Le vrai (faux) choix des élections Européennes : Jean-Claude Juncker ou Martin Schulz | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Europe
Jean-Claude Juncker a été désigné par le Parti populaire européen (PPE) pour disputer à Martin Schulz la présidence de la Commission européenne.
Jean-Claude Juncker a été désigné par le Parti populaire européen (PPE) pour disputer à Martin Schulz la présidence de la Commission européenne.
©

Bonnet blanc, blanc bonnet ?

Le vrai (faux) choix des élections Européennes : Jean-Claude Juncker ou Martin Schulz

Jean-Claude Juncker a été désigné par le Parti populaire européen (PPE) pour disputer à Martin Schulz la présidence de la Commission européenne. Deux profils qui peuvent sembler avoir plus de similitudes que de différences.

Jean Quatremer

Jean Quatremer

Jean Quatremer est journaliste.

Il travaille pour le quotidien français Libération depuis 1984 et réalise des reportages pour différentes chaînes télévisées sur les thèmes de l'Europe.

Il s'occupe quotidiennement du blog Coulisses de Bruxelles.

Il est l'auteur de Sexe, mensonges et médias (Plon, 2012)

Voir la bio »

Atlantico : Le luxembourgeois Jean-Claude Juncker pour le Parti populaire européen (PPE) contre l'allemand Martin Schulz pour les socialistes européens, telle sera l'opposition pour la présidence de la Commission européenne. Quelles sont les différences majeures et les grands clivages entre les deux candidats ?

Jean Quatremer : Ils ont d'abord plusieurs points communs importants. En effet, ils sont tous les deux très europhiles, et même fédéralistes au niveau européen. Après, dans le cas de Jean-Claude Juncker, même s'il est le tenant d'une économie sociale de marché, il a quand même endossé l'ensemble des politiques d'austérité de la Commission européenne et de la Troïka, et il n'a jamais pris ses distances. Il est en théorie pour une Europe plus sociale mais on ne l'a finalement guère entendu sur ce sujet ces quatre dernières années. De même, il n'est jamais allé assumer ses choix politiques en Grèce ou au Portugal, ce qui lui a été reproché en tant que président de l'Eurogroupe. Schultz, lui, est allé dans les Etats membres soumis aux politiques d'austérité pour critiquer ce qui était mis en œuvre.

Juncker est aussi très compréhensif à l'égard des gouvernements, puisqu'il en a été membre. On pense donc qu'il n'ira pas à leur contact frontalement. Schultz, lui, au contraire, n'a jamais été membre d'aucun exécutif.

Mais il est clair que, sur la scène européenne, entre un social-démocrate allemand et un chrétien-social luxembourgeois, il n'y a pas énormément de différences.

Jean-Claude Juncker est soutenu par Angela Merkel, et Martin Schulz est allemand. L'opposition entre ces deux candidats marque-t-elle la victoire d'une vision allemande de l'Europe ?

Jean-Claude Juncker avait le soutien de la Chancelière par stratégie. Même s'il a juré vouloir devenir président de la Commission européenne, il voudrait en fait diriger le Conseil européen – il avait d'ailleurs été candidat en 2009 – comme je l'explique sur mon blog.

En tout cas je ne pense pas qu'il faille voir une influence allemande dans la nature des candidats. Cela montre cependant que les pays d'Europe de l'est ne sont pas encore totalement dans le jeu communautaire et n'ont pas une légitimité suffisante. Et je rappelle que le fonctionnement d'un parti politique européen repose aussi sur la représentativité démographique des Etats, dont la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne (et un peu la Pologne) font la différence, mais la plupart des derniers Etats membres pèsent assez peu au final.

Quelles seraient les implications en termes de politique européenne de la victoire de l'un ou de l'autre ?

Il n'y aura effectivement pas de changements fondamentaux. Il y aura sans doute plus de préoccupations sociales avec Schultz que Juncker, et encore ce n'est même pas sûr. Mais c'est une vision très franco-française d'imaginer que la question se pose comme étant l'opposition frontale de deux camps. Au Parlement européen, le PPE, sur les questions économiques, vote tout le temps avec les libéraux. Pour les questions sociétales, les libéraux votent cette fois toujours avec les socialistes. A cela se rajoutent les intérêts nationaux, ou la gauche et la droite d'un même pays peuvent voter pour défendre un projet. Il n'y a pas au niveau européen d'affrontements gauche-droite comme on le pense en France, surtout que le Parlement européen n'est pas une assemblée où la majorité vote toujours en accord avec l'exécutif et l'opposition toujours contre. Enfin, comme les élections sont proportionnelles, au Parlement européen, il faut savoir cohabiter avec des groupes politiques souvent très différents pour constituer une majorité.

Les profils assez similaires des deux prétendants au poste ne tue-t-elle pas ce qui était peut-être le seul vrai enjeu de cette élection ?

Les eurosceptiques n'ont aucun candidat à la présidence de la Commission car cela ne les intéresse tout simplement pas ! Et par nature, un eurosceptique est nationaliste et s'entend donc assez mal avec un étranger, c'est pour cela que les groupes politiques eurosceptiques ne durent jamais très longtemps, à cause des difficultés des eurosceptiques de travailler avec des députés venant d'autres pays. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !