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Covid-19 : et toujours rien sur le front de la préparation des écoles ou des salles de sport pour faire face à la contamination par aérosol à la rentrée
©FREDERICK FLORIN / AFP

Ventilation et purification de l’air

Covid-19 : et toujours rien sur le front de la préparation des écoles ou des salles de sport pour faire face à la contamination par aérosol à la rentrée

Non, le virus ne se transmet pas seulement par des gouttelettes expirées lors de la respiration mais il flotte bien dans l’air.

Christophe Daunique

Christophe Daunique

Christophe Daunique est consultant en management, spécialisé dans le secteur public. Il publie régulièrement des articles sur son blog personnel (https://christophe-daunique.medium.com/).

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Atlantico : L’année scolaire est bientôt terminée, les Français vont partir en vacances, laissant vides pour quelques mois un certain nombre de bâtiments accueillant du public, à commencer par les salles de classe. N’est-ce pas le moment propice pour installer des dispositifs permettant de lutter contre la diffusion du virus, par aérosol, afin de préparer une rentrée sereine ?

Christophe Daunique : Cette question pose en creux celle de la contribution des écoles et donc des enfants à l’épidémie, qui fait énormément débat entre les spécialistes. Je ne suis pas épidémiologiste et je ne vais pas trancher parmi toutes les étudies existantes, mais voici en résumé mon avis sur la question :

  • Contrairement à ce qui a été raconté, notamment par la Société Française de pédiatrie (SPF) et le Gouvernement, les enfants ne sont pas moins contaminés par le virus, même si dans leur cas, j’ai cru comprendre qu’ils en souffraient généralement moins que les adultes
  • Ils ne transmettent pas moins également ;
  • Conclusion intermédiaire, si les enfants se contaminent et transmettent autant que les adultes, les écoles sont de facto un endroit à sécuriser au même titre que les lieux de travail et même plus que celui puisque l’école brasse énormément de membres de foyers différents.

Ceci étant dit, les écoles sont-ils un endroit prioritaire à sécuriser ? Autrement dit, contribuent-elles fortement à l’épidémie ? 

  • J’ai tendance à croire que le reflux de l’épidémie en France en avril-mai de cette année a été entre autres causé par la fermeture des écoles, avec notamment l’alignement des vacances scolaires entre les zones ;
  • Contrairement à ce que certains mauvais esprits racontent, le fait que leur réouverture n’a pas réalimenté l’épidémie peut s’expliquer par une inertie épidémique, et par le fait que la reprise n’a pas été identique à l’arrêt puisqu’elle a été progressive, tous les enfants ne reprenant pas en même temps. Claude-Alexandre Gustave explique très bien ce mécanisme ici.
  • Conclusion intermédiaire, les écoles sont bien un endroit prioritaire à sécuriser.

Dès lors, comment sécuriser les écoles ? En luttant contre la transmission, notamment celle qui est aéroportée avec un effort significatif en matière de ventilation et de purification de l’air comme proposé par le collectif Du Côté de la Science. La période estivale constitue la meilleure occasion pour le faire puisque par définition les élèves ne sont pas présents dans les locaux ce qui permet d’y réaliser tous les travaux nécessaires sans perturber les cours.

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En septembre 2020, le collectif de parents écoles oubliées et les scientifiques du collectif Du côté de la science dénonçait le manque de préparation des écoles et autres établissements, malgré des préconisations simples. Est-on au même cas de figure qu’il y a un an ?

D’après cet article, Jean-Michel Blanquer a donné deux informations importantes le 17 juin :

  • Le protocole sanitaire sera élaboré dans les premiers jours de juillet ;
  • Mais ce protocole ne sera pas définitif, il se contentera de déterminer les scénarios possibles pour laisser la décision à la fin du mois d’août.

Je considère que c’est encore une fois un manque complet d’anticipation du Gouvernement pour la simple et bonne raison que si le pire scénario doit être mis en œuvre, par exemple à cause d’une résurgence de l’épidémie à la rentrée, et qu’il nécessite des travaux lourds, il ne pourra matériellement pas être effectif à temps. Il y a là un choix stratégique à faire entre se préparer au pire et agir dès à présent, quitte à ce que cela ne serve à rien in fine, ou attendre en espérant que la chance nous sourira. Au regard de ce qu’a été l’évolution de l’épidémie depuis le début, il me semble que la première option est de loin la plus raisonnable pour plusieurs raisons :

  • La période estivale est la période idéale pour faire des travaux d’ampleur dans les écoles ; 
  • Nous n’avons malheureusement plus le temps de procéder à des expérimentations pour vérifier l’utilité pratique des mesures par exemple avec des groupes témoins ;
  • Même si ces mesures ne sont pas suffisamment efficaces pour lutter contre l’épidémie, elles contribueront de toute manière à améliorer la qualité de l’air respiré par les enfants dans les écoles ce qui ne peut être que bénéfique ;
  • Nous avons largement les moyens financiers de le faire. Les estimations tournent autour de 500 M d’euros voire 1 milliard pour toutes les salles de classe en France. Ce sera toujours moins que ce coûterait un éventuel reconfinement en cas de nouvelle flambée épidémique.

Je considère que tout doit être fait pour sécuriser les écoles afin justement d’éviter d’avoir à les fermer en cas de reprise épidémique. Et je suis disposé à y contribuer au travers de mes impôts si nécessaire.

Par conséquent, au lieu d’attendre, le Gouvernement ferait beaucoup mieux de :

  • Elaborer le plus rapidement possible son protocole sanitaire définitif pour lutter contre la transmission aéroportée en retenant le pire scénario possible, sans attendre la fin du mois d’août ;
  • Transmettre ce protocole aux collectivités territoriales, qui sont responsables des locaux, en leur demandant d’amorcer les travaux le plus rapidement possible pour qu’ils se terminent avant la rentrée ;
  • Trouver les moyens de financer ces travaux en attribuant des dotations ad hoc aux collectivités.

A titre personnel, je mettrais au minimum un capteur de CO2 par salle de classe. Idéalement, j’y rajouterais une remise à niveau compète du système de ventilation lorsque c’est nécessaire, avec l’installation de filtres HEPA. Enfin, j’accorderais une attention particulière aux salles de restauration.



La mise en place de système de ventilation, de purification de l’air, de détecteur de CO2, etc. n’est-elle pas la seule façon de se prémunir d’une éventuelle résurgence de l’épidémie, comme peuvent le craindre certains scientifiques en raison du variant delta ?

Si nous voulons vraiment lutter contre l’épidémie à la rentrée, il n’y a que deux solutions possibles :

  • Réduire le risque de contamination en agissant sur l’environnement physique et c’est à cela que servent les mesures préconisées pour les écoles ;
  • Détecter et traiter les contaminations résiduelles avec un dispositif tester / tracer / isoler. A l’école, cela veut dire concrètement se préparer pour disposer des stocks nécessaires afin de réaliser des campagnes massives de testing des élèves, à intervalle régulier soit de l’ordre de la semaine, et de manière obligatoire, contrairement au volontariat actuel. Un bon exemple à suivre en la matière est le Royaume-Uni.

Ces deux solutions ne s’appliquent pas qu’aux écoles mais bien à l’ensemble de la société. Nous gagnerions collectivement à améliorer la ventilation de tous les lieux recevant du public.

Concernant les écoles et les enfants, il reste deux points en suspens. Le premier est la vaccination. Je n’ai pas d’avis tranché sur la question, n’étant ni épidémiologiste ni médecin. Le second est le port du masque avec notamment cet appel de la SPF du 17 juin demandant que les jeunes élèves de primaire puissent être dispensés du port du masque, y compris en intérieur, jusqu’aux vacances. Voici mon avis sur le sujet :

  • Les enfants étant contaminants, le masque constitue un moyen de protection utile et efficace contre le virus. 
  • Je peux concevoir que le masque constitue une gêne psychologique pour les enfants et qu’il perturbe l’apprentissage de la langue.
  • En revanche, je conteste formellement le fait qu’il constitue une gêne physique.
  • Je suis passablement lassé de voir l’argument psychologique invoqué en boucle dans les pays occidentaux alors que les enfants asiatiques supportent très bien le masque sans que les parents ne s’en plaignent. Il y a là une sorte de misérabilisme occidental qui est proprement exaspérant.
  • Je ne sais pas si les masques seront utiles à la rentrée. En cas de reprise épidémique, il me semblera nécessaire de les réimposer. Si nous voulons éviter le port du masque alors que l’épidémie reprend, la seule solution raisonnable selon moi est de compenser par une améliore drastique de la ventilation. Des simples capteurs de CO2 ne suffiront pas.

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