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Le chômage retarde l’arrivée du premier enfant mais il est loin d’être le seul facteur
©Reuters

Parents tardifs

Le chômage retarde l’arrivée du premier enfant mais il est loin d’être le seul facteur

Les personnes désirant avoir un enfant engagent moins souvent une grossesse lorsqu'elles ont connu une période de chômage, souligne une étude parue le 9 décembre. Cet attitude attentiste dénote d'un sentiment d'insécurité par rapport à l'avenir.

Arnaud Régnier-Loilier

Arnaud Régnier-Loilier

Arnaud Régnier-Loilier est chercheur à l'Ined.

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Michel Fize

Michel Fize

Michel Fize est un sociologue, ancien chercheur au CNRS, écrivain, ancien conseiller régional d'Ile de France, ardent défenseur de la cause animale.

Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages dont La Démocratie familiale (Presses de la Renaissance, 1990), Le Livre noir de la jeunesse (Presses de la Renaissance, 2007), L'Individualisme démocratique (L'Oeuvre, 2010), Jeunesses à l'abandon (Mimésis, 2016), La Crise morale de la France et des Français (Mimésis, 2017). Son dernier livre : De l'abîme à l'espoir (Mimésis, 2021)

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Atlantico : Un période de chômage en début de carrière professionnelle retarde l'arrivée du premier enfant. “25% des personnes qui n'avaient pas d'enfant au début de la recherche et qui n'ont jamais cessé de travailler ont eu un enfant trois ans plus tard contre 8% des hommes et 6% des femmes qui ont vécu une ou des périodes de chômage sur la même période”, peut-on lire dans une étude publié le 9 décembre par l'Institut national d'études démographiques (Ined). Comment expliquer ce lien entre chômage et retard de la parentalité ?

Arnaud Régnier-Loilier : Les grandes tendances actuelles de la fécondité ne marquent pas une baisse franche de la fécondité, sur une longue période. Le chômage a en revanche un impact sur l'arrivé du premier enfant. Cela s'explique par les conditions que les couples se fixent: habiter ensemble, avoir les moyens financiers d'assumer la charge de dépense liée à l'arrivée d'un enfant, etc... Ce sont ces aspect qui expliquent le lien entre situation de chômage et arrivé du premier enfant. Plus globalement, une forme d'insécurité par rapport à l'avenir fait que l'on remet à plus tard le projet.

Michel Fize : Cette enquête confirme qu'il n'y a pas de lien frappant entre le chômage et le désir d'enfant. Le taux de fécondité n'est pas considérablement impacté; la crise économique ne détermine pas le choix d'avoir ou non des enfants alors qu'on pourrait imaginer que lorsqu'on est dans une situation de perte d'emploi ou de réduction de revenus, les personne pourrait être freinées dans ce projet. En revanche, le chômage a bien pour effet de retarder l'arrivée du premier enfant. Il induit une attitude attentiste. Ce lien est donc ponctuel. On préfère repousser une grossesse pour s'assurer de pouvoir correctement accueillir le premier enfant.

A contrario, l'objectif de développement de carrière freine aussi l'arrivée du premier enfant chez beaucoup de femmes et d'hommes. Donc, quel est le facteur le plus impactant: l'ambition de carrière ou une situation de chômage passagère ?

Arnaud Régnier-Loilier : Les deux sont liés. Pour bien commencer sa carrière, il ne faut pas être au chômage. De manière plus générale, les personnes les plus investies dans leurs études, qui les terminent plus tard, souhaitent rentabiliser leur investissement scolaire en essayant d'obtenir un situation professionelle plus stable et confortable.

D'où vient la pression sociale en faveur de la maternité ? A-t-elle évolué dans le temps?

Arnaud Régnier-Loilier : Le fait de ne pas avoir d'enfant est rare, cela ne concerne qu'environ 1 femme sur 10 en France (contre 3 sur 10 en Allemagne, où la garde d'enfants par une personne externe à la famille est moins accepté).   C'est ce qui implique une perception comme “anormale” la situation de célibat et de ne pas vouloir d'enfant. On observe qu'au cours du temps, cette proportion de femmes et d'hommes n'ayant pas enfant au cours de leur vie reste plutôt stable.

Michel Fize: Cela vient du fond des âges. L'homme est condamné à la  reproduction pour perpétrer l'espèce humaine, c'est une logique ancrée. D'un point de vue sociologique, ne pas avoir d'enfant renvoyait autrefois a une anormalité, comme en témoignait la cérémonie des catherinettes, infligée aux femmes de 25 ans ou plus n'étant pas encore en couple et donc n'ayant pas encore eu d'enfant. On renvoyait à l'idée qu'une femme à 25 ans n'ayant pas d'enfant n'avait pas été assez agréable pour le mariage, tout comme les jeunes hommes de cet âge célibataires renvoyait à des défaillances physiologiques. On tombe dans le jugement d'une pathologie, d'une anormalité.

Aujourd'hui, le statut de célibataire reste pénalisé, on paye par exemple plus d'impîot proportionnellement aux personnes en couple. Toutefois, au siècle de l'individualisme, le fait de ne pas avoir d'enfant est relativement moin sjugé qu'autrefois, rester célibataire est moins mal vu que précédemment.

Quels autres éléments influencent la natalité ?

Arnaud Régnier-Loilier : Ils sont nombreux, cela dépend d'un ensemble de facteurs. Plus que des facteurs sociaux, l'attachement à la religion a de l'impact. On remarque une différence actuellement plus marquée entre individus, selon qu'ils sont par exemple catholiques et pratiquants ou pas. L'effet de la religion est plus marqué qu'autrefois. 

L'âge auquel on termine ses études est également déterminant. Les personnes souhaitent aussi profiter davantage qu'avant de leur vie à deux, avant d'avoir des enfants. Et le désir de natalité dépend aussi de la situation familiale vécu pendant l'enfance: avoir grandit au sein d'une famille nombreuse augmente ce désir d'avoir des enfants. Des situation de vie poussent aussi à prendre des décisions parfois imprévues: avoir un nouvel enfant car l'on souhaite en avoir des deux sexes, renoncer à en avoir suite à une séparation ou au contraire en avoir un nouveau suite à un changement de partenaire au cours de la vie, accélérer le processus pour ne pas laisser trop d'écart de temps entre deux enfants... 

Michel Fize : Il n'y a pas, à ma connaissance, d'étude sociologiques sur le sujet, cela relève aussi de la psychologie. On peut tout de même émettre des hypothèses: dans un contexte de crise, avoir un enfant c'est créer une embellie dans la vie quotidienne. (...) On vit dans un monde où l'on ne peut pas peser sur grand chose, un enfant représente un investissement durable. On est parent de proximité pendant une bonne vingtaine d'années, on est donc assuré d'avoir ce bonheur à coté de soi. Dans un monde où tout est précarité, l'enfant incarne la durée. Il incarne ce sur quoi on peut avoir une prise, une emprise.

Propos receuillis par Adeline Raynal

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