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Michel Sapin et Arnaud Montebourg.
Michel Sapin et Arnaud Montebourg.
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Le gouvernement a toujours autant de mal à assumer le plan d'économies budgétaires

Le plan d’économies budgétaires de 50 milliards d’euros existe. Manuel Valls en parlera dans son discours de politique générale aujourd'hui, mais le détail ne sera toujours pas rendu public. Michel Sapin et Arnaud Montebourg l’ont présenté hier au ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble. Cependant, rien n’a filtré... C’est à croire que l’instrument budgétaire est devenu un secret d’État.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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De deux choses l’une : ou ce plan est si lourd et douloureux que le gouvernement n’ose pas le dévoiler afin de ne pas décourager les derniers survivants de la majorité de gauche ; ou alors il est trop léger, et le gouvernement ne veut pas mettre en colère nos partenaires européens.

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Toujours est-il que le ministre des Finances français Michel Sapin a forcément présenté le document à son homologue allemand Wolfgang Schäuble hier à Berlin... Arnaud Montebourg, le ministre de l’Économie qui l’accompagnait en Allemagne pour bien montrer que les deux têtes de Bercy peuvent monter dans la même voiture a pu, lui, rencontrer des chefs d’entreprise allemands pour les rassurer sur les subtilités de son double langage interprétable de la sorte : "Je peux être anti-allemand à Paris et pro-européen à Berlin". C’est ça, le made in France !

Les allemands connaissent bien la tradition politique française mais  pour eux, l’interlocuteur, c’est Michel Sapin. Il parle peu mais juste.

Si les autorités allemandes sont désormais au courant du détail de ce plan d’économies budgétaires, les Français, eux, vont encore attendre. Manuel Vall, qui ne veut pas froisser sa majorité au parlement; ne sera guère plus précis. Il faudra donc se contenter des fuites savamment organisées. Comme toujours.

Premier point : Le plan initialement présenté par François Hollande n’a pas changé. C’est la seule chose que le nouveau Premier ministre dira. Il lui faut trouver 50 milliards d’économies sur les dépenses publiques avant 2017.

Deuxième point : A priori, ces économies seraient réparties grosso modo au prorata des masses budgétaires. La moitié des économies seraient donc réalisées sur la protection sociale (25 milliards d’euros), un tiers sera à la charge de l’État (15 milliards) et 20% seront supportées par les collectivités locales. Jusque-là, le gouvernement ne prend pas de risque par des arbitrages qui seraient trop violents.

Troisième point : Le plus gros contributeur à ce plan sera donc le modèle social lui-même, alors que François Hollande avait annoncé que le pacte de solidarité passerait pourtant par la protection sociale. Au total, 25 milliards d’économies sont envisageables. En réalité, ce plan de restriction va raboter la santé avec un objectif de dépenses plus faible que prévu (moins de 2%) ce qui nécessitera un gros effort de gestion sur la dépense de médicament, et surtout sur les hôpitaux.

Marisol Touraine aurait beaucoup travaillé à ce plan, elle est prête à le défendre auprès des professionnels de la santé - ce qui lui aurait valu de conserver son poste lors du remaniement. Parallèlement, on devrait raboter les prestations de la branche famille sans trop toucher aux allocations familiales. L‘exercice ne va pas être facile à mettre au point : on va plonger dans un tas de prestations pour les réduire ou les soumettre à un plafond de ressources. C’est le type de réformes indispensables mais qui va mécontenter tout le monde, y compris ceux qui ne touchent rien.

Quatrième point : Les collectivités locales vont voir leurs contributions baisser plus que ce qui avait été annoncé. On ne va pas leur couper 1,5 milliard mais 3 milliards d’euros par an, et ce dès l’année prochaine. En fait, le gouvernement n’a plus aucune raison de faire des cadeaux à des élus de province passés à droite. La loi de réforme des territoires (le fameux mille-feuilles) n’est pas abandonnée, mais elle sera soft. On n’ira pas jusqu’à imiter l’Italie qui a supprimé la chambre haute. Chez nous, le Sénat, on ne touche pas. Il peut toujours servir de variable d’ajustement politique.

Cinquième point : L’État  central, avec 15 milliards d’économies. Comme l’essentiel des dépenses de l’État sont des dépenses de fonctionnement et que le fonctionnement recouvre principalement des salaires, le plan d’économie portera donc sur la rémunération des fonctionnaires. Le gouvernement va reconduire le gel du point d’indice des fonctionnaires mais abandonner l’idée de toucher aux avancements. Pour que le compte soit bon, il faudra donc aller plus loin et toucher aux effectifs. La stabilisation des effectifs sera sanctuarisée, mais il faudra aussi revenir sur des promesses de campagne et annuler (ou retarder) une partie des embauches prévues dans l’éducation nationale soit près de 15 000 postes sur les 60 000 programmés. Là, on touche au cœur du réacteur de l’électorat socialiste : ça va grogner, et plus, si affinité. Manuel Valls essaiera donc d’être discret sur ce point.

Autre secteur touché, celui des agences de l’État comme l’établissement public Météo-France, ou Pôle emploi… Il existe plus de 500 agences d’État qui vont voir leurs subventions de fonctionnement diminuer. Ces agences auront le choix entre mourir (si les services qu’elles rendent ne sont pas de grande utilité) ou alors trouver des recettes privées, ce qui est tout à fait possible si elles ont une utilité forte mais ce qui s’inscrit dans une autre culture à laquelle les personnels sont assez peu préparés. La Cour des comptes considère qu'il y a dans les agences dépendantes du gouvernement le principal gisement d’économies. Pour le politique, il y a aussi les plus gros ferments de colère sociale et de mécontentement.

Quand une équipe médicale découvre une maladie grave, elle a le choix entre dire la vérité au malade pour qu'il se batte avec les médecins, ou ne rien dire et opérer doucement en espérant que ça marche. En général, les médecins préfèrent pratiquer la transparence.

Pas sûr que le docteur Valls en fasse autant. Les responsables politiques peuvent être courageux. On ne peut quand même pas leur demander d’être, en plus, téméraires.

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