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"Le Psychopathe en moi” : l’incroyable témoignage du neuro-scientifique qui ne s’était jamais rendu compte qu’il souffrait de ce trouble de la personnalité
©Capture d'écran

Trouble en moi

"Le Psychopathe en moi” : l’incroyable témoignage du neuro-scientifique qui ne s’était jamais rendu compte qu’il souffrait de ce trouble de la personnalité

Un neuro-scientifique, père de famille et expert en psychopathie, a récemment appris au regard du scanner de son propre cerveau qu'il correspondait en tout point aux criminels qu'il étudiait. Ses investigations nous interrogent sur ce que sont ces "psychopathes non-violents"

Julien Morel

Julien Morel

Julien Morel contribue ici sous pseudonyme. Il est psychologue dans le milieu carcéral et spécialisé dans l'étude des personnalités déviantes.

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 Serge  Bornstein

Serge Bornstein

Jacques Borstein est neuropsychiatre et agréé auprès du Bureau de la Cour de Cassation.  

Il est responsable et créateur de l'enseignement du diplôme de psychiatrie légale à l' université Paris XI (Faculté de médecine Paris-Sud), et depuis 1985 de l'enseignement de la psychiatrie criminelle, de la psychiatrie pénitentiaire et de la pénologie (2000-2003) à Paris VIII.

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Atlantico : James Fallon, un chercheur en neuroscience américain, a récemment fait état d'une anecdote intéressante. Spécialiste des personnalités schizophrènes et border-line, il décida un jour de comparer les scanners cérébraux des membres de sa famille avec ceux des sujets qu'il étudiait. Il fut stupéfait de constater que l'un d'eux, anonyme, correspondait parfaitement au cerveau type des malades qu'il étudiait. Après avoir vérifié qu'une erreur matérielle n'était pas à la source de l'incroyable correspondance, il appris finalement que le cerveau psychopathe était... le sien. Etant un homme sans histoire, marié et père heureux, il se demanda alors s'il n'existait pas une catégorie de "psychopathes sympas". A quel point cette découverte repousse-t-elle la définition que l'on a aujourd'hui de la psychopathie ? 

Julien Morel : Communément, nous définissons dans notre société actuelle, un psychopathe comme étant une personne présentant une tendance à agir de façon "hors norme". C'est par ailleurs pour cette raison que l'on associe souvent la psychopathie à la criminalité. La norme sociale venant définir ce qui est légal et ce qui ne l'est pas, limite que le psychopathe transgresse allègrement, sans culpabilité associée.

Néanmoins, au-delà du respect de la norme et de la loi, le psychopathe se caractérise surtout par une tendance manifeste à "l'agir" impulsif. Ainsi, son comportement ne sera aucunement réfléchi mais dicté par sa pulsion ou son envie du moment dans un cadre utilitaire. Cette étude ne remet donc pas en cause la notion de psychopathie mais semble plutôt mettre en lumière l'ensemble des facteurs et des potentialités que certaines personnes présentent, "à agir" comme un psychopathe.  

Serge Bornstein : Dans le cadre de la psychiatrie légale moderne (forensic psychiatry) on ne parle plus de "psychopathes" mais de la "conduite psychopathique", laquelle par exemple concerne une grande partie de la population carcérale, la notion de personnalité antisociale est également périmée et doit être démantelée en tenant compte de la structure mentale de l'individu et des facteurs sociologiques exogènes qui ont pu interférer (abandonnisme, initiation criminelle précoce, etc.). A présent, il faut évoquer la problématique des névroses et psychoses de caractère, les états limites, (border line) et les aménagements : caractériels, pseudo-psychopathiques, pseudo-paranoïaques de la schizophrénie dont ils constituent des formes cliniques redoutables sur le plan criminogène (coups et blessures, agressions sexuelles, sévices à enfants, vols, hold-up, terrorisme). Ces individus au parcours tumultueux sont incapables de mener un plan existentiel conforme à leurs véritables intérêts et à ceux de la société. Ils terminent parfois leur vie tragiquement, les armes à la main, desperados, ce qui peut correspondre, pensons-nous, à un suicide agressif. 

En investiguant plus avant, il découvrit qu'il possédait un allèle à haut potentiel de violence. Celui-ci serait à l'origine du développement d'une zone cérébrale très peu sollicitée pour les psychopathes "de faits", mais pas pour les personnes évoluant dans un cadre familial et social heureux. Comment malgré son "cerveau de psychopathe", James Fallon a-t-il pu devenir un homme sans histoire ? 

Julien Morel : L'auteur s'est progressivement rendu compte qu'avoir "un allèle à haut potentiel de violence", ne déterminait pourtant pas la tendance d'un sujet à passer à l'acte de façon agressive. Il va ainsi évoquer "le poids de l'enfance dans les comportements de l'homme", pouvant faciliter l'émergence d'un comportement psychopathique. Ainsi, nous pouvons comprendre que la psychopathie ne peut se définir qu'uniquement par l'existence d'une cause génétique ou encore neurobiologique - Pierre Karli dans les racines de la violence évoque le rôle du système limbique dans la réactivité émotionnelle et les comportements socio-affectifs-. Les causes environnementales, familiales ou encore sociales permettent souvent d'expliquer pourquoi quelqu'un qui possède potentiellement le risque d'être un psychopathe, va devenir dangereux pour la société (il ne faut pas oublier que'un psychopathe est avant tout une personnalité antisociale).

Serge Bornstein : Certes, il existe des lignées de sujets déviants provenant d'une subculture renforcée par le milieu et des composantes génétiques ainsi que l'appétence exotique transmise peuvent être aussi évoquées mais il nous paraît assez imprudent de vouloir rattacher des lignes de déviance à des références cérébrales bien étiquetées car les schèmes de comportement sont très difficiles à relier à des structures anatomiques.

Les caractéristiques d'un cerveau psychopathe seraient une perturbation de plusieurs zones du cerveau comme les régions liées à l'empathie, à la moralité, ou encore au contrôle de soi. Ces trois facultés indispensables d'une vie en société peuvent-elles être palliées ? Comment vivre "normalement" alors que ces facultés sont perturbées ? Comment construire une vie de famille par exemple ? 

Julien Morel : Comme expliqué précédemment, les causes environnementales vont déterminer si un sujet va manifester un comportement impulsif transgressif ou s'il sera en capacité de se "retenir". En effet, une personne ayant "l'allèle à haut potentiel de violence" ne va pas obligatoirement devenir un criminel, comme un enfant ayant été maltraité, abandonné ou carencé sur le plan affectif, ne deviendra pas un psychopathe. Les rencontres qu'il fera tout au long de sa vie seront ainsi déterminantes dans le développement d'une certaine empathie pour autrui ou plus généralement d'un sens morale adapté.

Il décrit également qu'il a pu avoir tendance à mettre le autres en dangers, ou à être "odieusement compétitif" au point de ne pas réussir à "laisser ses petits-enfants gagner lors d'un jeu", et appréciant de surcroît manipuler les autres. Comment se traduisent finalement ces caractéristiques génétiques de la psychopathie au quotidien chez une personne ayant grandit dans un milieu aimant ?

Julien Morel : On pourrait voir la séduction comme une forme de manipulation à visée utilitaire, point renvoyant sensiblement au comportement typique d'un psychopathe. Néanmoins, ce comportement se doit d'être un minimum canalisé pour pouvoir arriver à la stabilité d'une vie de famille. L'instabilité affective reste un point qui se retrouve chez ce type de sujet mais le fait d'être sécurisé dans une relation sentimentale tend à diminuer les manifestations impulsives que peut proposer un sujet psychopathe. Ainsi, une vie de famille traditionnelle pourrait dans un sens "soigner" ce type de profil en lui offrant une stabilité sécurisante.

Ces dernières peuvent-elle devenir des atouts, dans la vie professionnelle par exemple ?

Julien Morel : Il semble évident que pour certaine profession, "être un enfoiré odieusement compétitif", soit un atout majeur. La difficulté reste de ne pas dépasser une certaine limite légale voir morale, ce que le psychopathe impulsif peut par moment, difficilement être en capacité d'identifier.

Dans quelle mesure peut-on dire qu'il s'agit de "criminels dormants" ?

Julien Morel : La tendance "à l'agir" impulsif qui peut se retrouver dans le comportement d'un psychopathe va souvent entraîner la commission d'acte délictueux. Parler de "criminel dormant" semble donc un peu excessif mais le terme de "délinquant dormant" apparaît plus adapté. Cependant si l'on prend l'exemple de la conduite automobile, on peut remarquer que cela  peut faire émerger ce qu'il y a de plus "psychopathique" en nous. Néanmoins chacun s'impose une certaine limite pour garder son permis ou éviter un accident dans une dynamique d'auto préservation. Savoir ce qui est le mieux pour soi par la réflexion, permet d'éviter de dépasser une limite que l'on pourrait regretter. Cette capacité à s'imposer une limite réfléchi semble différencier une personne normal, d'un psychopathe.

Serge Bornstein : Il importe de conserver en l'état les notions d'appréciation classique de la personnalité alors que le cerveau est loin d'avoir livré tous ses secrets. 

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