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Les enfants sont souvent seuls devant l'ordinateur.
Les enfants sont souvent seuls devant l'ordinateur.
©Reuters

Génération connectée

Etes-vous sûrs de savoir ce que regardent vos enfants sur Internet ?

Les enfants sont souvent seuls devant leur ordinateur et ce qu'ils regardent peut s'avérer à la fois surprenant, effrayant mais aussi éclairant, notamment sur les préférences des filles et des garçons qui reflètent leur rôle au sein de la société. Toutefois, un contrôle parental est nécessaire, ce qui n'est pas souvent le cas.

Marion  Haza

Marion Haza

Psychologue clinicienne, Docteur en psychologie.

Diplômée de l'Université Bordeaux II D.E.S.S. de Psychologie de l'Enfance et de l'Adolescence. Diplômée de l'Université de Poitiers (laboratoire ERPC) Doctorat de Psychopathologie Clinique.

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Atlantico : que regardent les enfants sur Internet ? Y a-t-il des spécificités fille/garçon ? Que révèlent ces différentes pratiques ?

Marion Haza : Pour les garçons, il s'agit surtout de jeux vidéo  (Dofus WoW Sims), de forums (manga, commentçamarche, doctissimo, forum pour ados, voiture, animaux, stars, cinéma, catch, NRJ, habits et piercing…), de communautés (Habbo deviantArt Cartoonerie), de réseaux sociaux (Facebook, Skyrock, Twitter). Dans la psychopathologie ou dans la vie quotidienne, les adolescents garçons sont plus dans l'acte, dans l’éprouvé sensorimoteur (éventuellement violent), l'agressivité, ou la prise de risques. C’est la même chose sur Internet. Il faut être le meilleur, afin de construire et d’affirmer son identité, d’être reconnu par les autres. La compétition dans les jeux joue ce rôle-là. Cela permet aussi d’expérimenter des rôles différents, de tester et d’explorer les limites du monde, de soi, du corps, du lien à l’autre. On est parfois dans la prise de risque ou la démonstration de virilité masculine. L’usage d’Internet par les adolescents garçons rentre donc bien dans les normes sociales rattachées aux rôles et aux fonctions du masculin.

Les filles utilisent davantage Internet pour écouter de la musique, aller sur les réseaux sociaux, chatter... Généralement, d’un point de vue clinique, les filles ont plus d'états d'âme, de moments dépressifs, et de problèmes rattachés au corps. Dans l’usage d’Internet, on retrouve des similitudes. Ceci peut être mis en lien avec la valorisation de l’image féminine, et tout ce qui entoure les jeunes depuis leur plus jeune âge : ils sont toujours bombardés d’images publicitaires, notamment de corps féminins mis en beauté. Cet étalement des corps féminin induit sûrement cet attrait pour le mode de mise en lien par vidéo et webcam chez les adolescentes qui commencent à ressentir des sensations nouvelles dans leur corps pubère. Par ailleurs, dans tous les sites servant à l’écriture, ce qui est mis en avant est la narration de soi, la description, la mise en valeur de la personnalité, des avis, des questionnements existentiels. Il s’agit avant tout de se retrouver face à soi, davantage de s’adresser à un double d’elles-mêmes pour mettre des mots sur ce qui est difficile à se représenter. Ces textes échangés et commentés favorisent aussi des identifications participant à la construction identitaire féminine.
 

Sur quels sites se rendent-ils plus particulièrement ? Quels types d'application utilisent-ils et quels réseaux sociaux consultent-ils le plus ? 

L'étude IPSOS 2014 relève un essoufflement en matière d'inscription sur Facebook (79% des 13/19 ans en 2013 contre 85% en 2012). Facebook reste néanmoins en tête, son léger recul s'effectuant au profit de Twitter (22% en 2013) et des nouvelles messageries instantanées comme WhatsApp et SnapChat (50% des 13/19 ans privilégient les messageries instantanées sur mobile ou tablette) ou encore Ask. Les enfants utilisent beaucoup Internet sur leurs portables c’est-à-dire hors du champ de contrôle des adultes.

Les enfants ont-ils facilement accès aux sites destinés aux adultes ? Vont-ils beaucoup sur des sites à caractère sexuel ?

Pour l’Unesco, sur 1000 sites les plus visités par les adolescents, 10% sont des sites de pornographie destinés uniquement aux adultes. Par ailleurs, l'étude européenne ESPAD, montre que 71 % des garçons de 14 à 19 ans ont vu un film pornographique dans l’année précédente, tout comme 40 % des filles. Les réactions des garçons et des filles face à ces images semblent assez différentes. L’opinion des garçons est plutôt positive, alors que les filles expriment leur aversion. Enfin, une enquête menée d’ARCAD révèle que ceux qui surfent sur les sites pornographiques sont surtout les garçons. En 6ème, 60% n’ont jamais vu d’images d’hommes ou de femmes nus. En 3ème, seulement 28%. Il y a 2 fois plus de filles que de garçons qui n’ont jamais vu ces images et 6 fois plus de garçons qui en ont vu très souvent. On peut remarquer également que ceux qui voient très souvent des images pornographiques sont les 4èmes, ce qui peut correspondre à l’entrée dans la puberté et à une découverte du corps et de la sexualité facilitée par Internet. Les adolescents disent être attirés par ces sites interdits aux mineurs. Les motivations énoncées sont surtout la curiosité, pour voir comment ça se passe, la recherche d'informations, comme un mode d'emploi sexué, ou encore le hasard et conformisme.

Qu'en est-il des sites véhiculant des images de violence ? Sont-ils consultés par les adolescents ?

Nous devons nous entendre tout d'abord sur ce qu'est une image violente qui peut l’être par son caractère cru, vulgaire, de violence réelle mais une image même banale peut aussi apparaitre violente à une personne selon sa sensibilité. Ce qui est suggéré peut être parfois plus destructeur que des images strictement explicites. La violence peut se faire ressentir dans l’après-coup.

Les images les plus violentes rencontrées sont nombreuses : animaux maltraités, abattoirs, trafic de fourrure, bagarres (catch), guerre, torture, lapidation, massacres, pendaison, enfants battus, accidents, chutes, blessés, crash, Al-Qaïda, Iran, gothiques, piercing... C'est-à-dire, ce qui touche à la sexualité, la mort, les corps (déformés), la violence physique et psychique (celle vue à la télé aussi). La question des animaux maltraités revient énormément, ils sont très sensibles à cet âge car le lien affectif est très fort. Ils sont aussi touchés par la violence de certaines légendes, des maladies, ce qui est faux, truqué. Il faut noter qu’ils sont autant affectés par les images truquées que par les vraies images.Cela vient faire violence et effraction pour eux, surtout les plus jeunes et les filles.

L’accès à la visibilité de l’image donne à voir ce qui se transmet d’habitude inconsciemment dans la culture et les générations. Ceci pose la question de la transmission des interdits. Avec Internet, de plus en plus, comme depuis l’entrée dans la société de l’image, l’impensable, l’innommable est montré de façon brute, sans forcément de possibilité de dégagement pour les plus jeunes et les plus sensibles. Ces images, si elles ne sont pas parlées et reprises, confrontent au traumatisme. D’habitude, la transmission de certains interdits se passe de mots, et encore plus d’images. Elle est véhiculée inconsciemment dans les sociétés, transmises par les ancêtres, et des artifices (les contes, les légendes, les mythes…)

Quel est le rôle des parents ? Que peuvent-ils faire pour davantage contrôler les pratiques de leurs enfants ?

La présence voire l’omniprésence de cet outil que constitue Internet nécessite un cadre et des règles qui doivent être transmises par les adultes, même si ces derniers se sentent parfois dépassés par l’avancée technologique. Or, des études montrent que les discussions familiales concernent peu le rapport et l’utilisation d’Internet. Il semble donc important de proposer des campagnes de sensibilisation et de prévention adressées tant aux enfants et adolescents, ainsi qu’aux adultes qui les accompagnent dans leur utilisation des TIC. Car poser des limites sur les usages des activités numériques sans explication ou basées sur ce qui apparaît aux jeunes comme des préjugés ne fonctionne pas.

 

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