les jeunes et de les éduquer à prendre un certain nombre de précautions. Premièrement, il faut bien sûr utiliser des préservatifs avec des partenaires nouveaux. Les partenaires établis doivent faire tous deux des examens complets pour vérifier qu’ils ne sont pas porteur de maladies. Enfin, il faut limiter les aventures sexuelles lorsque l’on est en état d’ébriété, où l’on n’est plus capable de faire les bons choix en pleine conscience. Essayer de faire peur en montrant des chiffres horrible me semble contre-productif

 

Les jeunes ont plus de partenaires sexuels que les personnes plus âgées. Quelle est l'ampleur de l'augmentation des partenaires sexuelles ? Mesure-t-on l'influence de cette augmentation sur l'incidence des infections sexuellement transmissibles ?

L’ampleur n’est pas majeure chez les jeunes en général, où le nombre de partenaires n’a pas tant augmenté. L’augmentation du nombre de partenaires est surtout significative chez les femmes. Je trouve que c’est plutôt une bonne chose, car cela témoigne surtout de la réduction de l’écart entre les hommes et les femmes, d’une sorte d’égalité.

Les hommes ne sont plus les seuls à s’amuser à aller voir à droite à gauche, souvent des prostituées. Car en effet, si les hommes avaient plus de partenaires que les femmes en moyenne, cela signifie nécessairement que certaines femmes particulières avaient énormément de partenaires : les prostituées. Le fait que les hommes trouvent peut-être plus de partenaires non prostituées et recourent moins à la prostitution et une bonne chose.

A ce sujet, Michel Bozon a dirigé en 2006 une enquête sur la société française, qui comparait le nombre de partenaires des hommes et des femmes aujourd’hui et auparavant et s’intitulait "Contexte de la sexualité en France" (Bajos N, Bozon M, Beltzer N. Enquête sur la sexualité en France : pratiques, genre et santé. Paris : La Découverte, 2008 ; 601 p). De mémoire, les garçons sont passés de 7 à 9 partenaires en moyennes, quand les filles sont passées de 3 à beaucoup plus.

 

Selon des statistiques françaises, les femmes déclarent avoir eu en moyenne 4,4 partenaires dans leur vie, les hommes 11,6 partenaires. Cette différence peut-elle s'expliquer par un plus grand tabou présent chez les femmes, qui se refuseraient à déclarer des nombres importants de partenaires sexuels, quand au contraire ce nombre peut-être valorisant chez les hommes ?

Les filles mentaient, en général. Encore aujourd’hui, y a de fausses déclarations. Peut-être en effet que les filles d’aujourd’hui sont moins gênées de dire qu’elles ont connu 4, 5 hommes voire une dizaine, alors qu’auparavant elles avaient honte de déclarer avoir connu plus d’un ou deux hommes.

Les sous déclarations sont certainement en diminution. Les gens ne s’envoient pas en l’air avec tout le monde même aujourd’hui, pour moi c’est une légende urbaine.

Les garçons trichent peut-être dans l’autre sens et en rajoutent pour se vanter. Je rencontre parfois des patients qui sont honteux de dire qu’à 45 ans ils n’ont connu qu’une femme, et pensent qu’ils ont un problème. Peut-être que ces hommes, interrogés dans le cadre d’une enquête, déclareraient avoir connu 3 ou 4 femmes pour paraître normal.

Au début du XXe siècle, une campagne hygiéniste il ne fallait surtout pas toucher les enfants car on venait de découvrir que l’on transportait tout une série de germes sur les doigts, et que toucher l’enfant revenait à le faire toucher par les centaines de milliers de personnes avec qui l’on avait été en contact en serrant des mains, etc. Ces consignes ont eu des conséquences dramatiques, car on sait aujourd’hui que les enfants qui ne sont pas touchés dans leur jeune âge développent de graves problèmes de santé mentale. C’est un peu la même chose avec cette prévention alarmiste : "attention, quand vous couchez avec quelqu’un, regardez toutes les personnes avec qui vous avez couché ! Quelle horreur, c’est monstrueux". Je ne suis pas sure que cela fasse avancer l’humanité.

Il ne faut jamais conclure qu’il ne faut plus se toucher. Je milite au contraire pour plus de sensualité, être plus en contact, se caresse davantage. Je crois que notre société souffre plus d’un manque de contact humain. En tant que sexologue, je limite pour une pleine conscience de son comportement amoureux et sexuel davantage que la course à l’orgasme. Contrairement aux idées reçues, les jeunes ne couchent pas avec tout le monde tout le temps, c’est un mythe.

Propos recueillis par Julie Mangematin

 

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