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La fin de l’Etat islamique, mauvaise nouvelle pour le Sahel
©REUTERS/Stringer

Daech

La fin de l’Etat islamique, mauvaise nouvelle pour le Sahel

La perte du dernier réduit territorial de l'Etat islamique en Syrie a été saluée par de nombreux chefs d'Etat à travers le monde. Mais l'organisation reste puissante grâce à des réseaux très actifs.

Yan St-Pierre

Yan St-Pierre

Yan St-Pierre est PDG du Groupe de consultation de sécurité moderne Mosecon GmbH et consultant en contre-terrorisme.

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Atlantico : La perte du dernier réduit territorial de l'Etat islamique en Syrie a été saluée par de nombreux chefs d'Etat à travers le monde. Mais ce retour opéré à l'état d'insurrection ne peut-il pas être une stratégie payante pour l'organisation sur le long terme étant donné que son emprise territoriale ne pouvait perdurer ?

Yan St-Pierre : Il ne s’agit pas vraiment d’une stratégie payante pour l’Etat Islamique. Avant tout, parce qu’une stratégie s’anticipe, or dans ce cas précis l’Etat Islamique cherchait à garder sa forme proto-étatique et à échoué. La structure même de l’organisation terroriste fait que le groupe saura s’ajuster sans mal, mais la perte de territoire est davantage un désavantage qu’un avantage.  

Dans le sens où il y a avait énormément d’avantages pour l’EI à être perçu comme une entité proto-étatique en termes de prestige et de revenus. Au contraire, en perdant son attache territoriale, l’Etat Islamique perd une partie de son influence et de son prestige. Ainsi, on ne peut pas parler de  stratégie payante au long terme mais plutôt d’ajustement tactique.

En perdant cet Etat, l’Etat Islamique revient en quelque sorte à sa forme originel -c’est-à-dire à sa forme insurrectionnelle- ce qui aujourd’hui n’est pas forcément une bonne nouvelle pour le groupe.. En effet, si cela leur permet à prime abord d’être plus discrets, parce qu’ils sont connus par les autorités, ils seront surveillés de près. Elles porteront donc plus d’attention aux circonstances dans lesquelles un tel groupe peut émerger.  

L'affaiblissement de la menace en Irak et en Syrie occasionne-t-il, par effet de levier, une progression de cette dernière dans d'autres régions du monde, notamment au Sahel mais aussi dans la Corne de l'Afrique et en Asie du Sud-Est?

Il est vrai que l’affaiblissement de l’EI en Irak et en Syrie occasionne, par effet de levier, une progression du groupe terroriste dans d’autres régions du monde dans la mesure où énormément de combattants étrangers qui avaient rejoint l’EI combattants dont la grande majorité provenait de l’Asie centrale, du Nord de l’Afrique- sont retournés dans leur pays ou dans d’autres régions pour intégrer d’autres organisations terroristes. L’Etat Islamique, avant sa chute, avait incité ses membres à partir rejoindre d’autres groupes. Certains ont été envoyé en Egypte ou dans le Sahel, par exemple. Ce “transfert de connaissances” permet à ces groupes -qu’ils s’agissent d’organisations rattachées à l’EI ou non- de devenir un peu plus puissants.

On retrouve donc beaucoup d’anciens membres de l’EI en Afghanistan, dans le Sinaï, en Asie centrale, ou encore en Asie du sud-est. Dans ces régions du monde, ils rejoignent les rangs d’organisation qui se revendiquent très majoritairement de l’EI.

En revanche, il y a aussi un certains nombre d’anciens combattants de Daech qui ont rejoint des organisations bien plus petites, d’autres ont été envoyé former des cellules dormantes ou qui ont été appelés à s’impliquer davantage dans des pays comme la Tunisie.

Ainsi, s’il y a beaucoup d’anciens membres de Daech qui ont choisi de rejoindre des groupes rattachés à l’EI, d’autres ont préféré créer leurs propres organisations ou rejoindre des organisations bien moins connues.

Quels sont les avantages à se proclamer comme part entière de l'Etat islamique pour des organisations locales ? Au contraire quels sont les inconvénients ?

Lorsqu’un groupe prête allégeance à l’EI, cette demande doit être acceptée par le groupe terroriste. Or, cela fait bien longtemps aujourd’hui que la direction de Daech n’a pas accepté d'allégeances. Au jour d’aujourd’hui, cela ferait plus de deux ans que l’EI n’a pas reconnu d’autres entités, la dernière allégeance acceptée étant celle de l’Etat Islamique dans le Grand Sahara et encore elle avait été acceptée du bout des lèvres.

Se proclamer comme part entière de l’EI peut être avantageux pour des organisations locales car cela leur permet de bénéficier de la “marque” Etat Islamique. A l’époque où la centrale était mieux organisée, mieux structurée, ils pouvaient également bénéficier d’appuis logistique, financier et médiatique (pour la propagande). Aujourd’hui, c’est bien plus compliqué, il y a eu un avant et après Mossoul. A l’époque, faire partie de l’EI c’était aussi insuffler davantage la peur, et gagner en prestige.

Par exemple, le groupe de l’Etat Islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) - qui est une branche de Boko Haram- a pris ses distances avec le chef de l’organisation terroriste -Abubakar Shekau- qu’il jugeait trop sanguinaire pour se rattacher davantage à Daech. Daech était jugé plus crédible qu’Abubakar Shekau qui est nettement considéré comme fou et sanguinaire.   

Le principal désavantage à se réclamer de l’EI est bien évidemment que dès qu’un groupe terroriste est associé à Deach, il est davantage surveillé. Dès qu’un groupe est associé à la pire organisation terroriste de tous les temps, les ressources investies dans sa lutte sont considérables.

Il faut également prendre en compte que lorsqu’un groupe s’associe à l’Etat Islamique, il garde son indépendance bien que Daech surveille davantage les groupes qui leur prêtent allégeance que ne le faisait Al Qaïda par exemple.

Pour l'organisation terroriste dont le commandement reste centralisé, n'est-ce pas là une bonne opération et un pari sur l'avenir considérant l'expansion des sources de financement via l'implantation dans les différentes économies locales ?

Il s’agit davantage d’une donnée conséquentielle que planifiée. En revanche, le fait que de nombreux groupes cherchent à porter allégeance à l’EI, est avantageux pour l’organisation terroriste dans le sens ou cela permet à leur “marque” de rester en vie.

Alors que beaucoup pensent qu’avec la chute de son dernier bastion Daech va disparaître, il reste encore 8 groupes qui lui sont rattachés à travers le monde et qui demeurent très actifs.

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