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66% des Français pensent que les couples homosexuels devraient avoir le droit de se marier.
66% des Français pensent que les couples homosexuels devraient avoir le droit de se marier.
©Reuters

Sondage Ifop/Atlantico

Débat parlementaire J+10 : hausse de l'adhésion des Français au mariage homosexuel mais baisse sur l'adoption

Selon un sondage IFop pour Atlantico, les Français sont 66% à estimer que les couples homosexuels devraient avoir le droit de se marier, mais seuls 47% considèrent qu'ils doivent pouvoir adopter.

Jérôme Fourquet et David Valence

Jérôme Fourquet et David Valence

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’IFOP.

David Valence est professeur agrégé d'histoire.

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Question : Vous personnellement, pensez-vous que les couples homosexuels, hommes ou femmes, devraient avoir le droit en France …?

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Jérôme Fourquet : Le score d’adhésion au mariage est très élevé. Le record historique d’adhésion à la mesure est même dépassé. Pour la première fois, une adhésion supérieure à 65% est mesurée (66%).  

 

Question : Vous personnellement, pensez-vous que les couples homosexuels, hommes ou femmes, devraient avoir le droit en France …?

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Question : Vous personnellement, pensez-vous que les couples homosexuels, hommes ou femmes, devraient avoir le droit en France de se marier ?

L’électorat de gauche déjà très favorable au mariage semble s’être mobilisé dans la dernière ligne droite. On est passé de 79% d’adhésion dans l’électorat de gauche à 86%. Une progression non négligeable de 7 points. La mobilisation dans la rue a peut-être ressoudé l’électorat de gauche. De l’autre côté du spectre politique, il y a également une remontée de l’adhésion au principe du mariage. Depuis janvier, on est passé de 41% à plus de 45% d’adhésion dans l’électorat de droite. Au total, on constate une moindre opposition à droite et une sur-mobilisation à gauche.

En revanche, concernant l’adoption, le mouvement est inverse. Si l’adhésion au mariage n’a jamais été aussi forte, l’opposition à l’adoption n’a presque jamais été aussi forte elle aussi. Le gouvernement a gagné la bataille du mariage sous une forme acceptable pour l’opinion qui serait l’union civile, mais les réticences ne se sont pas démenties sur la question de l’adoption et laissent entrevoir une bataille très dure sur la question de la PMA. Cela explique sans doute le premier recul du gouvernement sur ce sujet. La question de la PMA semble reportée pour très longtemps, voire enterrée.

Question : Vous personnellement, pensez-vous que les couples homosexuels, hommes ou femmes, devraient avoir le droit en France d’adopter, en tant que couple, des enfants ?

Le clivage autour du mariage n’est pas sociologique : le taux de d’adhésion chez les cadres sup (68%) et chez les ouvriers (70%) est presque identique. Il y a un petit écart sur la question de l’adoption : 57% d’adhésion pour les cadres et 47% pour les CSP-. Mais, ce n’est pas une tendance qu’on observe dans toutes nos enquêtes.

En revanche le clivage est clairement générationnel : plus vous montez en âge, plus vous êtes contre. Les différences sont spectaculaires avec parfois 30 points d’écart entre les plus jeunes et les plus vieux. L’autre clivage significatif est le clivage homme/femme avec des femmes plus ouvertes sur ces questions que les hommes.

Atlantico : On constate que l’opinion a basculé en faveur du mariage, mais plutôt contre l’adoption. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

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David Valence : Un premier constat : je trouve assez réconfortant que le débat parlementaire ait fait bouger les lignes! C'est le signe que l'opinion a prêté attention aux échanges dans l'hémicycle et que ceux-ci lui ont permis de se "cristalliser", en quelque sorte. Les bonnes nouvelles du côté de la démocratie représentative ne sont pas si courantes, à l'heure où un certain populisme se plaît à dépeindre les parlementaires en "profiteurs" de la République. A bien regarder les sondages, le débat parlementaire a même bousculé plus profondément les lignes que les manifestations concurrentes dont on nous a tant parlé! Cela témoigne que le Parlement est encore, pour les Français, le lieu où se fait la loi.
Je disais que le débat a permis une cristallisation : à gauche, la cause du mariage a progressivement mobilisé la majorité, en lui offrant de faciles occasions de stigmatiser l'obscurantisme de ses adversaires. C'était attendu! De même que l'effondrement des soutiens à l'adoption chez les sympathisants de la droite et de l'extrême-droite : dès lors que le débat redevenait une simple question de droite et de gauche, et que la droite choisissait d'attaquer principalement le gouvernement sur l'adoption, cette l'évolution était prévisible, et les électeurs ont suivi.
La vraie surprise est de voir qu'une très forte minorité d'électeurs de droite est favorable au mariage "seul". Je crois qu'il n'est pas un seul pays européen -y compris la Grande-Bretagne, où le mariage pour tous vient d'être adopté sous l'impulsion d'un Premier ministre conservateur- où l'ouverture du mariage aux couples de même sexe recueille, au sein de l'électorat de droite, plus de 40% de soutiens! A lire ces chiffres, la droite française est la plus progressiste d'Europe. Mais nous parlons de sympathisants, pas d'électeurs, de militants ou d'élus...

Peut-on parler de discours historiques reflétant deux visions de la société ? En rejetant les opposants au mariage homosexuel du mauvais côté de l’Histoire, la ministre de la Justice ne les a-t-elle pas renforcé dans leur opposition ?

Une très nette majorité de l'opinion considère -y compris à droite, je le répète-, que l'ouverture du mariage aux couples de même sexe ne sera pas une "révolution", que cela va dans le sens d'une certaine évolution des mœurs. Les mêmes se reconnaissent pas dans les arguments de ceux qui confondent mariage civil et religieux, en parlant de sacralité et de sacrement, là où l'Etat ne reconnaît qu'un contrat et une institution.
En revanche, la confusion autour de la Procréation médicalement assistée (PMA) et de la Gestation pour autrui (GPA) a sans doute fragilisé la position de la majorité sur l'adoption. La gauche n'a pas pu expliquer que cette ouverture de l'adoption simple aux couples homosexuels permettrait, en particulier, de donner un statut officiel aux beaux-parents de même sexe. Ses exemples, ses appels à regarder les réalités des familles recomposées en face, ont été brouillés par la publication de la circulaire aux effets pourtant très limités sur les enfants nés à l'étranger grâce à la GPA, puis par la volonté de nombreux parlementaires socialistes d'inclure la PMA dans le projet de loi.
Le discours de la Garde des Sceaux a donc pu avoir un effet sur l'opinion quand il était clair, sur le mariage lui-même-, mais une communication confuse a ruiné touts ses efforts de pédagogie sur le mariage. D'autant que c'est sur ce point, et non sur le mariage, que les élus de droite ont concentré leur feu.

Le débat a été marqué par quelques accrochages notamment entre Christiane Taubira et le président du groupe UMP à l’Assemblée Christian Jacob. Cela a-t-il pu avoir un impact sur l’opinion ?

C'est difficile à dire. L'opinion sait que ce genre de questions "échauffe les esprits", et elle a à cet égard une attitude paradoxale : les vociférations, les attaques personnelles accréditent les attaques de ceux qui représentent la politique française comme un grand cirque exagérément passionnel ; mais dans le même temps, elle reproche souvent aux débats d'être compassés, comme si les responsables politiques étaient d'accord sur tout, et d'avance. En l'espèce, elle retrouve du clivage, des débats passionnés, ...

On peut être certain d'une chose : droite et gauche confondues avaient conscience de jouer beaucoup dans ce débat. La gauche voulait serrer les rangs d'une majorité qui s'éparpille tant, qu'au Sénat elle est devenue... minorité lors de nombreux votes récents !

Elle voulait aussi renouer avec les grands débats qui lui permettent de poser, aujourd'hui encore, en seule force politique émancipatrice du genre humain, et occulter ainsi le bilan de la droite qui, en matière de droits des femmes (loi Neuwirth en 1967, Veil en 1974, divorce par consentement mutuel en 1975) ou même des homosexuels (égalité fiscale entre couples pacsés et mariés en 2007) n'était pas absolument négligeable.


La ligne économique du gouvernement Ayrault est contestée, pas seulement du reste par la gauche de la gauche, mais aussi par un Claude Bartolone, qui demande réduire le rythme de réduction des déficits, ou, mezza voce, par les proches d'Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon. Quant à l'intervention française au Mali, elle ne "cadre" pas avec ce qu'est devenue la culture d'une partie de la gauche en matière de défense, et qui se résume souvent à un pacifisme discrètement isolationniste. Sans qu'on puisse parler de calcul, car il s'agissait bien d'une proposition importante de François Hollande, je crois que la gauche a voulu saisir l'opportunité, dans le débat parlementaire sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, de se "refaire une santé" sur le dos d'adversaires vite assimilés à la "Réaction".

Pour la droite, l'enjeu était d'éviter absolument les dérapages auxquels avait donné lieu le débat sur le PACS... d'autant que ce contrat est très vite entré dans les mœurs, après que d'aucuns avaient parlé de menace pour la civilisation judéo-chrétienne! Au reste, les candidats aux municipales en puissance que sont beaucoup de responsables et parlementaires de droite savent que les homosexuels représentent, et pas seulement dans les très grandes villes, une minorité électorale très mobilisée lors des scrutins majeurs, et dont le poids est peut-être même supérieur à celui des catholiques qui vont à la messe chaque dimanche ! En centrant les attaques sur l'adoption, la droite pouvait mettre en avant "le droit de l'enfant", moins risqué que les discours sur le "sacrement" du mariage, dans un pays profondément laïcisé.

Au total, ni la droite ni la gauche n'ont complètement rempli leurs objectifs. Un débat parlementaire n'est pas qu'une série de figures répétées à l'avance, et qu'on exécute comme les danseuses un pas de basque! Des maladresses comme la parution de la circulaire sur les enfants nés d'une GPA ont crispé les débats...

Mais cette séquence parlementaire a bien permis à l'opinion de se "cristalliser" autour d'un soutien franc et massif au mariage pour tous, et d'une position plutôt hostile à l'adoption par les couples de même sexe.

 

Méthodologie

Précision relative aux marges d'erreur

La théorie statistique permet de mesurer l’incertitude à attacher à chaque résultat d’une enquête. Cette incertitude s’exprime par un intervalle de confiance situé de part et d’autre de la valeur observée et dans lequel la vraie valeur a une probabilité déterminée de se trouver. Cette incertitude, communément appelée « marge d’erreur », varie en fonction de la taille de l’échantillon et du pourcentage observé comme le montre le tableau ci-dessous :

Exemple de lecture du tableau : dans le cas d’un échantillon de 1000 personnes, si le pourcentage mesuré est de 10%, la marge d’erreur est égale à 1,8. Le vrai pourcentage est donc compris entre 8,2% et 11,8%.

 

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