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Valérie Pécresse et Eric Zemmour sur le plateau de TF1 et LCI dans le cadre de leur débat télévisé diffusé le jeudi 10 mars.
Valérie Pécresse et Eric Zemmour sur le plateau de TF1 et LCI dans le cadre de leur débat télévisé diffusé le jeudi 10 mars.
©Alain JOCARD / AFP

Débat télévisé

Face à Éric Zemmour sur TF1, Valérie Pécresse montre qu’elle est toujours en vie

Pas sûr pour autant, au regard des réactions sur les réseaux sociaux, que la virulence du débat ait pu faire bouger beaucoup de voix ni redonner à la candidate LR la stature présidentielle qui lui fait défaut depuis son meeting raté.

Hubert Coudurier

Hubert Coudurier

Directeur de l'information du Télégramme, Hubert Coudurier est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages dont Le Monde selon Chirac (Calmann-Lévy, 1998) et Amours, ruptures et trahisons (Fayard, 2008).

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Atlantico : Nous sommes aujourd’hui à un mois du premier tour de l’élection présidentielle. À la peine dans les sondages, Valérie Pécresse et Éric Zemmour se sont affrontés lors d’un débat sur TF1/LCI avec pour objectif de rebondir et provoquer un sursaut de leur campagne.

Hubert Coudurier : Pour Valérie Pécresse, ce débat constituait une prise de risques face à Eric Zemmour dont on connaît la virtuosité intellectuelle et dont l’entourage promettait qu’il allait l'exploser. En effet, depuis le meeting raté au Zénith, la candidate des Républicains a connu une mauvaise séquence avec plusieurs ralliements à Emmanuel Macron (de Woerth à Raffarin) et selon Paris Match celui à venir le 20 mars prochain de Nicolas Sarkozy qui devrait s’afficher avec le chef de l’Etat. L’ancien président de la République a d’ailleurs "flingué" les débuts de campagne de la candidate des Républicains en disant du mal d’elle dans tout Paris. Et ses sbires comme Rachida Dati en ont rajouté sur la prétendue nullité de son directeur de campagne Patrick Stéfanini. Tout cela crée une mauvaise ambiance, notamment au sein des Républicains auprès desquels Sarkozy conserve une certaine influence et dont l’unité est vite apparue factice. Les révélations de Libération sur les “cartes” obtenues par Patrick Karam au sein de la communauté asiatique ont creusé ces lézardes. D’autant que la victoire de Valérie Pécresse à la primaire s’est jouée de justesse. Le programme cohérent qu’elle a déroulé a été étouffé à cause d’un président resté en surplomb de la scène et qui écrase désormais tout le champ politique avec la guerre en Ukraine. Sans oublier l'absence de culture économique des Français et le déni de nos difficultés (commerce extérieur, endettement, désindustrialisation). Macron pioche désormais dans les propositions courageuses qu’elle avait égrenées, notamment la retraite à 65 ans. Voilà pourquoi elle devait impérativement rebondir, remonter à la surface pour reprendre de l’air.

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Que retenir de ce débat? Des erreurs ont-elles été commises ?

Tout d’abord que celle qu’on disait fatiguée et déprimée a montré sa pugnacité. Elle ne s’est pas laissée démonter par le polémiste qui l’écoutait avec un sourire ironique, lequel s’est peu à peu figé au vu de la violence de ses attaques. Lui-même avait retenu les leçons du débat de Sarkozy-Royal en 2007 où le calme du candidat de la droite avait eu raison du déchaînement de l’ancienne ministre de l’écologie. De surcroît, ayant vu la manière dont elle avait destabilisé Jean-Jacques Bourdin sur BFM et compte tenu des récentes attaques de Mediapart à son encontre, Zemmour ne voulait pas prêter le flanc aux accusations de machisme. Du coup, il me semble qu’elle a profité de sa retenue pour marquer des points en le faisant passer pour un idéologue déconnecté des réalités face à la gestionnaire pragmatique qu’elle est. Il l’a d’ailleurs accusée d’être une “technocrate” car il considère qu’elle ne fait pas de politique. Ce qui est paradoxal car sa seule expérience de la politique à lui est d’en avoir été un remarquable observateur. C’est le cœur de leur différend, à une époque où les politiques, du moins en France, ne font plus que de la com et où les journalistes comme Zemmour font de la politique. Valérie Pécresse qui a un bilan à défendre comme ministre de l’Enseignement supérieur sous Sarkozy où elle a mené la réforme de l’autonomie des universités contre vents et marées, ou à la tête de la région Île de France qu’elle a bien géré contrairement à ses prédécesseurs, estime que c’est cette manière de faire de la politique qui a conduit la France dans le mur. Zemmour, lui, revendique une vision et le fait d’avoir décomplexé la droite en 2022 comme Sarkozy l’avait fait en 2007. Pécresse qui n’ose pas encore rompre ou pratiquer un “droit d’inventaire” avec l’ancien président estime que les outrances de Sarkozy ça passait, mais pas celles de Zemmour, qui provoqueront la guerre civile.

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Sujet clef pour leur électorat, le thème de l’immigration est arrivé sur la table suscitant un vif débat. Valérie Pécresse a-t-elle réussi à montrer une alternative solide au point phare de la campagne d’Éric Zemmour ?

Précisément sur l’immigration elle s’est attachée avec un certain succès, me semble-t-il, à démontrer que l’immigration zéro était un leurre, et qu’il y avait des boulots que les Français ne veulent plus faire et que Boris Johnson qui s’y était essayé, n’avait pas tenu plus de trois mois. Par ailleurs, il est clair quel’invasion de l’Ukraine qui avait fait de Poutine un modèle de gouvernance virile, place Zemmour en porte à faux. Tout comme le mouvement de solidarité des Français à l’égard des Ukrainiens. En pointant le fait que le leader de Reconquête ne pouvait pas changer d’avis tous les trois jours, elle a marqué des points. Enfin, dernier aspect sur lequel Eric Zemmour m’a semblé en difficulté, c’est la défense européenne qu’il a qualifié de chimère. C’est vrai, car cela n’a pas avancé depuis des décennies, faute notamment de volonté allemande. Mais la guerre en Ukraine a rebattu les cartes comme le montre la volonté de Berlin d’investir cent milliards dans la défense et la dynamique en cours que l’on peut observer au sommet de Versailles réuni à l'initiative d’Emmanuel Macron. Donc pour l’avenir Pécresse a raison et elle voulait démontrer que Zemmour est un homme du passé selon lequel “tout est foutu!” (je n’ajouterai pas “ma bonne dame”).

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Le danger pour elle était d’apparaître hystérique comme Ségolène Royal en son temps. Même si elle a parfois trop coupé la parole à son adversaire, les avantages de son attitude véhémente sur fond de cacophonie l’ont, me semble-t-il, emporté sur les inconvénients. Certes le couplet sur les nazis qui entourent Zemmour était sans doute de trop. Mais elle ne parlait pas qu’aux électeurs de Reconquête dont certains sondeurs disent qu’elle ne pourra pas en récupérer beaucoup avant le premier tour, tant l’offre de l’extrême-droite, partagée en Zemmour et Le Pen, est exhaustive. En effet, la présidente du Conseil Régional d’Île de France devait d’abord envoyer un message à ses troupes pour montrer qu’elle était combative, réactive, bref qu’elle était “une guerrière”, comme l’indique le titre de mon livre (Editions de l’Archipel).

Gilles Bouleau et Ruth Elkrief ont tenté de rappeler les candidats à l’ordre afin de calmer certains échanges houleux. Les deux candidats sont-ils tombés dans le piège du débat inaudible ?

Les deux journalistes ont parfois dû se comporter en maîtres d’école tant le débat finissait par tourner au match de catch. Mais la confrontation s’est apaisée quand Zemmour et Pécresse en sont venus aux questions économiques sur lesquelles j’ai relevé des points d’accord. Pour la présidente de la Région Île de France accusée d’être trop lisse, trop scolaire et de mener une campagne qui n’imprime pas, il fallait surprendre pour recréer de l’intérêt autour de sa candidature. Quoi qu’elle en pense en voulant ressembler à Angela Merkel qui était profondément ennuyeuse, nous vivons à l’heure de “l’infotainment”, la politique est devenue un spectacle. D’autant que ce débat était présenté comme une question de survie, si elle se plantait, c’était la chute finale sur le toboggan. Pour moi elle en est sortie gagnante. D’autres diront que ce fut un match nul, ce qui est déjà une victoire.

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L’un des candidats a-t-il réussi à montrer une alternative à Emmanuel Macron qui tutoie actuellement30 % dans les intentions de vote ?

Président plastique à l’américaine, communicant brillant comme l’était Tony Blair auquel Valérie Pécresse le compare dans mon livre, Macron est sur un petit nuage que personne ne peut atteindre, même s’il n’est pas un chef de guerre car nous ne sommes pas en guerre contre les Russes. Mais un diplomate en chef. L’enjeu pour Valérie Pécresse confrontée en débat la semaine prochaine à Marine Le Pen qui mène une bonne campagne, est de remonter la pente, pour espérer figurer au deuxième tour. Le débat sur TF1/LCI l’a remise en selle. Il faut qu’elle modère ses attaques sur Macron si elle veut décrocher ses électeurs et que la semaine prochaine elle ne réédite pas son numéro contre Zemmour. Mais soit au contraire aussi zen que Marine Le Pen l’est devenue en se dédiabolisant grâce aux excès de Zemmour. Le seul qui peut faire chuter Macron, c’est Macron lui-même et des circonstances imprévisibles.

Hubert Coudurier vient de publier "Valérie Pécresse "La guerrière"" aux Editions de l’Archipel, 18€

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