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Le président de la Commission européenne présente ce mercredi à Bruxelles son Programme européen en matière de migration.
Le président de la Commission européenne présente ce mercredi à Bruxelles son Programme européen en matière de migration.
©REUTERS/Yannis Behrakis

Polémique européenne

Migrations et quotas : pourquoi le plan européen présenté par Jean-Claude Juncker déchire l'Europe

Le président de la Commission européenne présente ce mercredi à Bruxelles son Programme européen en matière de migration. Un plan qui prévoit une mesure particulièrement contestée : celle de quotas de migrants pour chaque pays.

"Il faut ouvrir les portes pour éviter qu'on entre par les fenêtres". La phrase a été lancée par Jean-Claude Juncker en avril dernier. Lassé du manque de réaction des pays européens à la question migratoire, le président de la Commission européenne va présenter ce mercredi à Bruxelles son Programme européen en matière de migration, lors du conseil européen. Une annonce extrêmement attendue dans un contexte explosif, celui des centaines de migrants qui arrivent chaque semaine en Europe, fuyant la misère et la guerre en Afrique, à bord d'embarcations surchargées.

Alors que les drames sont nombreux, l'Union européenne a été vertement accusée de ne pas réagir. En avril dernier, le Haut Commissaire de l'Onu aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, avait condamné l"approche insensible" et le "manque monumental de compassion" des pays européens à ce sujet. Des accusations qui ont contraint Jean-Claude Juncker à porté le projet d'une nouvelle donne sur la migration en Europe, et à travailler sur un plan dont l'objectif est de soulager certains pays, notamment l'Italie, la Grèce et Malte du fardeau des demandeurs d'asile. En Italie, quelque 80 000 réfugiés sont en attente de régularisation, ou d'expulsion. Un flot qui risque de prendre chaque mois plus d'ampleur.

Le plan proposé ce mercredi définirait la politique migratoire de l'Europe pour les cinq années à venir et s'articule autour de quatre piliers : l’aide aux pays d’origine et de transit des migrants, le contrôle des frontières dans le sud de la Libye et les pays limitrophes, la mission de sécurité et de défense contre les trafiquants et passeurs et l’obligation de se répartir les migrants, sur la base de quotas. Quotas : c'est le terme qui a capté toute l'attention médiatique et crée la polémique. Chaque pays aurait droit à une répartition de migrants, selon le PIB, la taille ou encore le nombre de demandeurs d'asile déjà accueillis sur la base du volontariat. La mise en place est déjà actée puisque le Parlement européen en a approuvé le principe voilà deux semaines.

"On ne peut pas laisser aux seuls soins des seuls Etats membres directement concernés la gestion de la relocalisation des réfugiés. Il s'agit de solidarité partagée", a dit le 29 avril Jean-Claude Juncker au Parlement européen. Car la solidarité est bien le point qui fait débat. C'est cette notion qui avait fait échouer le sommet européen extraordinaire organisé le 23 avril, après une série de naufrages meurtriers en Méditerranée.

Le plan est donc sujet à d'intenses tractations politiques entre les États membres et la Commission. Car si la solution est soutenue par l'Allemagne et les pays débordés comme l'Italie ou Malte, elle ne plait pas à tout le monde, et rencontre même une franche hostilité de certains. Le Royaume-Uni, où le récent triomphe de David Cameron s'est notamment joué sur le durcissement des conditions migratoires, la Pologne, les Etats baltes, ou encore la Hongrie, sont notamment vent debout contre l'idée. Viktor Orbán, le président hongrois, a parlé d"une idée "folle".

Et la tension monte entre certains pays accusés de ne pas jouer le jeu. "Six pays, Allemagne, Royaume Uni, France, Suède, Italie, Belgique, ont à charge 80% des demandes d'asile dans l'UE, 15 pays acceptent d'accueillir des réfugiés et treize ne font rien, ne prennent aucune responsabilité ", a fustigé l'ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt, désormzis président du groupe Libéral au Parlement européen.

L'idée d'imposer des quotas pourrait même être abandonnée en raison des dérogations accordées à la Grande-Bretagne, à l'Irlande et au Danemark, ces trois pays ne participant pas à la législation sur l'asile et l'immigration.

Pour d'autres, le problème ne viendraient pas de l'emploi de quotas, mais du caractère contraignant et permanent de la mesure. Car si pour le moment, le plan devrait être "temporaire" en application de l'article 78.3 du traité de Lisbonne , l'objectif serait de le rendre permanent dès la fin de l'année, souligne le Figaro.

Le président de la Commission se heurte aussi à l'hostilité de sa propre famille politique, le PPE. "Nous rejetons cette approche, car elle va renforcer le problème", a ainsi déclaré le président du groupe, l'Allemand Manfred Weber. Alain Lamassoure, président de la délégation française du groupe PPE au Parlement européen, a  estim" que la politique sera "très difficile à vendre auprès de l'électorat français". Il ne voit pas qui pourrait être d'accord avec un tel système, "à part les pays soulagés de la pression comme l'Italie, ou encore l'Allemagne et la Suède. Le député européen soutient pour sa part "un mécanisme de solidarité au cas par cas

Si les hommes politiques sont aussi réticents devant ce plan, c'est bien par peur de la réaction populaire. La question des migrants et de l'immigrartion semblent exaspérer de plus en plus l'opinion des pays européens, comme en atteste les scores solides des partis du type Ukip en Grande-Bretagne, Ligue du Nord en Italie, Pegida en Allemagne ou encore Front national en France.

La position de Paris est d'ailleurs assez ambiguë. Officiellement, la France soutient assez discrètement ce plan. Lundi, Bernard Cazeneuve a apporté son soutien, rappelant que "les propositions de Jean-Claude Juncker s’inspirent de celles faites par la France. Il est normal qu’il y ait une répartition du nombre de demandeurs d’asile entre les différents pays de l’Union Européenne", a indiqué le ministre de l'Intérieur. Mais l'opposition voit elle d'un très mauvais oeil ces fameux quotas. "Il y a quelques bonnes idées dans les changements européens proposés par Jean-Claude Juncker", a estimé Bruno Le Maire. Tout ce qui va dans le sens de la fermeté, de l'arraisonnement des navires de trafiquants, tout cela va dans le bon sens. Mais qu'on retire à chaque Etat sa souveraineté pour savoir qui peut ou ne peut pas accueillir des migrants, et qu'on fasse des quotas, je ne suis pas d'accord. C'est à chaque Etat de décider souverainement qui il accueille ou non sur son territoire". Le FN, par la voix de Florian Philippot a également fustigé la mesure.

 

Il faut admettre que l'UE "a besoin de cette main d’œuvre faiblement qualifiée que les migrants veulent désespérément apporter", avait lancé Zeid Ra'ad Al Hussein en avril. Manifestement, ses paroles n'ont pas été écoutées.

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