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"Elvis" : un biopic époustouflant qui s’est longtemps fait attendre sur le grand écran
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"Elvis" : un biopic époustouflant qui s’est longtemps fait attendre sur le grand écran

Grâce à l’Australien Baz Luhrmann, l’icône y débarque, enfin, avec pour le faire revivre, un presque inconnu, le comédien Austin Butler.

Dominique Poncet pour Culture-Tops

Dominique Poncet pour Culture-Tops

Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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THÈME

Est-ce son enfance de petit garçon blanc né dans une ville du Mississippi (habitée  majoritairement par des noirs), une enfance bercée par les gospels de l’Eglise pentecôtiste que fréquentait sa mère ? En tous cas, à dix-neuf ans, Elvis Presley (Austin Butler) est déjà un phénomène vocal d’un calibre jamais entendu chez un chanteur blanc,  avec  pour l’accompagner, un déhanché et un sex-appeal hallucinants. Seul problème, la notoriété du jeune chanteur est encore restreinte. Tout change quand il rencontre un homme qui se fait appeler le Colonel Parker (Tom Hanks, méconnaissable), à la fois un génie du marketing (il va faire d’Elvis une star interplanétaire) et un sacré coco qui, pour payer ses dettes de jeu n’hésitera pas plus tard, à « vendre » son  « poulain » au plus offrant, quitte à le laisser se déglinguer.

La vie de la plus grande icône du rock’n’roll, ses hauts, ses bas, ses sorties de route, ses rebellions, ses amours et ses concerts mythiques retracés à travers le regard d’un homme au double visage de « père spirituel » et de  « prédateur » : voilà ce que retrace, sur trente ans, ce biopic flamboyant et énergique, le premier sur grand écran, depuis la mort du King survenue dans sa propriété de Graceland, à Memphis dans le Tennessee, le 16 août 1977, à l’âge de 42 ans.

POINTS FORTS

Fou de musique en général et d’Elvis Presley en particulier, le réalisateur australien  Baz  Luhrmann (Moulin Rouge, Gatsby le Magnifique) tournait depuis longtemps autour du King. Un biopic? Oui mais, comment ? Avec qui ? Et sous quel angle? Car il n’était pas question pour lui de se contenter d’une biographie racontée platement ! Après des années de cogitation, lui vint l’idée de revisiter la vie de l’enfant chéri de Memphis à travers le prisme du regard de son manager, l’étrange, mystérieux et indispensable Colonel Parker, celui qui construisit la « légende » du chanteur Elvis et qui, quelques années plus tard, fut en grande partie responsable de la « déchéance » de l’homme que ce même Elvis fut, derrière l’idole. Un seule personne  responsable de la courbe ascendante et descendante d’une carrière hors norme : Luhrmann avait son fil conducteur. Il commença d’écrire…

Autre quadrature du cercle à résoudre  pour lui : trouver l’interprète du rôle-titre !  Sur grand écran, personne n’avait osé s’y risquer. Le cinéaste australien commence les auditions. C’est un coup de fil de Denzel Washington ( qu’il ne connaît pas personnellement) qui le sauve. Le comédien lui parle d’un jeune gars avec qui il a joué au théâtre et qui lui parait fabuleux. Austin Butler qui n’a alors interprété que des petits rôles débarque. Il est natif de la Californie, mais tout y est, le look, le regard, la sensualité sauvage, le jeu de jambes et surtout la voix. Car Luhrmann  ne veut pas entendre parler de play-back. Devenir un Elvis parfait va prendre trois ans de travail acharné au jeune Austin. Il s’effondrera au lendemain du dernier jour de tournage, ce qui lui vaudra 8 jours d’hôpital. Mais le résultat est là, époustouflant.

Époustouflante aussi est la prestation de Tom Hanks qui a pris en charge le rôle du colonel Parker. Méconnaissable, l’acteur interprète  avec une subtilité rare  les différentes personnalités d’un homme dont on ne sait toujours pas aujourd’hui s’il fut, pour Elvis, un père ou un bourreau, un manager de génie ou un esclavagiste.

QUELQUES RÉSERVES

Les connaisseurs de Baz Luhrmann le savent : le cinéaste a tendance à trop « clipper » ses films. Il n’échappe pas ici à son péché mignon. Il faut patienter une bonne dizaine de minutes pour qu’après un départ en surmultipliée, Elvis trouve un rythme moins effréné, qui laisse savourer, et la finesse percutante des dialogues, et la magnificence du tournage, et aussi, les performances des deux stars du film, Austin Butler et Tom Hanks.

On peut regretter que le scénario n’accorde  pas une place plus importante à l’épouse du King, Priscilla Presley, interprétée par une Olivia Dejonge, par ailleurs, un peu trop « pâlotte ».

ENCORE UN MOT...

Huit ans. Il aura fallu huit ans au réalisateur Baz Luhrmann pour venir à bout de l’un des biopics les plus attendus de l’Histoire du cinéma parce que retraçant la carrière fulgurante et tragique  du chanteur le plus mythique de l’Histoire des Etats-Unis. Le résultat est à la hauteur de toutes les espérances, qui va à la fois réjouir les inconditionnels de cinéma d’effets spéciaux et d’images délirantes, combler les fans du King (leur idole est restituée là, intacte, dans sa folie, son génie, sa séduction, son extravagance, son magnétisme, son sens inouï du rythme, son déhanché, sa sensibilité et… sa dépendance au « Colonel Parker »), et qui va aussi, dans un même mouvement passionner les amoureux de l’Amérique des années 1950 à 1970, celles qui virent ce pays lutter contre le racisme et sortir de son conservatisme.

Un peu trop long, ce flamboyant  Elvis (2h39)? Un peu trop emphatique ? Peut-être. Mais comment chipoter devant un film qui offre un écrin aussi somptueux à la plus grande légende du rock, et qui permet à un jeune interprète de 31 ans, Austin Butler, d’accéder à un statut de star ? Au vu de sa réception par le public au dernier Festival de Cannes où ilfut projeté hors compétition (douze minutes d’ovation), Elvis devrait cartonner au box-office. Bluffant et passionnant !     

UNE PHRASE

Qui seront deux :

« On ne pouvait trouver meilleure vie que celle d’Elvis comme  canevas pour explorer l’Amérique des  années 1950 à  1970, celle du racisme et des droits civiques » ( Baz Luhrmann, réalisateur).

« C’était tout un défi. Au départ, je me sentais comme un gamin qui enfile les vêtements de son père. Les manches sont trop longues, les souliers comme des bateaux. Je me disais que c’était impossible. Avec le temps, j’ai commencé à grandir en lui et à mieux ressentir son humanité » ( Austin Butler, comédien).

L'AUTEUR

Né en septembre 1962 à Herons Creek en Australie de parents amateurs de théâtre et de cinéma, Baz Luhrmann pratique très jeune la danse de salon. Après le divorce de  ses parents, il part s’installer à Sydney pour y effectuer des études à l’Institut national d’art dramatique d’Australie. Durant ses études, il crée en 1984 avec d’autres étudiants Strictly Ballroom, sa première pièce de théâtre. Cette pièce, qui rencontre pendant plusieurs années un vif succès, lui vaut de pouvoir réaliser en 1992 son premier film, Ballroom dancing. Sa carrière de cinéaste est lancée. C’est en 1996 qu’il accède à la notoriété internationale avec son adaptation de Roméo + Juliette, avec Léonardo Di Caprio et Claire Danes. La consécration lui arrivera en 2001 avec Moulin Rouge. Pourtant assez critiqué par une grande partie de la presse pour son rythme effréné, cette superproduction musicale menée par sa compatriote Nicole Kidman lui vaudra plusieurs nominations. En 2002, il délaissera le grand écran pour retourner à la mise en scène de théâtre. Son adaptation de l’opéra La Bohème raflera deux Tony Awards.

Après un petit détour par la pub ( en 2004, il travaille notamment pour Chanel), il s’attaque en 2008 à une fresque qui relate l’histoire de son pays (Australie), puis revient en 2013 à la fiction avec Gatsby le Magnifique, une adaptation du roman éponyme de F. Scott Fitzgerald avec, de nouveau Nicole Kidman, et qui, une fois encore, est un énorme succès international.

Après une incursion sur Netflix (il crée la série The Get Down en 2016), le cinéaste australien fait son retour,  sur les écrans français en ce début d’été 2022, au long-métrage avec le biopic Elvis, dontd’aucuns s’attendent à ce que l’interprète de son rôle-titre obtienne une nomination aux Oscars.

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