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Le pape François, le 9 juillet 2021.
Le pape François, le 9 juillet 2021.
©Filippo MONTEFORTE / AFP

Retour sur le Motu Proprio consacré à la messe traditionnelle

François, au bout de huit ans, est enfin pape ! Qui s'en plaindra ? 

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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La question de la liturgie de l'Eglise catholique attise les passions. Et il n'est en soi pas étonnant que le nouveau texte ("Motu proprio" Traditionis custodes - les gardiens de la tradition -  et lettre de commentaire) que le pape François consacre à l'utilisation de la liturgie tridentine, c'est-à-dire de la messe telle qu'elle était célébrée jusqu'en 1969, suscite, depuis vendredi 16 juillet de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux. Prenons le temps de rappeler les étapes antérieures, avant d'en venir au texte lui-même. 

1. Que se passe-t-il à la messe ? 

Parachevant le travail entrepris durant le pontificat de son prédécesseur Pie XI (1939-1958)I, le pape Jean XXIII (1958-1963) avait publié en 1962 une révision du missel en vigueur depuis le Concile de Trente et le travail du pape saint Pie V (1566-1572) pour réaffirmer le caractère sacramentel de la liturgie romaine face aux attaques protestantes. Pour le catholique (comme pour le croyant orthodoxe), lorsque le prêtre dit les paroles "Ceci est mon corps", sur le pain et "Ceci est mon sang" sur le vin liturgiques, le Christ devient vraiment présent "sous les espèces" du pain et du vin. La messe n'est pas un simple mémorial du dernier repas du Christ, elle fait advenir à nouveau la Passion, la Résurrection et l'Ascension du Sauveur dans la Gloire. L'église "porte du ciel" est le lieu et la messe ("saint sacrifice") est le moment où, par la consécration sacerdotale puis la communion du prêtre et des fidèles au corps (et au sang) du Christ, le chrétien est incorporé au corps mystique du Christ mort et ressuscité. Il est important de rappeler en commençant cette analyse que tout, dans la liturgie catholique (et orthodoxe), culmine vers un double sommet: la "transsusbstantiation", c'est-à-dire la transformation du pain et du vin dans le corps et le sang du Christ; puis la communion au corps et au sang de Jésus-Christ, "vrai homme uni au vrai Dieu", Sauveur, Rédempteur et Divinisateur de l'être humain. C'est essentiel de rappeler cela en commençant car il s'agit du noyau commun à toutes les liturgies catholiques ou orthodoxes. Pour qui se plonge dans la liturgie de Saint Jacques, celle de Saint Basile, celle de Saint Jean Chrysostome, l'antique liturgie des Gaules, les rite ambrosien, cartusien, dominicain, maronite, la liturgie tridentine ou celle de saint Paul VI, on y trouvera toujours ce noyau sacramentel. Aujourd'hui, dans l'Eglise catholique, pour nous en tenir aux deux formes les plus fréquentes de la célébration, les rites tridentin et paulinien célèbrent la même réalité.  

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2. La réforme liturgique des années 1960

L'une des constitutions du Concile Vatican II , promulguée le 4 décembre 1963, était consacrée à la Sainte Liturgie ("Sacrosanctum Concilium"). Elle appelait à retrouver le sens plein et entier du "sacerdoce commun des fidèles" et donc à faire participer les baptisés plus fortement à la célébration. Rien d'extraordinaire dans ce mouvement, anticipé, déjà, au XVIIè siècle, dans l'école de spiritualité française: il suffit de se plonger dans la lecture de Saint Jean Eudes, par exemple, l'évangélisateur de la Normandie à l'époque moderne, pour comprendre que le Concile Vatican II s'alimente à la tradition vivante de l'Eglise.  J'aime la solennité de la liturgie tridentine mais je comprends ce qu'avaient en tête les pères du Concile puis les réformateurs de la liturgie, dans les années 1960, lorsqu'ils ont renoncé à la phase "silencieuse" de la messe tridentine, pendant laquelle le prêtre dit la prière eucharistique à voix basse. La célébration à voix haute de la Consécration, telle que la liturgie paulinienne l'a instaurée, est certainement plus apte à permettre au fidèle de s'offrir avec le Christ pour le salut des hommes.  Contrairement à ce que croient beaucoup de catholiques traditionalistes, la Constitution sur la Sainte Liturgie appelle à plus de solennité, plus de beauté, une plus grande immersion dans la richesse de l'Ecriture. Il est bien vrai que l'application de cette Constitution et du Missel de 1969 est souvent allée en sens inverse. "La Sainte Liturgie" autorisait l'utilisation de la langue du pays pour la célébration de la liturgie mais en aucun cas elle ne bannissait le latin, qui reste la langue ordinaire de la liturgie (même s'il est peu utilisé aujourd'hui de fait).  Ce n'est pas la Constitution du Concile qui a décidé que désormais la messe ne serait plus célébrée au maître-autel, en regardant vers l'Orient ("Ad Orientem"), c'est-à-dire vers Jérusalem et le Saint Sépulcre, lieu de la résurrection du Sauveur. On ne peut pas rendre le Concile responsable du fait que ses recommandations sur la musique liturgique aient été oubliées pour faire place à l'émergence de chants banals et peu propices au recueillement. On ne peut pas rendre le missel de 1969 responsable des dérives de liturgies "créatives", en fait infidèles à la réforme. Pour qui a assisté à la messe de Saint Paul VI dite en latin avec du chant grégorien, il est difficile de ne pas reconnaître sa solennité et sa beauté et, de fait, l'association, renforcée par rapport à la messe tridentine, des fidèles à ce qui se passe - pour un catholique la continuation de l'événement pivot de l'histoire humaine, la Passion, la Mort et la Résurrection du Christ.  

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3. Une partie de l'Eglise a trahi Vatican II. 

De fait, l'application de la réforme liturgique n'a pas été à la hauteur des attentes du Concile. Mais il ne faut pas inverser les facteurs. Bien des catholiques progressistes se sont détournés de l'esprit authentique du Concile et ont fait échouer l'œuvre de renouveau. Georges Brassens aurait-il pu chanter "depuis qu'elle n'est plus en latin, la messe nous emm..." si l'on avait gardé le latin comme langue principale de la liturgie? Les églises auraient-elles été vidées à ce point si l'on avait gardé le sens de la beauté et de la solennité de la liturgie? En fait, il faut se garder d'expliquer le déclin de la pratique religieuse par "Vatican II". C'est d'abord l'hyper-individualisme, triomphant à partir du milieu des années 1960, et la difficulté de nombreux clercs à lui résister qui ont plongé l'Eglise dans la crise. La résistance vaillante de saint Paul VI, le pontificat de nouvelle évangélisation de saint Jean-Paul II ont permis à l'Eglise de garder le cap. Pour qui a vu le pape polonais célébrer une messe, comment ne pas discerner les grâces innombrables reçues de son recueillement? C'est quelque chose que certains défenseurs de la messe tridentine oublient souvent: la Pologne, pays de foi s'il en est, a pris l'habitude de célébrer magnifiquement la messe en langue vernaculaire. Et saint Jean-Paul II (1978-2005), fort de cette expérience, a incité la vieille "chrétienté" à s'ouvrir à un possible enrichissement liturgique africain ou asiatique. Il a aussi respecté l'amour de la messe tridentine mais été ferme quand, sous l'impulsion de Monseigneur Lefèbvre, la Fraternité Saint Pie X a eu tendance à rejeter une partie du concile Vatican II, à commencer par la Constitution sur la liberté religieuse, promulguée le 7 décembre 1965 ("Dignitatis humanae")

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4. Les confusions de Monseigneur Lefebvre

Car le débat sur la liturgie a malheureusement été mêlé à un second débat: au lieu d'aider les chrétiens fidèles à mettre en œuvre le saint Concile Vatican II, manifestation de la "jeunesse de Dieu" en plein siècle des guerres mondiales et des totalitarismes, Monseigneur Lefebvre (1905-1991) a entraîné des fidèles sincèrement choqués par le faux "esprit du Concile", le déclin de la foi chez les clercs et la laideur de certaines célébrations, à rejeter un Concile auquel il avait pourtant participé et dont les décisions, prises dans la communion universelle des évêques le liaient. Qui plus est, s'en prendre plus particulièrement à la Constitution sur la "liberté religieuse", c'était ne pas voir que, de même que l'Eglise a tenu sans faiblir, au XIXè siècle, le flambeau de la raison contre toutes les philosophies et les systèmes politiques qui voulaient la rabougrir, l'amoindrir, refuser que l'intelligence humaine soit "capable de Dieu", la même Eglise intrépide a, au XXè siècle, défendu la liberté (de la conscience, de la personne, des nations) contre toutes les formes de totalitarisme. Saint Jean-Paul II essaya de raisonner Monseigneur Lefebvre sur ce point mais ce dernier franchit le pas, en 1988, contre le Pape, de l'ordination de quatre évêques. La question liturgique se mêlait inextricablement à celle de l'acceptation intégrale du Concile, c'est-à-dire de la communion avec l'Eglise universelle. Il fallut vingt ans pour que, Benoît XVI étant pape, le dialogue reprît entre la Fraternité Saint Pie X et le Vatican. 

5. L'œuvre de Benoît XVI continuée par le Cardinal Sarah

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Avec sa grande intelligence et sa bienveillance, Benoît XVI (2005-2013) tendit la main aux héritiers du lefebvrisme. Lui-même n'avait cessé de dénoncer le relativisme sécrété par quarante ans d'individualisme. Et il pensait que le temps était venu d'une relecture de la Constitution du Concile sur la "Sainte Liturgie". Benoît XVI faisait sienne la pensée du pape Grégoire le Grand pour qui la diversité des formes liturgiques n'était pas un obstacle à l'unité de l'Eglise. Il avait par exemple, avant d'être pape, préfacé l'ouvrage d'un grand spécialiste allemand, Klaus Gambert, sur la liturgie de l'Eglise des Gaules (antérieure à l'époque carolingienne), dont on retrouve une partie dans la liturgie de Saint Ambroise. Pour Benoît XVI, l'enrichissement des formes liturgiques qu'avait prôné le Concile Vatican II passait forcément par la redécouverte de la diversité des formes liturgiques anciennes. C'est dans ce sens, qu'élargissant les possibilités de célébration de la liturgie tridentine, "forme extraordinaire", il encourageait les célébrants de la "forme ordinaire" à dialoguer avec ceux de la forme extraordinaire. Il espérait que l'inspiration, à vrai dire, serait mutuelle. Et c'est dans cet esprit qu'a travaillé le Cardinal Sarah, Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin, entre 2014 et 2021, sous le pontificat de François, successeur de Benoît XVI. C'est grâce à lui, par exemple, que les fidèles qui suivent la messe paulinienne disposeront, à l'automne de cette année, d'un missel à la traduction française révisée - plus proche du texte latin de référence et remettant de la solennité là où les instances de la Conférence épiscopale française avaient quelquefois adapté plus que traduit le missel romain dans les années 1970. Dans la fidélité à la Constitution sur "La sainte liturgie", Robert Sarah a aussi  posé la question d'un retour, pour le rite ordinaire, à la célébration "Ad Orientem". C'est une vraie question, légitime. Contrairement à l'interprétation superficielle, qui dit qu'il s'agit de célébrer "face au peuple" ou "le dos au peuple", il faut comprendre que la célébration Ad Orientem est la plus naturelle: le prêtre emmène les fidèles vers le Mont Calvaire symbolisé par l'autel, le tabernacle et la croix dressée. Le maître autel des églises est comme l'autel du Saint des Saints dans le Temple de Jérusalem, entouré de deux anges. Le Cardinal Sarah n'a pas été entendu ou a été contredit. Mais il faut faire attention aux signes: lorsque la cathédrale Notre-Dame de Paris a brûlé, l'autel "face au peuple" a été détruit tandis que le maitre-autel est resté intact. Il est de mon point de vue inévitable que la messe de Paul VI revienne un jour à la célébration Ad Orientem, dans un esprit d'adoration qui permettra, enfin, que le dialogue avec les Tridentins reprenne et que la Constitution de Vatican II sur la "Sainte Liturgie" soit enfin adoptée en plénitude. 

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6. Maladresses des Tridentins

Malheureusement, le dialogue initié par Benoît XVI n'a pas porté tous ses fruits. D'abord, parce que Benoît XVI a abandonné prématurément le navire dont il tenait le gouvernail. Renoncement aux conséquences terribles, qui se font sentir jusqu'à aujourd'hui. On n'a pas mesuré ce que signifiait, par exemple, l'interruption, du fait du départ de Benoît, à quelques mois de la conclusion, des négociations entre le Saint-Siège et la Fraternité Saint Pie X - même si François les a reprises. De même, jamais l'abjecte persécution des Franciscains de l'Immaculée, l'une des plus fécondes communautés religieuses de notre époque, qui avait fait de la liturgie tridentine leur liturgie principale après le Motu Proprio de Benoît XVI, n'aurait eu lieu si Benoît était resté pape. Et puis, surtout, les "Tridentins" auraient pu éviter de commettre les bévues et les imprudences qui ont nécessité une intervention du pape François. Le problème auquel sont confrontés plusieurs évêques qui accueillent des messes tridentines dans leur diocèse c'est la tendance de certains fidèles traditionnalistes à (1) penser qu'au fond "leur" messe est plus valable que "l'autre"; (2) critiquer "Vatican II". Cela s'est traduit concrètement, par exemple dans le diocèse de Dijon, par le refus de la fraternité Saint-Pierre d'aller concélébrer avec l'évêque lors de la messe "chrismale" (au matin du Jeudi Saint) lorsque sont bénies les huiles saintes qui servent au baptême, à la confirmation et à l'Ordination. C'est une de ces idées fausses que Monseigneur Lefebvre a mis dans la tête de ses partisans: la concélébration serait une "innovation" de Vatican II; alors qu'elle est aussi ancienne que le Cénacle, cette maison où vivait un membre du Haut Sacerdoce de Jérusalem secrètement rallié au Christ et où Jésus rassembla ses Apôtres pour la dernière Cène, avant que ceux-ci n'y séjournent, discrètement protégés, en attendant la Pentecôte. Le fait de refuser la concélébration avec l'évêque rend de fait impossible le dialogue souhaité par Benoît XVI. Il s'agit en fait d'une attitude plus générale, qui a pu conduire, par exemple, des communautés célébrant la messe tridentine dans des paroisses, à souhaiter d'avoir leur propre ciboire rempli d'hosties consacrées lors d'une messe tridentine; ou à demander qu'on mette deux hosties, l'une issue de la célébration tridentine et l'autre de la consécration paulinienne - donc deux ostensoirs - lors d'adorations du Saint-Sacrement. Comme s'il n'y avait pas une seule Présence réelle. 

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7. Que dit François dans son Motu Proprio? 

Il faut avoir toute cette complexité en tête pour comprendre le "Motu Proprio" de François. Quand on le lit bien, il est beaucoup plus équilibré que ce qu'en disaient hier des commentateurs qui ne l'avaient sans doute pas encore lu. En fait, l'élément-clé est le fait de confier à l'évêque du lieu le soin de décider de la prorogation de l'autorisation de la messe tridentine ou de l'attribution d'une paroisse. François évoque ouvertement les dérives de ces dernières années. Citons, un extrait de la lettre qui accompagne le Motu Proprio:
" Alors qu’en exerçant mon ministère au service de l’unité, je prends la décision de suspendre la faculté accordée par mes prédécesseurs, je vous demande de partager ce poids avec moi comme une forme de participation à la sollicitude pour toute l’Église. Dans ce Motu proprio, j’ai voulu affirmer comment il appartient à l’Evêque, en tant que modérateur, promoteur et gardien de la vie liturgique dans l’Eglise dont il est le principe d’unité, de réguler les célébrations liturgiques. C’est donc à vous qu’il appartient d’autoriser dans vos Eglises, en tant qu’Ordinaires du lieu, l’usage du Missel Romain de 1962, en appliquant les normes de ce Motu proprio. C’est surtout à vous qu’il appartient de travailler pour qu’on revienne à une forme de célébration unitaire, en vérifiant au cas par cas la réalité des groupes qui célèbrent avec ce Missale Romanum". La forme est indéniablement celle d'un pape qui a l'habitude d'être obéi. Le ton de toute cette lettre est expéditif. On aurait aimé plus de pédagogie. Il y manque la bienveillance d'un Benoît XVI. Mais c'est aussi parce que celui-ci a quitté le navire en pleine bataille que certains matelots en ont pris à leur aise. Il était temps de ressaisir le gouvernail. Et ceci d'autant plus qu'à un autre bout du navire il y a d'autres matelots, plus turbulents encore, à propos desquels François écrit: "Comme Benoît XVI, je stigmatise moi aussi que « dans de nombreux endroits on ne célèbre pas de façon fidèle aux prescriptions du nouveau Missel, mais qu’il soit même compris comme une autorisation ou jusqu’à une obligation à la créativité, qui conduit souvent à des déformations à la limite de ce qui est supportable ».          

8. Un utile rappel à l'ordre

Evidemment, François sera d'autant plus mal reçus chez ceux qui aiment la messe tridentine qu'il a mis du temps à prendre la dimension du ministère pontifical. Ce n'est pas seulement du fait de la présence embarrassante d'un ancien pape, qui curieusement porte toujours la soutane blanche, dans l'enceinte du Vatican. L'incapacité de Benoît XVI à assumer jusqu'au bout son renoncement en remettant la soutane du cardinal et en partant vivre loin du siège de Pierre n'a certainement pas facilité à François son entrée dans la fonction. Mais c'est un tout petit bout de cet enchaînement de maladresses, de gaffes et de brutalités qui ont émaillé l'actuel pontificat. Pour le problème qui nous intéresse, outre la persécution des fondateurs des Franciscains de Marie Immaculée, déjà mentionnée, pensons à la dénonciation régulière des "catholiques rigides" ou "pharisiens"; au scandaleux "synode pour l'Amazonie"; aux cérémonies indignes qui accompagnent le "chemin synodal" des évêques allemands. Et l'on comprend très bien que des catholiques fervents qui aiment aller à la messe tridentine, apprécieront peu, qu'après la critique de liturgies progressistes, le pape, par un mouvement de balancier, écrive:  " Mais je ne suis pas moins attristé par une utilisation instrumentale du Missale Romanum de 1962, toujours plus caractérisée par un refus croissant non seulement de la réforme liturgique, mais du Concile Vatican II, avec l’affirmation infondée et insoutenable qu’il aurait trahi la Tradition et la « vraie Église"". Et pourtant, il s'est produit un redoutable emballement ces dernières années. Le courageux Monseigneur Vigano, dénonciateur de la corruption d'une partie du clergé - et du comportement du très "politique" François qui a pour spécialité de s'appuyer sur des individus corrompus pour les faire obéir au doigt et à l'œil  (on se rappelle le cas du Cardinal McCarrick) - , a dérapé en se mettant à attribuer les erreurs du pontificat de François "au Concile Vatican II". Comme si le demi-siècle couvert par les pontificats de saint Paul VI, de Jean-Paul Ier, de saint Jean-Paul II et de Benoît XVI, ne comptait pour rien. Certains catholiques conservateurs (pensons par exemple au site LifeSiteNews, si utile par ailleurs) se sont laissés entraîner dans une sorte de surenchère, avec les "tradis" pour critiquer Vatican II. De ce point de vue, François fait un utile rappel à l'ordre. 

8. Les évêques feront-ils preuve de discernement et de charité? 

Il reste que tout dépendra des évêques. Et l'on doit souhaiter qu'ils fassent preuves de discernement et de charité. Il ne va pas de soi, quand on a été formé dans la liturgie paulinienne, de comprendre pourquoi tant de jeunes gens aiment la liturgie tridentine; pourquoi cette dernière suscite tant de conversions; pourquoi elle suscite tant de vocations monastiques et sacerdotales. Un examen de conscience sera nécessaire. J'ai souvent entendu des prêtres diocésains me parler des fidèles de la messe tridentine comme s'il s'agissait d'extra-terrestres; alors qu'à part quelques (pathétiques) groupies attardés de Hans Küng et d'Eugen Drewermann, les messes pauliniennes sont pleines de fidèles qui aimeraient la messe tridentine s'ils avaient l'occasion d'y assister; et qu'à part quelques (sympathiques) grincheux, les fidèles d'une messe tridentine seraient soulagés de constater qu'une messe de saint Paul VI solennellement célébrée est la petite soeur d'une messe tridentine.  Plus profondément, comment ne pas voir l'asymétrie qui existe souvent entre des catholiques traditionalistes ou conservateurs qui sont fidèles à l'enseignement de l'Eglise et beaucoup plus proches de l'enseignement de Vatican II sur la liturgie que ce qu'ils croient eux-mêmes, et la tentation progressiste et sécularisatrice de plusieurs documents du pape François (Laudato Si; Fratelli tutti) complaisamment relayés par les conférences épiscopales? On aurait aimé que Traditionis custodes reconnaisse le dévouement à l'Eglise et la fidélité au Décalogue et à la loi naturelle des "tridentins".  
 
Evidemment, dans la perspective d'une vitalité retrouvée, on aurait aussi mieux aimé que la tradition minoritaire chez les papes, celle de saint Grégoire le Grand, pour qui la diversité liturgique n'était pas un inconvénient pourvu qu'il y ait unité de la doctrine, l'emporte; mais son héritier Benoît XVI n'est pas allé au bout de la mission que le Christ lui avait confiée. François renoue avec l'idée selon laquelle l'unité liturgique est nécessaire à l'unité de l'Eglise. Souhaitons que, pourvu que les "tridentins" aient l'intelligence de réaffirmer la communion de l'Eglise romaine "une, sainte, catholique et apostolique", les évêques aient l'empathie et la clairvoyance pour confirmer la situation existante, cette fois sous leur autorité directe.  

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