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Les ondes de choc à venir d’un FN durablement à 30%.
Les ondes de choc à venir d’un FN durablement à 30%.
©Reuters

Séisme dans le paysage

Les ondes de choc à venir d’un FN durablement à 30% (et pourquoi ni le PS, ni l’UMP ne devraient y résister)

Alors qu'un sondage Ifop pour Le Figaro et Europe 1 paru dimanche 15 mars place le FN à 30% des intentions de vote au premier tour des départementales, le paysage politique est incompatible avec une dimension tripolaire gauche-droite-extrême droite.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : Les prochaines élections départementales -anciennement cantonales-, voient l'introduction d'un paysage politique relativement rare sous la Vème République, avec un parti non-traditionnel donné favori. Quelles pourraient en être les conséquences si le Front national se maintenait à 30% d'intentions de vote ?  Quelle incompatibilité structurelle entre le paysage politique et la bipolarisation ? En quoi sont-elles incompatibles.

Jérôme Fourquet : Un Front national durablement à 30% est aujourd'hui incompatible avec notre mode de scrutin. Si cette situation perdure -de par son histoire, le FN a montré qu'il était capable de gravement se déchirer-, le système serait alors de facto un système tripolaire gauche-droite-FN. Or le paysage politique est parfaitement incompatible avec cette nouvelle dimension, façonné depuis des années au système politique binaire droite-gauche. Hormis l'accident des présidentielles de 2002, le FN n'a jamais été en capacité de troubler la situation. Là elle change radicalement puisque le FN sera systématiquement au second tour, et donc un des deux grands partis sera amené à disparaître au second tour. 

Que peut-il en résulter, en quoi concrètement les formations politiques existantes en seront-elles bousculées ?

A partir du moment où le FN est systématiquement sûr d'accéder au second tour, il y a forcément un autre parti qui passe à la trappe, et ça change tout. Il y aura mécaniquement des recompositions, des reconfigurations pour que les formations s'adaptent à cette nouvelle donne. Et cette reconfiguration ne peut que se produire au lendemain de chocs politiques violents, car il faudra rompre avec des logiques d'appareils très fortement ancrées aujourd'hui. 

Tout le monde s'attend à ce que la gauche subisse une défaite historique dans un mois. Une chose est de perdre 20, 30, 40 départements à la régulière contre la droite, une autre en est de perdre le même nombre de départements, mais dès le soir du premier tour en étant rayé de la carte dans plusieurs centaines de cantons. On n'a sans doute pas pris la mesure de ce que cela peut représenter : si le 22 mars au soir, sur les écrans de télévision on apprend que dans 800 cantons, la gauche n'est pas qualifiée pour le second tour, il faut s'attendre à un choc majeur du même type que celui de 2002, où la gauche s'était vue appeler à un vote en faveur de la droite. A la différence que cette fois, l'événement ne pourra plus être qualifié de simple accident. L'appel au front républicain sera quasiment une consigne nationale, ce qui constituerait un tangage majeur au sein du PS, d'autant que le parti a déjà vécu aux dernières élections municipales un plan social historique.

Concrètement, à quelles situations cela pourrait-il déboucher ?

Si on se place dans la grande région Nord-Pas-de-Calais Picardie par exemple, on peut faire l'hypothèse que le FN arrive en tête au premier tour. Par rapport à la réalité politique du territoire, une union UMP-UDI-MODEM est une perspective crédible, et celle-ci devancerait certainement la liste du Parti socialiste qui se retrouverait donc en 3ème position. La question se poserait alors : la gauche doit-elle se maintenir, au risque que le FN passe ? Ou faut-il préférer l'impensable, c'est-à-dire une alliance avec la droite ?

Il y aurait aussi une autre évolution qui consisterait tout simplement à retirer la liste, sauf que la gauche serait alors passée sous silence pendant 6 ans, avec l'enjeu que représente le fait que les électeurs perdent l'habitude de voter pour vous...

Un FN durablement élevé dans les opinions... Qu'est-ce que cela pourrait donner sur le plan national ?

Le PS se trouve aujourd'hui sans alternative, sans majorité de rechange, on a pu le constater avec la loi Macron. La gauche de la gauche, les fractures deviennent déjà de plus en plus béante entre un PS réformiste et la gauche de al gaueche. Les clivages au sein d'EELV rendent d'ailleurs aujourd'hui très compliquée une entrée au gouvernement de certains de leurs députés alors que Cécile Duflot y est opposée. Son alliance traditionnelle inopérante de nouveaux horizons doivent être considérés. Au contraire, des personnalités politiques comme Jean-Vincent Placé ou Alain Juppé pourraient y répondre. Nous avançons-là sur des hypothèses qui ne sont pas facile à anticiper ou imaginer. Néanmoins face à une gauche qui refuser l'agenda de réforme, l'idée qu'il serait nécessaire de créer cette force centrale est envisageable.

Différentes recompositions seront donc possibles à terme. La première serait un changement d'alliance historique, avec une actuelle union de la gauche laissant place à une union PS-Centre. Programmatiquement, une telle fusion pourrait s'accorder, cela ressemblerait à une tendance réformiste pro-européenne. D'ailleurs, la main-tendue de François Bayrou à François Hollande en 2012 montre bien la porosité entre les deux sensibilités. François Bayrou aurait probablement été en capacité d'accepter la politique sociale libérale du Président, avec le Pacte de responsabilité.

Une autre configuration aujourd'hui ressemblerait à une large coalitions allant d'Alain Juppé à Manuel Valls, avec François Bayrou entre les deux. Là aussi on a beaucoup parlé d'union nationale après les attentats avec une coalition à l'allemande pour faire accepter les réformes de structures. Bien qu'il y ait des différences de fond, et du fait que les électeurs et cadres ont été habitués à la confrontation gauche droite, ce serait difficile. Mais certains pourraient être tentés d'aller dans ce sens.

Pour autant, la droite serait-elle épargnée ? Quels sont selon vous les différentes recompositions qui se profilent pour l'UMP ?

Plusieurs hypothèses se profilent pour la droite. L'une d'entre-elle consisterait en l'émergence d'une force centrale, c'est-à-dire allant du PS à l'aile gauche de l'UMP. Cette configuration impliquerait la fin de l'UMP, le parti serait divisé entre ceux qui seraient prêt à intégrer l'union nationale, et de l'autre à intégrer le Rassemblement Bleu Marine comme force d'appoint, et qui lui serait donc très profitable électoralement. La tripartition du paysage serait alors une phase transitoire non pas vers une stabilisation gauche-droite, mais Rassemblement Bleu Marine-coalition centre gauche centre droit, entre un camp national-souverainiste et un autre européen-réformateur. Ce clivage a déjà existé dans la vie politique française à l'occasion de Maastricht en 2005.

Les électeurs UMP en faveur d'alliances aux départementales se placent encore dans un schéma historique où l'UMP est dominant, se sert du FN, et continue d'exercer le pouvoir. Or cette tendance pourrait s'inverser. Si on veut reprendre une formule de Gramsci : "Il y a crise quand l’ancien monde ne veut pas mourir et que le nouveau monde ne veut pas naître."

La recomposition se fera autour des noyaux déjà les plus gros. Mais du fait du calendrier, c'est davantage le PS que l'UMP qui est aujourd'hui menacé car le PS étant aux commandes, les contradictions se font ressentir très fortement.

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