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Et le cliché star de la pandémie Covid saison 2020 vola en éclat en 2021
©Chung Sung-Jun / POOL / AFP

Zéro Covid

Et le cliché star de la pandémie Covid saison 2020 vola en éclat en 2021

Vous vous souvenez de ces discours expliquant que le Zéro Covid était impossible à appliquer en Europe car son succès n’était dû qu’au fait que les Asiatiques étaient des citoyens dociles, ultra-civiques et peu sensibles aux libertés publiques ? L’évolution des campagnes de vaccination en Asie donne une image bien différente…

Charles Reviens

Charles Reviens

Charles Reviens est ancien haut fonctionnaire, spécialiste de la comparaison internationale des politiques publiques.

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Atlantico : Les pays asiatiques ont été régulièrement pris cité en exemple dans leur manière de lutter contre la pandémie, pourtant ils semblent éprouver des difficultés à mener leurs campagnes de vaccination respectives. Comment expliquer ce phénomène ?

Charles Reviens : Ma contribution présente une analyse des politiques publiques face à la pandémie covid sans prise en compte des aspects strictement médicaux et épidémiologiques de cette situation.

La pandémie covid confronte les différents écosystèmes nationaux à un événement transversal globalement identique pour chaque pays et constitue l’occasion d’un benchmark entre ces différents écosystèmes. L’appréciation de la performance globale de chaque écosystème doit combiner analyse de l’impact santé publique de la pandémie et niveau de disruption économique subi par chaque territoire.

Si l’on regarde la situation à date et quel que soit le retard asiatique en matière de vaccination, les écarts entre l’Occident et l’Asie demeurent très importants. Les décès liés au covid sont en Asie autour de 200 morts par millions d’habitants (infiniment moins dans les pays développés d’Asie du Sud : 6 à Singapour) contre plus de 1 600 dans l’Union européenne et pas loin de 2 000 aux USA et au Royaume-Uni.

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Mais pourquoi la France ne se range-t-elle pas à la stratégie du Zéro Covid ?

L’impact économique covid est également très différent avec une récession extrêmement modeste en Asie du Sud (-0.9 % en 2020 selon le FMI), à comparer avec une récession de 3.5 % aux USA et de 6.5 % dans la zone euro. Seule l’Amérique latine a fait pire que la zone euro en 2020 avec -7 %.

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Cet écart de résultat tient largement à la première phase de la crise et notamment la gestion du choc initial avec des premières et deuxième vagues de 2020 particulièrement disruptives et meurtrières en Occident.

C’est dans ces conditions dramatiques en Occident que la vaccination est apparue dès le second semestre 2020 comme la modalité prioritaire de sortie de crise. L’Asie, à quelques exceptions près (Chine, Mongolie, Singapour) a trois mois de retard sur l’Occident : ces pays, notamment les plus développés comme le Japon et la Corée du Sud, avaient en quelques sorte les moyens de ne pas se précipiter sur la solution vaccinale. On ne constate pas à date de différences majeures de léthalité entre l’Occident et les pays d’Asie, à l’exception de l’Indonésie et dans une moindre mesure du Vietnam.

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Cette situation a conduit à des restrictions d’interactions sociales dans plusieurs pays asiatiques : troisième période de confinement de deux semaines en juin en Malaise, couvre-feu à Bangkok, restrictions de transports et jauges réduites en Indonésie.

Atlantico : Au regard de ce constat, les arguments qui poussaient à dire que les pays étaient trop culturellement différents pour que l’Occident applique les mêmes stratégies dites Zéro Covid sont-ils encore tenables ?

Les modalités selon lesquelles un pays fait face à la pandémie suppose une analyse multifactorielle prenant en compte son histoire, sa configuration institutionnelle, son contexte culturel et idéologique en matière de discipline collective (on a appris que le ministère japonais de la santé avait rendu publique l’identité de trois personnes de retour de l’étranger n’ayant pas respecté les règles sanitaires…) ou de confiance et d’obéissance dans la communication et les directives des pouvoirs publics.

Concernant les stratégies de suppression virale « zéro covid » (test, isolation et traitement des personnes contaminées et contaminantes, strict contrôle des entrées sur le territoire) déployées en Asie du Sud et en Océanie, l’argument culturel asiatique doit d’’abord tenir compte du fait que ces stratégies ont également été déployées avec force dans des pays de culture occidentale comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Au-delà de la question culturelle, le succès et l’acceptation de cette politique a beaucoup tenu à l’extraordinaire réactivité initiale de ces pays (test PCR agréé et mis en production en Corée du Sud début février 2020), pays qui avaient beaucoup plus que l’Occident le souvenir douloureux de la pandémie SARS. Le niveau réduit de circulation du virus au moment du démarrage de la pandémie permettait la stratégie de suppression virale sans blocages majeurs de la vie économique et sociale.

Atlantico : Si ces arguments sont réfutés, quelles explications faut-il avancer pour le refus de certains pays occidentaux, dont la France, de ne pas avoir recours à ces politiques de suppression virale ?

Outre la faible réactivité initiale face à la pandémie et la grande incertitude de la situation, le niveau de circulation du virus a rendu inéluctable le fait de « vivre avec le virus ». Par ailleurs la France a un gout prononcé pour les débats juridiques abstraits et les polémiques de principe : on peut constater l’impossibilité de fait à faire porter les restrictions impératives pour la stratégie « zéro covid » et portant spécifiquement sur des personnes contaminantes (personnes testées positives, personnes provenant de l’étranger) ou à risque, ce qui a conduit plusieurs fois à privilégier des mesures générales indifférenciées touchant la plus grande partie de la population et générant des niveaux très élevés de disruptions économiques et sociales.

Enfin la question de la stratégie « zéro covid » correspond plutôt à une phase de la pandémie avant la mise à disposition très large des vaccins.

Atlantico :  Qu’est ce qui dans la manière de mener les campagnes vaccinales à travers le monde fait le succès ou l’échec ?

Cette question mériterait d’être posées également à un épidémiologiste et il faut admettre qu’on reste dans une zone de grande incertitude. Le center for disease control (CDC) américain a indiqué le 30 juillet dernier que la lutte contre la pandémie avait changé de nature du fait de la contagiosité du variant delta. Concernant l’Asie, plusieurs analyses s’interrogent sur l’efficacité sur ce variant des vaccins chinois qui ont principalement été utilisés dans la zone.

A mon sens il faut séparer les questions qui font polémique (vaccin obligatoire de droit ou de fait via le pass sanitaire) de sujets plus structurants et qui peuvent faire consensus ou éviter les oppositions :

  • d’une part les questions logistiques permettant la bonne gestion de la chaine complète de vaccination ;
  • d’autre part les voies et moyens de maximiser la confiance du public et d’obtenir son acceptation volontaire de la vaccination (« voluntary compliance »).

On peut constater à regret que le débat français ne se concentre pas sur ces points.

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