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Un vendeur emballe des calendriers 2021 mettant en vedette le défunt leader communiste Mao Zedong et l'actuel président chinois Xi Jinping, sur un marché à Pékin, le 3 novembre 2020.
Un vendeur emballe des calendriers 2021 mettant en vedette le défunt leader communiste Mao Zedong et l'actuel président chinois Xi Jinping, sur un marché à Pékin, le 3 novembre 2020.
©GREG BAKER / AFP

Nouvelle doctrine

Nouveau Mao ? Xi Jinping verrouille son pouvoir pour étouffer les critiques qui montent 

Le président chinois a profité du centenaire du Parti communiste chinois pour annoncer une nouvelle doctrine et permettre son potentiel maintien au pouvoir à vie.

Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont est enseignant-chercheur à l'Université catholique de Lille où il dirige le Master Histoire - Relations internationales. Il est également directeur de recherche à l'IRIS, responsable du programme Asie-Pacifique et co-rédacteur en chef d'Asia Focus. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur les quetsions asiatiques contemporaines. Barthélémy Courmont (@BartCourmont) / Twitter 

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Atlantico : Pour la première fois depuis 40 ans, une doctrine sur l’histoire du Parti communiste a été prononcée par un président Chinois. Les précédentes ayant été prononcées par Mao Zedong et Deng Xiaoping. Qu’est ce qu’une doctrine sur l’histoire du Parti et pourquoi est-ce si important ? 

Barthélémy Courmont : Il s’agit d’une affirmation doctrinale visant à réinterpréter, et à inscrire comme un standard, la trajectoire idéologique chinoise et, ce faisant, à définir de nouveaux objectifs. C’est donc à la fois une inscription historique et un exercice de prospective basé sur une ligne directrice. Le dernier exercice de ce type remonte à 1981, quand Deng Xiaoping à pris ses distances avec la révolution culturelle qui est estimée comme l'héritage de Mao Zedong, positif à 70% et négatif à 30%. Auparavant, en 1945, Mao Zedong avait critiqué les voix dissidentes au sein de parti et ainsi défini la ligne idéologique qui mena à la fondation de la république populaire en 1949 et la mise en place de son régime politique. Dans les deux cas, les dirigeants chinois s’étaient servis de cette doctrine pour asseoir leur légitimité et consolider leur pouvoir. Xi Jinping profite ici du centenaire du Parti communiste chinois pour en rappeler les mérites, et mettre l’accent sur son bilan. Le texte adopté par le comité central indique ainsi que depuis son arrivée au pouvoir en 2021, « le socialisme à la chinoise est entré dans une nouvelle ère ». Une évocation très explicite de ce qui est présenté comme un véritable tournant dans l’histoire du parti, et donc de la Chine contemporaine.

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En mettant en œuvre une telle doctrine, XI Jinping s’assure-t-il une présidence à vie du parti ? Y a-t-il d’autres leviers qu’il a mis en place pour qu’il reste en place ? Au sein du parti, des opposants sont-ils présents ? 

Xi Jinping dispose d’un pouvoir plus important que ses prédécesseurs depuis la mort de Deng Xiaoping, mais son bilan n’en demeure pas moins sujet à critiques. La Belt and Road Initiative (BRI) qu’il a lancée en 2013 et qu’il incarne est montrée du doigt pour les immenses dépenses qu’elle génère et les maigres retours sur investissements. La gestion de la Covid-19 fut également, on s’en souvient, critiquée début 2020. Enfin, au sein du parti et de l’armée, les deux piliers du pouvoir que contrôle Xi Jinping, on trouve des éléments conservateurs et des réformateurs, des défenseurs d’une ligne orthodoxe du parti, qualifiée de néo-maoïsme, et des membres inquiets d’une dérive idéologique aux contours incertains. Face à de possibles dissonances en interne, Xi Jinping fait le pari du renforcement de son autorité et d’un pouvoir sans partage, à un an du congrès du parti qui devrait, selon toute logique, le reconduire dans ses fonctions.

En ce qui concerne l’économie, la doctrine de Xi Jinping projette le pays jusqu’à la moitié du siècle, l’avenir de la Chine passera-t-elle obligatoirement par les décisions de Xi Jinping désormais ? 

Pour le moment oui, et cette nouvelle doctrine historique, qui consacre la « pensée Xi Jinping » en est la confirmation. Xi Jinping a eu l’intelligence de fixer des objectifs pour 2049, lui permettant de renforcer son pouvoir, sans avoir à en subir ensuite les conséquences de toute façon. La volonté de faire de la Chine la première puissance mondiale est ainsi un moyen pour le président chinois non seulement de glorifier son travail depuis son arrivée au pouvoir, mais aussi de justifier qu’il se maintienne au sommet de l’Etat, rendant ainsi inaudibles toutes les critiques.

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