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soldats augmentés Chine gènes science technologie avenir armée du futur
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©STR / AFP

Surhumains

La Chine travaille au développement de super soldats (et n’a pas tout à fait les mêmes limites éthiques que les Occidentaux...)

D'après les services de renseignements américains, la Chine explorerait la possibilité de développer des programmes avec des soldats "augmentés" en travaillant sur les gènes humains et en explorant les frontières entre l’homme et la machine.

Emmanuel Lincot

Emmanuel Lincot

Professeur à l’Institut Catholique de Paris et Chercheur-associé à l’Iris, Emmanuel Lincot est sinologue. Son dernier ouvrage, écrit avec Emmanuel Veron est La Chine face au monde : une résistible ascension (éditions Capis Muscat). Il est également l'auteur de Chine, une nouvelle puissance culturelle ? Sharp Power et Soft Power aux éditions MkF et de Géopolitique du patrimoine. L’Asie d’Abou Dhabi au Japon aux éditions MkF.

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Atlantico.fr : Les services de renseignements américains suggèrent que la Chine explorerait activement la possibilité de créer des supers soldats en travaillant sur les gènes humains et en faisant collaborer l’homme et la machine. Selon ces informations, que compte faire l’armée chinoise ? 

Emmanuel Lincot : La question du « soldat augmenté » n’est pas neuve dans l’histoire. La secte des Assassins au Moyen Âge était connue pour sa consommation de Haschich (d’où son nom) leur conférant une intrépidité au combat. Grâce aussi aux travaux de Norman Ohler, on sait désormais que l’armée du III° Reich était droguée à la pervitine pour lutter des jours durant contre le sommeil. Et l’on pourrait multiplier les exemples…Toutes les armées du monde ont développé des techniques permettant à l’homme de dépasser ses limites naturelles. On pense aux exosquelettes pour porter de plus lourdes charges ou à des systèmes de perception artificielle augmentant les capacités visuelles des pilotes au combat. Les augmentations « invasives » touchant au corps du soldat sont interdites dans l’armée française. En revanche, elles ne tombent pas sous le contrôle de la loi en Chine non plus qu’en Corée du Nord. Puces électroniques et autres implants établis sous la peau voire à terme des pratiques eugéniques faisant disparaître le sentiment de la peur ou permettant de cloner des armées entières peuvent être au bout de ce processus. Une guerre hors limites déshumanisant la pratique du soldat et ne faisant plus de lui qu’un simple technicien de la mort, en somme. C’est le danger. Il est inhérent à des pays dictatoriaux et ce n’est pas la première fois que les démocraties y sont confrontées. En somme, nous revenons à des principes qui sont toujours d’actualité. Ceux énoncés notamment par saint Augustin : qu’est-ce qu’une guerre juste ? Gageons que le juste au service du droit donne à nos armées les éléments d’innovations nécessaires au service de l’humain et non de la technique.

La faisabilité d’un tel projet n’est-il possible que par les progrès Chinois en matière de recherche scientifique ? Le pays privilégie-t-il l’avancée plutôt que l’éthique ? 

Victor Klemperer a montré l’extraordinaire capacité des régimes dictatoriaux à dénaturer l’usage des mots et leur sens. L’« éthique » en est un bon exemple. Un nazi a sa propre éthique. De même qu’un Garde Rouge ou un djihadiste. Et celle-ci s’exprime par un attachement violent à un universel exclusif de valeurs. Dans l’un ou l’autre de ces cas, si vous êtes respectivement de confession juive, bourgeois de classe ou mécréant, vous êtes alors jugés en ennemi. Et comme tel, vous devrez disparaître. Par la rééducation idéologique (dans le meilleur des cas) en devenant conforme aux directives de la société ou par l’élimination physique. Dans le contexte chinois, n’oublions pas que l’armée est politique. J’entends par là qu’elle est aux ordres d’abord et avant tout du Parti Communiste lequel se confond avec la nation. Que vous soyez simple soldat ou officier supérieur, vous devez étudier ce que les Chinois appellent les « sciences politiques » (autre dénaturation du vocabulaire). En somme, vous devez apprendre par cœur les préceptes du Président actuel, Xi Jinping. Revanche nationaliste et rattrapage du retard technologique pris par la Chine sont au cœur de sa doctrine. Dans cette optique, la fin justifie les moyens. Elle tient lieu d’éthique.

L’absence de préoccupations éthiques de la Chine pourraient-elles lui permettre de prendre une avancée militaire sur les Occidentaux ? 

Le problème n’est pas tant son absence d’éthique comme je l’ai dit. Elle en a une. Elle est au service du Parti et plus secondairement de la nation chinoise. Dans l’histoire idéologique du Parti, c’est d’ailleurs un revirement. Car ce Parti s’était construit d’après des principes révolutionnaires et internationalistes. Aujourd’hui, seuls le Parti et la Chine comptent. Ils n’en sont pas moins menaçants surtout dans la conduite de la guérilla que la Chine a toujours menée. Étant disruptive par nature, elle pourrait tristement en effet nous étonner dans des domaines aussi sensibles que la guerre bactériologique ; des soldats augmentés étant préservés d’une pandémie par exemple. Ne sommes-nous pas en train d’en prendre le chemin ? Après tout, les armées mongoles ont conquis le monde en colportant le bacille de la peste. Nous dirons avec Marx que l’histoire ne se répète pas. Elle bégaie.

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