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Crosswind : un film sur la déportation qui ne ressemble à aucun autre
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Crosswind : un film sur la déportation qui ne ressemble à aucun autre

"Crosswind" : encore un film sur la déportation. Mais celui-là ne ressemble à aucun autre, et vous ne l'oublierez pas.

Philippe Moisand pour Culture-Tops

Philippe Moisand pour Culture-Tops

Philippe Moisand est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

 

 

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Un film de Martti Helde, avec Laura Peterson (Erna), Mirk Preegel, Ingrid Isotamm

VU PAR PHILIPPE MOISAND

LE REALISATEUR

Martti Helde est Estonien. Depuis son adolescence, il a une passion pour le cinéma qui l'a conduit à tourner quelques films amateurs. A l'occasion d'un concours organisé par l'Estonian Fund Film, il propose de traiter le sujet des déportés estoniens vers les camps staliniensen Sibérie, un thème remis à l'ordre du jour avec la célébration, en 2011, du 70ème anniversaire de l'invasion soviétique en Estonie. On lui fait confiance, mais ses difficultés ne font que commencer. Il lui faudra quatre ans pour trouver le financement, rassembler les éléments de son scénario et étaler le tournage sur trois étés et trois hivers. A 28 ans, il signe enfin son premier long métrage. 

THEME

En 1941, après l'invasion de l'Estonie, Staline organise la purge du pays et envoie des dizaines de milliers d'Estoniens en déportation en Sibérie. Erna et sa fille en font partie, laissant derrière elles leur mari et père, embarqué dans un autre wagon vers d'autres horizons dont il ne reviendra jamais. Pendant 15 ans, Erna ne cessera de lui adresser des lettres, sans savoir si elles ont la moindre chance de lui parvenir, ni même qu'il a été lui aussi déporté dans un autre camp. Ce sont ces lettres qui ont servi à fixer la trame du film. Elles sont lues en voix off et se substituent en fait aux dialogues.

POINTS FORTS

  • Le parti pris de l'album de photos, cette série de tableaux figés que la caméra nous fait visiter pas à pas. Une véritable gageure que de s'éloigner aussi radicalement des formules habituelles en la matière, celle du documentaire fondé sur les images d'archives ou celle de la reconstitution historique à grand spectacle; et surtout de tenir cette gageure jusqu'au bout du film, sans lasser le spectateur.
  • La beauté des images en noir et blanc, la profondeur des lettres d'Erna qui crie son désespoir et son besoin de liberté avec une dignité stupéfiante, la qualité de la musique qui accompagne le film quand s'interrompt la lecture des lettres, tout concourt à nous tenir sous le coup d'une profonde émotion.

La preuve que la photographie, le cinéma, la musique, la littérature, portés ensemble à ce niveau d'incandescence artistique, touchent à l'âme humaine et pour cela détiennent une force exceptionnelle.

POINTS FAIBLES

Aucun, sauf bien sûr le parti pris du réalisateur qui porte en lui-même le risque de détourner plus d'un spectateur du film pour cause d'esthétisme trop marqué.

EN DEUX MOTS...

Comment livrer aujourd'hui un nouveau film sur la déportation sans donner l'impression du déjà vu, et, de surcroit, sans disposer de la moindre image d'archives sur cette page oubliée de l'histoire ? C'est tout le génie de Martti Helde que d'avoir su tirer parti de la pauvreté apparente de ses sources, limitées aux seules lettres d'Erna et aux témoignages des rares survivants, pour produire une œuvre cinématographique aussi personnelle et dotée d'une aussi rare qualité artistique.Ce n'est pas seulement la qualité des images dont il est ici question, c'est aussi et surtout celle des lettres d'Erna qui parlent plus de la souffrance du bonheur perdu que de la douleur du quotidien. Cette retenue dans le propos, cette sublimation de la douleur, ce parti pris d'esthétisme pourraient faire penser qu'on s'éloigne du message que tout film de cette catégorie est censé devoir porter. Il n'en est rien, bien au contraire. C'est un hymne à la liberté que la petite chanson que cette femme nous glisse à l'oreille. Non, elle ne reculera pas devant l'invasion soviétique et ne quittera pas son pays. Non, elle ne se laissera pas atteindre par sa captivité. Non, elle ne composera pas avec ses gardiens. Mais oui, elle rêve de revoir son mari et son pommier en fleurs. Et oui, elle consentira à quitter le pays enfin retrouvé s'ils ne sont pas tous deux au rendez-vous.

RECOMMANDATION

EN PRIORITE : Plus que cela : à voir absolument

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