Et pan sur la réussite au mérite... les résultats scolaires seraient aussi dus à des milliers de variations génétiques | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Science
Et pan sur la réussite au mérite... les résultats scolaires seraient aussi dus à des milliers de variations génétiques
©Reuters

Conseils de classe

Et pan sur la réussite au mérite... les résultats scolaires seraient aussi dus à des milliers de variations génétiques

Une nouvelle étude dont les résultats ont été publiés dans la revue Nature a identifié 74 variations génétiques associées au niveau d'études atteint. La réussite ou l'échec scolaire seraient donc en partie liés à des différences constitutionnelles.

Axel Kahn

Axel Kahn

Axel Kahn est Président de la Ligue contre le cancer. Il a été à la tête de l'Université Paris Descartes de 2007 à 2011.

Axel Kahn est l’auteur d’une vingtaine de livres dont plusieurs ont été des bestsellers, notamment Et l’homme dans tout ça ? (NiL, 2000), Comme deux frères. Mémoire et visions croisées, avec Jean-François Kahn (Stock, 2006), L’Homme, ce roseau pensant (NiL, 2007),"Être humain, pleinement", (Editions Stock, 2016).

Voir la bio »

Atlantico : Une nouvelle étude dont les résultats ont été publiés dans la revue Nature révèle que notre capacité à poursuivre de longues études est en partie liée à nos gènes. Pouvez-vous nous expliquer précisément comment elle a été menée et en quoi elle a consisté ?

Axel Kahn : Cette nouvelle étude porte sur près de 300.000 individus de souche européenne répartis dans 15 pays du monde. C'est l'une des plus vastes études génétiques menées jusqu'à présent.

Elle a été dirigée par une équipe pluridisciplinaire de 253 scientifiques, et a permis d'identifier 74 variations génétiques associées au niveau d'études atteint.

Quels sont les nouveaux éléments que cette étude a mis en lumière  ?

Cette étude est très intéressante pour deux raisons principales.

La première est qu'elle confirme les observations de tout à chacun et en particulier des pédagogues, à savoir que les enfants d'une même fratrie, tous élevés dans un même milieu social et  tous éduqués de la même manière, n'ont pas les mêmes trajectoires scolaires, ce qui ne peut s'expliquer que par des différences constitutionnelles. Mon histoire familiale est un très bon exemple en la matière. Mon grand frère, Jean-François Kahn, qui a l’exceptionnelle carrière journalistique qu'on lui connait, n'était pas un très bon élément scolaire. A l'inverse, mon frère cadet et moi-même, outre le fait que l'on se ressemblait beaucoup plus physiquement, étions tout à fait à l'aise dans le système éducatif français, et avons eu tous les deux de brillantes carrières universitaires. Or nous avons été élevés tous les trois strictement de la même manière.

Le deuxième élément qui mérite d'être souligné est que cette étude met fin au mythe "du gène de l'éducation", en démontrant qu'il n'y a pas UN gène de l'intelligence mais plusieurs - au moins 74 - dont l'influence de chacun est extrêmement faible. Nos capacités scolaires vont ainsi être influencées par un grand nombre de gènes qui peuvent, chacun à leur petit niveau, intervenir, mais qui vont surtout intervenir dans leurs combinaisons.

Dans quelles mesures nos gènes influencent-ils notre capacité à suivre des études longues ?

Il y a trois principaux types de paramètres dominants qui influencent la réussite scolaire.

- Le premier est l'influence socio-culturelle. Des enfants issus de milieux sociologiquement défavorisés auront beaucoup plus de mal que d'autres à commencer leur parcours scolaire si on ne les aide pas plus que les autres.

- Le second est la loterie génétique, que j'ai décrite plus haut.

- Le troisième, qui est le plus variable, est le parcours de vie de chaque individu. Un enfant ayant subit des violences familiales par exemple ou souffrant d'une maladie très handicapante aura des séquelles psychologiques qui pourront considérablement impacter sa réussite scolaire.

Peut-on compenser l'influence de ces gènes par d'autres qualités (persévérance, sérieux...) ou certains codes génétiques condamnent-il des sujets à faire des études courtes ?

Oui, tout à fait. Ces facteurs génétiques peuvent être atténués par une éducation adaptée.

C'est d'ailleurs pour ça que le psychologue travaillant pour l'éducation nationale Alfred Binet, inventeur de l'échelle de Binet en 1906, soit l’ancêtre du quotient intellectuel, a mis en place toute une série de tests permettant d'évaluer les capacités de chaque enfant, afin de lui proposer une éducation la plus adaptée possible.

Peut-on concrètement savoir si notre code génétique nous destine à faire des études courtes ou longues ?

Pas encore grâce à une analyse de notre code génétique, non, mais par des tests scolaires oui. Ils vont indiquer si un enfant a les aptitudes pour faire l'université ou alors si c'est mieux qu'il fasse une autre filière. Ce qui est important dans un parcours scolaire, c'est que chaque individu puisse se développer en fonction de ses capacités ou de ses talents.

La seule chose dont ils faut se méfier avec ces tests de QI ou ces concours, c'est qu'ils ne doivent pas être biaisés par le milieu socio-culturel, qui, s'il est défavorisé, doit être pris en compte. Richard Descoing, ancien directeur de Sciences-Po Paris, était par exemple très conscient de ce fait en ouvrant un concours spécial pour les étudiants issus du milieux défavorisés. Et la prestigieuse école a pu constater qu'au bout de deux ans de formation, il n' y avait plus aucun écart de niveau scolaire entre les étudiants issus du milieux défavorisés et les autres.

Est-ce un champ de recherche qu'il serait intéressant d'approfondir ?

C'est un domaine qui mérite de continuer à être exploré, car tout ce qui permet de mieux comprendre les systèmes d'apprentissages permet de mettre en place des systèmes éducatifs de mieux en mieux adaptés.

Simplement, il faut rester prudent, comme l'ont d'ailleurs fait les auteurs de cette étude, car c'est un domaine très propice aux dérapages de "l'idéologie génétique", c'est-à-dire une recherche non par orientée pour découvrir quelque chose, mais pour confirmer un préjugé.

En 2005, par exemple, un généticien a affirmé avoir trouver les deux gènes qui avaient muté au moment ou les premiers hommes avaient quitté l'Afrique, développant chez eux une intelligence supérieure aux individus qui seraient restés sur le continent, établissant ainsi un "racisme génétique". Cette étude a depuis été démentie, car tous les résultats étaient faussés, mais cela a quand même fait beaucoup de dégâts intellectuels.

A lire, du même auteur : "Être humain, pleinement", (Editions Stock), 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !