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Législativement geek

Le Parti pirate ou l’échec des mouvements contestataires en France

L'échec du Parti pirate révèle, une fois de plus, que la société française est attachée à un débat démocratique selon des formes institutionnelles assez classiques qui ne laissent que peu de places aux mouvements alternatifs. A l'inverse de l'Allemagne où ces partis parviennent à percer...

Monique Dagnaud

Monique Dagnaud

Monique Dagnaud est sociologue au CNRS. De 1991 à 1999, elle a été membre du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.

 

Elle a récemment publié le livre : Génération Y, les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion (Presses-de Sciences-PO, 2011).

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Atlantico : Comment peut-on expliquer léchec du Parti pirate en France aux dernières élections législatives alors que des mouvements similaires parviennent à percer en Allemagne ?

Monique Dagnaud : De façon générale, les pays nordiques sont plus ouverts aux mouvements de contre-culture. Le Parti pirate français est majoritairement composé de personnes travaillant dans le secteur informatique qui défendent les valeurs de la « net société » et de la « net éthique ». Leurs terrains de prédilection concernent essentiellement la régulation d’internet mais aussi la moralisation de la vie politique publique : la transparence de l’action des élus est une revendication forte (dans l’esprit de Wikilieaks par exemple).

Ces deux dimensions sont importantes dans les pays germaniques. Mais dans ces pays, elles sont  affiliées, me semble-t-il,  à un projet que l’on pourrait qualifier de contre culture, des valeurs et modes de vie alternatifs, alors qu ‘en France ce parti est avant tout l’émanation d’une « République des informaticiens », qui voient dans internet la matrice de la transformation sociale.

Que se soit en France ou en Allemagne, les Partis pirates représentent une mouvance idéologique bien définie axée sur les valeurs inscrites dans la généalogie d’Internet. Ils ont également la volonté de se présenter aux élections dans un cadre institutionnel alors que beaucoup de nouveaux mouvements, comme les Indignés par exemple, ne souhaitent pas présenter de candidats et désirent fonctionner hors des institutions. La caractéristique des Partis pirates est donc leur capacité à s’organiser avec une vraie originalité tout en acceptant d’investir le cadre parlementaire. Mais le cadre institutionnel français, caractérisé par un débat cristallisé autour des deux grands partis, n’est peut être pas propice à l’émergence de tels partis.

Léchec du Parti pirate français ne sexplique t-il pas par le fait que ses propositions puissent être reprises par les partis traditionnels ?

Effectivement, nombre de leurs propositions, celles portant par exemple sur le logiciel libre, ont été acceptées par les écologistes. De même, la gauche, les écologistes, et même quelques personnalités de droite ont soutenu leurs mobilisations contre la loi Hadopi. Mais leur projet de société est nouveau et original en soi. Ainsi, ils ne s’inscrivent pas dans la lutte des classes, terme qui organise le clivage droite/gauche.

Le Parti pirate, comme les Indignés, s’insurge contre le bipartisme politique, avec le sentiment que les grands partis sont impuissants à réguler la marche du monde, notamment des puissances financières et économiques, ce qui induit scepticisme et insatisfaction. 

Sur un certain nombre de thèmes, il faut reconnaître qu’ils penchent plutôt à gauche même s’il existe un volet libéral provenant de la culture « start-up ». Il s’agit d’un projet libéral-libertaire, peut-être plus libertaire d’ailleurs que libéral car certains membres du Parti pirate réclament la mise en place d’une allocation universelle. La démocratie est leur axe principal : une démocratie radicale propulsée par internet.

Quel avenir le Parti pirate peut-il avoir en France ?

Il est très difficile de se prononcer sur leur avenir politique en France. Il s’agit d’un mouvement politique ayant une forte dimension culturelle. Mais il sera difficile pour eux d’obtenir le même score que leurs homologues allemands car la société française est attachée à un débat démocratique selon des formes institutionnelles assez classiques et  n’est pas vraiment portée sur les mouvements alternatifs.

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