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Le gouvernement grec a lancé jeudi une émission obligataire sur 5 ans.
Le gouvernement grec a lancé jeudi une émission obligataire sur 5 ans.
©Reuters

L'interview Atlantico Business

Pourquoi l'émission obligataire grecque était bien plus à but politique qu'économique

Quatre ans après son retrait des marchés, le gouvernement grec a lancé jeudi une émission obligataire sur 5 ans qui a permis de lever 3 milliards d’euros à un taux de 4,75%. Athènes estime qu’il s’agit du signe d’un retour de la confiance des marchés. Pour Christopher Dembik, analyste chez Saxo Banque, cette opération à but politique n'est pas un bon indicateur car elle avait peu de chance d’échouer.

Christopher Dembik

Christopher Dembik

Avec une double formation française et polonaise, Christopher Dembik est diplômé de Sciences-Po Paris et de l’Institut d’Economie de l’Académie des Sciences polonaise. Il a vécu cinq ans à l’étranger, en Pologne et en Israël, où il a travaillé pour la Mission Economique de l’Ambassade de France et pour une start-up financière. Il est responsable de la recherche économique pour le Groupe Saxo Bank. 

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Atlantico : Peut-on dire que l’émission obligataire grecque est un succès ?

Christopher Dembik : On est plutôt dans une émission à but politique plutôt qu’à but économique. Le gouvernement grec a été intelligent parce qu’il a choisi une échéance sur 5 ans. C’est une échéance courte et, en général, les investisseurs sont relativement confiants avec les États, même ceux qui ont des difficultés comme la Grèce. Le pays aurait fait une émission sur 10 ans, qui est le taux de référence, c’est certain que l’on aurait eu des taux plus élevés et une demande probablement moins importante. N’oublions pas que la Grèce est dans une perspective politique avec les élections européennes très bientôt. Le gouvernement devait montrer qu’il y a un véritable enjeu, une prise de risque pour ces concitoyens afin de leur dire "vous voyez, après 6 ans d’efforts,  nous avons retrouvé la confiance des investisseurs étrangers". La volonté de ce gouvernement, encore assez instable, étant d’avoir l’assise politique la plus large.

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Au-delà de l’acte plutôt politique, était-ce un pari risqué pour le pays ?

Non pas du tout. Pour comprendre cela, prenons l’exemple du Sri-Lanka. On ne peut pas dire que le pays soit réputé pour la bonne tenue de son économie. Pourtant, chez eux aussi les émissions obligataires sur 5 ans permettent des taux de rendements autour de 5%, comme en Grèce. C’est tout simplement lié au fait qu’il y a un appétit au risque sur les marchés obligataires, donc les investisseurs vont aussi bien sur de la dette sri-lankaise que grecque. Notons également que la Grèce n’a pas retrouvé la confiance des marchés, malgré les déclarations du gouvernement grec. Dans le cas présent, cette émission relève tout simplement que les marchés financiers ont toujours foi en la BCE et son programme OMT. C’est la preuve que le rempart mis en place par Mario Draghi est efficace. Les marchés n’ont aucune croyance dans le fait que la Grèce se serait subitement relevée ou qu’elle n’aura plus besoin d’un nouveau plan d’aide. C’est d’ailleurs l’inverse qui risque de se produire.

Comment peut évoluer la situation économique ?

D’un point de vue économique, il y a deux indicateurs à prendre en compte. D’une part la croissance qui reste anémique malgré le fait que ça reparte un peu. C’est au fond du trou que l’on ne peut que rebondir. D’autre part, le pays est en phase de déflation  très accentuée. L’indice des prix à la production indique qu’il y a encore au moins 5 à 10 ans d’efforts pour le pays. Si l’on s’en tient aux émissions obligataires, il est peu probable que la Grèce s’aventure sur de la longue durée. Aujourd’hui la situation est simple : soit les créanciers acceptent une seconde restructuration, qui sera difficile à mettre en œuvre en raison de la période électorale, soit le pays sera face à un allongement de la maturité, de 30 à 50 ans, sur les dettes émises par la Grèce. Dans tous les cas, cela ne résoudra pas le problème, quand un pays est en déflation avec une dette à 175% du PIB, il n’y a pas de perspectives.

Propos recueillis par Julien Gagliardi

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