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Des scènes de violence urbaines inédites depuis trente ans.
Des scènes de violence urbaines inédites depuis trente ans.
©Reuters

London burning

Émeutes de Londres : le retour à l'ordre public avant tout

Comme Margaret Thatcher il y a trente ans, David Cameron ne compte pas s'intéresser aux motivations économiques et sociales des émeutiers. Le gouvernement cherche avant tout à faire revenir le calme dans les rues de Londres. Les prochaines heures seront décisives.

Philippe Chassaigne

Philippe Chassaigne

Philippe Chassaigne est professeur d'Histoire contemporaine à l'université Michel de Montaigne Bordeaux 3. Il est l'auteur de Histoire de l'Angleterre (Flammarion 2008)

 

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ATLANTICO : Est-ce que l'ampleur de cette flambée de violence était prévisible ?

Philippe Chassaigne : On ne pouvait pas prévoir. Mais à partir du moment où il y a eu cet élément déclencheur d'un décès au cours d'une opération de police, assez proche de ce qui s'est passé à Paris en novembre 2005, on se trouve en présence d'un scénario qui se trouve assez fréquent dans les sociétés française ou britannique. Il y a des minorités ethniques qui font face à des situations économiques et sociales très difficiles, et dans lesquelles il y a une méfiance - pour ne pas dire plus - envers la police.

Par ailleurs, l'autre élément important est qu'il ne s'agit pas des premières grandes émeutes en Grande-Bretagne. Celles-ci sont extrêmement violentes, mais d'autres l'ont été encore davantage il y a trente ans, déjà à Brixton (dans le sud de Londres) et dans certains quartiers de Liverpool, en juillet 1981. Là aussi, l'élément déclencheur avait été une opération de police extrêmement musclée pour éradiquer le crime de rue et le trafic de drogue.

La différence avec les émeutes de 2005 en France, c'est qu'il s'agissait chez nous de deux adolescents, tandis que Mark Duggan, qui est mort jeudi dernier, était quelqu'un d'assez peu recommandable. Il était impliqué dans des trafics d'armes à feu et, d'ailleurs, l'équipe policière à l'origine de sa mort est une unité de la police métropolitaine londonienne chargée spécialement depuis trois ou quatre ans de lutter contre le trafic d'armes à feu. C’est l’un des fléaux de Londres, qui alimente les tensions entre bandes rivales et a entraîné la mort de dizaines de jeunes gens au cours d'affrontements.

David Cameron et les députés britanniques sont revenus de vacances plus tôt pour régler le problème. Vont-ils aller vers plus de fermeté ?

Les déclarations du gouvernement plaident en faveur de cela. Il est intéressant de voir que le Parlement est rappelé, et que le président de la Chambre des communes a décidé d'organiser une séance spéciale pour montrer la solidarité de tous les partis politiques dans la condamnation des violences. La ligne officielle privilégie le rétablissement de l'ordre public avant tout. Les motivations économiques et sociales du mouvement ne sont vues que comme des prétextes.

Le discours de David Cameron rappelle celui de Margaret Thatcher au moment des émeutes de 1981. Il s'agit de refuser de considérer que ces émeutes sont d'abord des émeutes. Une fois que l'ordre public sera rétabli, on verra ce que l'on peut faire.

En 2005, les médias étrangers avaient donné une image exagérément dramatique des émeutes parisiennes. Est-ce aussi le cas pour Londres ?

Lorsque l'on regarde les choses de loin, il y a un effet de loupe car ce sont des événements extrêmement spectaculaires : on peut penser que c'est l'ensemble de la ville qui est touché. Il faut bien regarder la géographie des quartiers concernés et voir que Londres est une métropole plus étendue en surface que Paris.

Mais s'il ne faut pas exagérer l'importance de ces émeutes, il ne faut pas non plus la minorer. Une personne est morte ce mardi. Est-ce que cela ne va pas entraîner une montée en puissance des manifestations ?

Comment voyez-vous l'évolution de la situation dans les jours à venir?

Tout va dépendre du rapport de force entre émeutiers et police. On va passer de 6 000 policiers lundi soir à 16 000 mardi soir. La police a employé des véhicules anti-émeutes.

Est-ce que cela sera suffisant ? Est-ce que des répliques vont se multiplier dans d'autres villes ? Le problème est londonien au départ, mais comme en 1981 et 1985, il y a des imitateurs qui se lancent à leur tour dans des émeutes. Les forces mobilisables dans d'autres villes sont évidemment moins importantes qu'à Londres. Les 72 prochaines heures, jusqu'à la réunion exceptionnelle du Parlement, vont être cruciales.

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