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Libéralisation des paris en ligne :
un échec ?
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Pas joueurs, les Français ?

Libéralisation des paris en ligne : un échec ?

Libéralisé en mai 2010, le marché des jeux d’argent en ligne devait être juteux et créer des emplois. Alors que les derniers chiffres du secteur sont tombés récemment, quel bilan peut-on tirer un an plus tard ?

Florian Motemps

Florian Motemps

Florian Motemps est le co-fondateur de Kuzeo.com, comparateur intéractif de sites de jeux d’argent en ligne légaux.

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En juillet 2010, deux mois après l’ouverture à la concurrence des jeux en ligne, les ambitions étaient affichées. La Coupe du monde de football, malgré la débâcle des Bleus, avait été un succès, mais devait surtout être un tremplin pour faire de la France un pays de parieurs, avec un marché des paris en ligne qui devait générer 800 millions d’euros en 2013 pour le sport et 440 millions pour l’hippisme.

Les semaines passaient et beaucoup voyaient les paris sportifs comme le véritable succès, au détriment du poker dont la croissance était trop faible et les contraintes trop importantes pour les joueurs tricolores : le rake (taxe prélevée lors des parties de cash game) trop élevé, les variantes de poker autorisées (Hold’em et Omaha) trop peu nombreuses, la possibilité de jouer uniquement entre Français trop limitée.

Mais quelques mois après, en octobre 2010, la FDJ et le PMU s’accordaient déjà pour dire qu’il n’y a « pas eu d’escalier avec la Coupe du monde de football ».

Au 31 décembre 2010, un bilan fait état de 3 millions de comptes créés sur les sites légaux en « .fr » dont les 2/3 de joueurs actifs. Une réussite pour l’ARJEL qui a réussi à faire basculer les internautes vers les sites agréés. Concernant les paris sportifs, le foot concentre les mises pour 62% d’entre elles, loin devant le tennis à 23%. Les joueurs misent 110 € chaque semaine en moyenne, pour une mise moyenne de 7,50 €. Les paris hippiques se portent bien et le poker également, que ce soit en cash game ou en tournois.

La réalité un an après : des chiffres impressionnants, mais…

Depuis juin 2010, plus de 10 milliards d’euros ont été misés sur internet selon l’ARJEL, avec un succès en particulier pour… le poker. Plus précisément le cash game, ce mode de jeu où les joueurs peuvent entrer et sortir d’une table de poker quand ils le souhaitent, à l’inverse des tournois.

Voici les chiffres délivrés par l’Autorité de régulation concernant le 1er semestre 2011 : 293 millions d’euros misés en paris sportifs, 496 millions en turf et 3,77 milliards en poker. Seulement, il faut comparer avec le second semestre de l’année passée, quasiment équivalent en terme de mises. Selon le président de l’ARJEL, Jean-François Vilotte, le marché est stable. S’il peut s’en féliciter puisque l’objectif de la libéralisation n’était pas, selon lui, de « faire exploser le marché », cette stagnation n’était pas prévue par tout le monde puisque le secteur devait croître jusqu’en 2013. Après le site 200%poker.fr, qui vient de fermer ses portes, d’autres opérateurs de jeux pourraient jeter l’éponge dans les mois qui viennent.

Les chiffres sont impressionnants concernant les mises mais restent inférieurs aux prévisions. Parler d’échec est un grand mot mais il est certain que revoir la loi va devenir nécessaire dès cet automne, avec la clause de revoyure à 18 mois. Parmi les sujets majeurs, il sera nécessaire de réduire les taxes qui asphyxient les opérateurs de jeux, de proposer un taux de retour aux joueurs plus compétitif par rapport aux concurrents illégaux (pour éviter la fuite des internautes vers l’offre illégale) et d’autoriser un plus grand nombre de jeux, comme les jeux de grattage, toujours sous le monopole de la Française des Jeux.

Enfin, et à cela il n’y a pas grand-chose à faire, la France reste un pays de « joueurs modérés », comme le confiait le PDG de la Française des jeux. Même si les Français n’ont jamais autant joué qu’en 2010, il faut reconnaître que la dynamique est retombée, notamment au niveau des paris sportifs.

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