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Les maisons de retraites, par manque de personnel qualifié, envoient de plus en plus leurs résidents trop dépendants à l’hôpital.
Les maisons de retraites, par manque de personnel qualifié, envoient de plus en plus leurs résidents trop dépendants à l’hôpital.
©Reuters

Tribune

Personnes âgées : priorité à la solidarité

Les maisons de retraites, par manque de personnel qualifié, envoient de plus en plus leurs résidents trop dépendants à l’hôpital, signe de l'engorgement actuel du système et de l'incapacité de proposer un vrai cadre aux personnes en fin de vie. Une tribune de Pascale Michon, Emmanuel de Kerhor, Daniel Walter, Nicolas Martinet et Edouard Petit.

Pascale Michon, Emmanuel de Kerhor, Daniel Walter, Nicolas Martinet et Edouard Petit -

Pascale Michon, Emmanuel de Kerhor, Daniel Walter, Nicolas Martinet et Edouard Petit -

Pascale Michon, Emmanuel de Kerhor, Daniel Walter, Nicolas Martinet et Edouard Petit sont directeurs d’EHPAD à Saint-André-lez-Lille  (59); en Loir-et-Cher (41) ; à Fontenay-le-Comte (85) ; à Desvres (62) et à Nanterre (92). 

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Mercredi 11 juin 2014 s'est ouvert devant la Cour d'Assises des Pyrénées-Atlantiques le procès du docteur Bonnemaison, pour l'empoisonnement de sept personnes âgées. Comme à chaque affaire concernant la fin de vie, l’émotion relance le débat sur une révision du cadre mis en place en France depuis la loi Leonetti du 22 avril 2005, pourtant adoptée à l’unanimité par le Parlement.

Nous, directeurs d’EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), n’avons pas vocation à faire à notre tour le procès des hôpitaux ou services d’urgence. Nous en connaissons les compétences, car nous travaillons 365 jours de l’année avec ces partenaires. Nous sommes liés à eux par des conventions, qui font l’objet d’évaluations, pour mieux accueillir et soigner nos résidents âgés, notamment grâce aux services d’hospitalisation à domicile et de soins palliatifs. Nous partageons tous avec les acteurs de santé le souci de garantir la meilleure qualité d’accompagnement possible aux personnes qui vivent dans nos établissements. Reconnaissons toutefois ensemble que nos résidents sont trop souvent hospitalisés pour des séjours qui les déstabilisent et pourraient avantageusement être évités si on donnait des moyens décents à tous les acteurs sanitaires et médico-sociaux dédiés aux personnes âgées.

Suivant leur propre logique, les autorités de tutelle (ARS et Conseils généraux) accentuent de plus en plus leur pression sur la maîtrise des coûts. Mais est-il légitime de laisser entendre que les "vieux" coûtent encore trop cher, à l’hôpital ou en établissement ? Trois millions de journées d’hospitalisation de personnes âgées à 700 € (minimum) la journée, ce serait près de 2,1 milliards d’euros à économiser chaque année. Calcul "expéditif" ! Plusieurs reportages sur des services d'urgences complètement engorgés pointent du doigt les maisons de retraite, accusées de se décharger de leurs résidents trop dépendants.

Pourtant, concernant un choix de société aussi grave, il nous semble qu’il est temps d’engager une réflexion collective. Elle doit être sereine et approfondie mais surtout solidaire ! S'il y a bien une urgence, c'est de se donner les moyens d'accompagner la vieillesse avec autant d’ambition que le handicap.

Dans l’imaginaire collectif, la fin de vie est automatiquement associée à la souffrance. La technique soignante et la réglementation actuelle permettent heureusement la mise en œuvre de moyens efficaces pour gérer la douleur sans attenter à la vie. Mais ces moyens restent mal connus, y compris des soignants. Pourquoi devrait-on poser un geste définitif sur quelqu’un qui n’a rien demandé, geste qu’on dira "compassionnel", alors que tout être humain a d’abord besoin d’une présence d'humanité, surtout en fin de vie, et d’un soulagement de sa douleur ?

Cette affaire nous confirme que trop de personnes âgées sont dirigées vers l’hôpital par les maisons de retraite qui n'ont pas les moyens humains, en particulier la nuit, de leur assurer les soins nécessaires. Un transfert en urgence en ambulance, l’attente sur un brancard, l’anxiété de se trouver hors de son lieu de vie habituel, sans visage connu à ses côtés, l’incompréhension lorsque la personne âgée a des troubles cognitifs, l’incapacité de maîtriser la situation, est-ce cela que nous souhaitons pour nos propres parents ou grands-parents ? Ces hospitalisations-catastrophes de personnes nonagénaires, à cause d’un manque de personnel financé – infirmiers et aides-soignants surtout – sont une forme de maltraitance indigne de notre société.

Des solutions alternatives sont à promouvoir : l’accompagnement de nos aînés sera pensé en termes de parcours coordonné associant tous les acteurs concernés. Les services d’hospitalisation à domicile, les équipes d’appui et de soins palliatifs interviennent déjà dans nombre d’EHPAD. Cela doit se généraliser. Et les moyens humains doivent être adaptés avec les mêmes exigences que celles de nos voisins européens. Or les financements issus de la journée de solidarité ont été de nouveau gelés cette année ; la loi Autonomie annoncée ne prévoit aucun effort en direction des établissements qui accueillent environ le quart des personnes âgées en fin de vie de notre pays. Voilà deux scandales.

Le procès de Bayonne fait enfin éclater l’effrayante solitude de tant de soignants et de personnes âgées dans ces moments cruciaux. La réflexion sur l’étape-clef de fin de la vie doit être collégiale, partagée entre la personne elle-même, ses proches et les professionnels de santé et le personnel médico-social d’accompagnement. C’est précisément l’intérêt des directives anticipées que d’ouvrir un dialogue, fait de questionnements croisés, et de souhaits, qui sont toujours évolutifs et ajustables. Faute d’un tel dialogue, on risque une décision unilatérale, d’un soignant dépassé sur un malade épuisé.

Développons donc une culture du "prendre soin" et de la relation qui nous engage tous : la vraie solidarité doit se traduire par une présence plus importante auprès de la personne âgée, de professionnels, de proches et de bénévoles, tous indispensables pour donner du sens à cette fin de vie en combattant la solitude.

Voilà certainement la plus belle reconnaissance que nous pouvons offrir à ceux et celles qui nous ont tant donné durant leur existence par leur affection, leur travail, leurs engagements. Leur longue vie mérite d’être honorée jusqu’à son terme naturel par des proches attentifs et des professionnels compétents. Ce serait l’honneur de notre pays que de respecter enfin la dignité au grand âge. Ce qui suppose de  protéger les personnes âgées avec fermeté des fausses-solutions du suicide ou de l’euthanasie.

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