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Colère sur les affectations au lycée à Paris : des élèves sacrifiés pour rien ?
©MARTIN BUREAU / AFP

Éducation

Colère sur les affectations au lycée à Paris : des élèves sacrifiés pour rien ?

Des parents d’élèves se mobilisent contre ce qu’ils considèrent être une rupture d’égalité après la réforme de la plateforme Affelnet dont l’objectif est de favoriser la mixité sociale. Mais cette mixité a-t-elle vraiment des chances d’être atteinte par la méthode choisie ?

Arthur Dehaene

Arthur Dehaene

Ancien élève de l’ENA, Arthur Dehaene est le président du think-tank « Projet Vauban ». Il est également le fondateur de L’Equipée, association qui œuvre pour l’égalité des chances auprès des élèves scolarisés en banlieue.

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Atlantico : Des parents d’élèves se mobilisent contre ce qu’ils considèrent être une rupture d’égalité après la réforme de la plateforme Affelnet dont l’objectif est de favoriser la mixité sociale. La méthode choisie est-elle vraiment susceptible d’atteindre cet objectif ?

Arthur Dehaene : Affelnet est le logiciel d’affectation en classe de seconde dont le fonctionnement à Paris a fait l’objet d’une réforme visant à assurer la mixité sociale. En pratique, chaque élève se voit attribuer un nombre de points correspondant à un critère géographique, un critère de mérite puis un critère sociologique : le fameux « indice de position sociale » (IPC), contesté par nombre de parents d’élèves, qui reflète la sociologie des collèges dont les élèves sont issus. Pour l’essentiel, si l’on retient le montant maximum de 44 040 points attribuables, le premier est la proximité géographique du lycée (75 % des points). Viennent ensuite les résultats individuels de l’élève (environ 20 %). Le statut de boursier n’ouvre droit qu’à 1% en plus et la sociologie du collège d’origine représente 4 % des points. Pour ce dernier critère, l’IPC fait la moyenne des indice de position sociale des parents d’élève du collège (à titre d’exemple, l’IPC d’un avocat est supérieur à celui d’un ouvrier). L’effet sur la mixité est direct. Le taux de boursiers se renforce dans les meilleurs lycées, à Carnot, Buffon, Chaptal, Janson, Montaigne ou Condorcet. 

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Mais que se passe-t-il avec Affelnet, le logiciel national d'affectation en seconde ?

Cependant, toute mixité n’est pas juste en soi. C’est cela qui pose problème. La mixité sociale juste est celle qui fait une place aux boursiers méritants. Elle est injuste lorsqu’elle conduit à garantir des places à des élèves qui ont des notes moyennes au détriment des bons élèves, au motif qu’ils viendraient d’un collège dont la sociologie est plus populaire. 

Or, c’est exactement ce qui se passe. En raison du « bonus » lié à l’IPC du collège, on valorise des élèves dont les résultats sont moyens au détriment de bons élèves. Ainsi, le prestigieux lycée Charlemagne avait 95 % d’élèves avec 15 de moyenne ou plus. En septembre 2021, ils ne seront que 75 %. Il est donc bien permis par le jeu des critères à des élèves moyens de collège défavorisés de prendre des places dans les meilleurs lycées publics. On aboutit donc à des cas où un élève excellent est pénalisé au motif qu’il ne vient pas d’un collège dont la sociologie serait défavorisée. Il n’est donc pas normal que le rôle du mérite individuel soit aussi minoré. On doit sélectionner les bons élèves, où qu’ils se trouvent, sans les assigner à un collège ou à un autre, et aider les moins bons élèves à être meilleurs. C’est le sens de la méritocratie.  

A-t-on tendance à trop faire peser sur l’éducation nationale la problématique plus large de la mixité sociale ?

L’école est le premier « creuset » de la République. Il n’est donc pas anormal que les pouvoirs publics soient attentifs à la diversité sociale des élèves qui s’y trouvent. Ce qui n’est pas normal, c’est que dans les critères de choix des élèves, le niveau scolaire ne compte que pour environ 20 %. Il faut revenir aux bases de la République : permettre à chaque individu de choisir son destin, d’être aux commandes de son existence. Cela suppose qu’on le juge sur son mérite individuel. C’est le sens de ce qu’invoque la Déclaration des droits de l’Homme de 1789 lorsqu’elle énonce que tous les Citoyens sont « également admissibles aux dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autres distinctions que celles de leur vertus et de leurs talents ». 

Pour cela, nous ne devons pas être dans le déni : nous ne sommes pas tous nés sous la même étoile, nous ne partons pas tous sur la même ligne de départ. Il faut tenir compte des différences de moyens pour appliquer la méritocratie de façon juste, c’est-à-dire en permettant un égal accès des individus aux meilleures places mais aussi en les attribuant aux plus méritants. 

Pour y parvenir, il faut que les moyens donnés aux établissements les moins favorisés soient renforcés par rapport aux plus prestigieux. En 2018, avec une centaine de jeunes professionnels diplômés de l’enseignement supérieur, nous avons monté l’association « L’Equipée » qui aide des élèves du lycée Newton à Clichy-la-Garenne et du lycée Auguste Renoir à Asnières-sur-Seine. Il ne nous serait jamais venu à l’esprit d’aider des élèves du lycée Henri IV ou de Condorcet. Ils ont bénéficié d’un renfort, et c’est bien normal. 

La mixité sociale doit donc reposer pour être le plus efficace possible, sur le mentorat individualisé. Rien de tel qu’une relation directe de confiance entre un élève et un mentor qui lui transmet toutes les clés et les codes culturels pour être meilleur et aller de l’avant. C’est le rôle de l’enseignant, mais pas seulement. C’est aussi le rôle d’un tissu associatif qui doit être encouragé par la puissance publique et réparti dans les lycées et collèges les moins favorisés, en utilisant le vivier formidable que forment les élèves des grandes écoles.

Est-il possible d’atteindre une réelle mixité sociale dans les établissements scolaires sans défavoriser certains élèves ?  SI oui comment ? Est-ce qu’il faut prioriser ?

Cela est possible en faisant du mérite – et non de l’adresse postale – le critère central de sélection des élèves. La carte scolaire n’a pas de sens. Les résultats aux examens, si. Nous avons cependant un enjeu d’impact des origines sociales sur les notes. La France de ce point de vue a été épinglée à juste titre par le classement PISA de 2018 qui montre un écart de 107 points en lecture entre les élèves favorisés et ceux qui ne le sont pas contre 88 points en moyenne dans l’OCDE. 

La première réforme est d’abord de recruter de meilleurs enseignants et les affecter dans les collèges les plus défavorisés. Au CAPES, par exemple, la moyenne en mathématiques est à 8/20 en 2020. Le jury a relevé des « erreurs de logique grossières ». Les bonnes familles pourront toujours scolariser les enfants dans le privé ou payer des cours de soutien. Les familles populaires ne peuvent compter que sur le service public, qui se dégrade. Elles en sont les premières victimes. Il y a urgence à revaloriser le statut des enseignants, qui commencent leur carrière à 1 800 euros, juste au-dessus du salaire médian, dans des conditions de travail difficile.

La seconde réforme est de coupler la fin de la carte scolaire à un plafond tenant compte de la mixité ethnoculturelle, qui est dans le fond le vrai problème. 40 % des élèves d’origine immigrée sont ainsi scolarisés dans 10 % des collèges. Il faut un plafonnement des élèves d’origine étrangère par classe. La vraie discrimination est là. Le risque de fracturation de la société est là. Souvenons-nous que le système de « busing » qui consistait aux Etats-Unis à emmener des enfants d’origine immigrée dans des écoles plus bourgeoises à amélioré les résultats des élèves.

Il est capital que les résultats individuels soient la mesure de toute chose et l’objectif de la politique scolaire française. Toutes les réformes à conduire doivent avoir pour but d’améliorer les conditions de travail et de réussite des élèves et non de leur garantir des places au détriment du mérite. 

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