Christian Vigouroux : le dédain pour tous | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
Christian Vigouroux : le dédain pour tous
©

Atlantico Litterati

Christian Vigouroux : le dédain pour tous

Comme Proust le fit à l’écrit, le peintre et graveur Honoré Daumier moqua par l’image le sentiment  de supériorité à l’œuvre dans certains groupes et corporations. « Chacun pour soi-même est, un jour ou l’autre, envouté́ par sa propre conviction d’être incomparable. Même les meilleurs – surtout les meilleurs? – diffusent largement un halo de dédain qui, croient-ils, va les fortifier et les mettre en valeur », précise l’essayiste Christian Vigouroux dans son essai :«La société du dédain »,publié chez Odile Jacob ( couverture Honoré Daumier).Remarquable portrait-robot d’un travers national, dans lequel bien des Français se reconnaîtront : le sentiment d’excellence dans tel ou tel domaine de compétence nous incitant parfois à dédaigner le voisin. A tort, et voici pourquoi.

Annick  Geille

Annick Geille

Annick Geille est écrivain, critique littéraire et journaliste. 

Voir la bio »

« Peu d'oeuvredonnebeaucoup d'amour-proprebeaucoup de travaildonneinfiniment de modestie », ironise Honoré de Balzac dans  « La Comédie humaine » (1842-1852).Nos élites sont souvent contentes d’elles en effet,  renchérit   en ce printemps 2022 le juriste et haut fonctionnaire -ancien chef cabinet de plusieurs ministres et membre du Conseil d’État- Christian Vigouroux :« L’arrogance supposée répandue dans les élites françaises, a été spécialement critiquée dans la consultation du grand débat public de 2019 après le coup de boutoir des gilets jaunes », rappelle l’auteur de l’essai  « La société du dédain »publié ces jours-ci. Une sorte d’encyclopédie des vanités contemporaines et du sentiment chez le dirigeant ou gouvernant de sa propre importance, entraînant ce regard apitoyé que  certains parmi les meilleurs posent sur autrui ;  l’autre est supposément infréquentable car un tantinet ringard et /ou bouseux, puisqu’il n’est pas où nous sommes. Proust  ( tel que le confirme avec éclat son spécialiste Jean-Yves Tadié  dans « Proust et la société » (Gallimard/Folio) nous a prouvé combien la société fonctionnait à l’imitation : « Le snobisme est le principal moteur de l’ascension sociale. Contrairement à̀ Balzac, Proust préfère montrer des ascensions plutôt que des déchéances ») .« Nos sociétés ont le dédain dans leur ADN », confirme Christian Vigouroux, considérant que  si nous aimons snober notre prochain, nous sommes tous snobés en retour un jour ou l’autre. « Nul n’échappe au dédain. Qu’il le délivre ou qu’il le subisse, chacun l’emporte avec soi jusque dans ses rêves nocturnes puis, dès le réveil, le diffuse, le distille, le suggère, parfois le brandit, le proclame... le combat ou le subit. Le dédain accompagne et module la vie quotidienne. Les individus ne sont pas les seuls qui s’échangent du dédain. Les groupes et collectivités le pratiquent assidûment. »La première partie du livre fait l’inventaire de nos vanités, en général professionnelles, claniques et politiques. L’auteur s’en donne à cœur joie sans balancer qui que ce soit, comme Vigouroux l’avait d’ailleurs fait  avec pudeur lors d’une intervention  pour la revue en ligne « Cairn. Info » ( 2017), consacrée -précisément- aux élites françaises, que  ce haut fonctionnaire et essayiste connait de l’intérieur, si j’ose dire. On suppose que  l’étude en ligne  intéressa l’habitué des cabinets ministériels au point qu’il décida  d‘approfondir le sujet dans un livre sur le dédain, celui que nous lisons. « Les outils existent pour contourner le dédaigneux, l’isoler. Posséder le sens du ridicule et savoir le mettre en lumière. Montrer une aptitude à̀ relever le défi. Plus que le face-à-face ou l’affrontement contre le dédain, mieux vaut créer et élargir des centres d’intérêt concurrents, dépassant ceux du dédaigneux. En quelque sorte, lui retirer le tapis sous les pieds. Lui faire entrevoir la chute ».

Pourquoi et comment sommes-nous dédaigneux un jour, puis, le lendemain, victimes du dédain d’autrui ?Quel est ce travers rampant, qui - semble la « chose du monde la mieux partagée  » dirait Montaigne, et ce en particulier dans la France  des classes et castes d’aujourd’hui ?  « Quand bien même, il s’agirait d’un « digne » dédain, dédain du mal, de la mort, dédain de la peur, du « convenu », « dédain que l’on doit avoir pour le paraître  », dédain de la malveillance, des intrigues, de la compromission ou de la richesse et des millions- ce dédain porte toujours en lui quelque chose de flétrissant non seulement pour celui qui le subit mais aussi pour celui qui l’exerce », signale Christian Vigouroux.Comme de  nombreux observateurs de la chose politique, face à la Russie dictatoriale de Poutine, l’auteur espérait sans doute lors des événements de ces derniers  jours  à Kiev le respect de cet impératif catégorique que les japonais appellent de leurs vœux en cas d’aggravation d’un conflit  : «  ne jamais permettre- que la situation  oblige l’adversaire- même et surtout s’il est dans son tort- à perdre la face ». J’y songeais  face aux chaines infos  qui évoquaient toutes les risques d’une « troisième guerre mondiale », ainsi que la probabilité (évoquée gaiement sur la chaine 1 de la télévision russe) d’une frappe nucléaire décidée par Poutine. Toutes et tous semblaient renchérir dans le concert des commentaires  de plus en plus belliqueux  concernant la nécessité d’arrêter le dictateur. Poutine perdait la guerre et la face en même temps. J’en tremblais encore lorsque je lus sur un bandeau de LCI une phrase d’Emmanuel Macron  évoquant « un désir généralisé d’apaisement ». Je relus avidement ces quelques mots durant les 200 secondes qu’il aurait fallu à tel ou tel missile russe  à tête nucléaire pour franchir la distance de Moscou à Paris. Dans le concert des  nations occidentales  à juste titre scandalisées, parmi  tous ces projets d’un renforcement mondial   d’armements laissant augurer le pire, même si c’était pour   la bonne cause, c’est-à-dire une meilleure défense de l’Ukraine, il  me sembla rassurant d’apprendre cette « soif généralisée d’apaisement »  évoquée par la France. Emmanuel Macron  ne pouvait éviter à  Poutine de perdre la guerre, mais il  semblait vouloir lui éviter de perdre la face, ce que sous entendait sans doute « cette soif généralisée d’apaisement ». «La défense que trouve un individu perdant la face   (blessure narcissique) implique souvent un passage à l’acte très violent soit envers lui-même [...], soit à̀ l’égard de tiers ou de représentations symboliques du pouvoir [d’argent, d’État, etc.].» précisait Christian Vigouroux. L’auteur n’avait pas pensé à Poutine ni à l’Ukraine en rédigeant ce passage. Cependant  le message était clair. Mieux valait ne pas tenter de vérifier ce qu’entraînait chez Poutine une blessure narcissique en direct-live… «  Entre le rang et le dédain court une ancienne relation. Défendre sa place, sa position, son titre, son échelon, sa classe, donc son rang est une obsession de chacun »

Les dernières pages de la « Société du dédain » permettant à Christian Vigouroux de cerner la notion de dédain  dans l’actualité, mais aussi dans l’histoire et la littérature.  L’auteur possède une érudition plaisante car pudique elle aussi,  et l’ écriture limpide des grands lecteurs. Vigouroux énumère  les procédés qui  permettraient à chacun de se sentir  enfin considéré, entendu, compris   : « l’intelligence de soi, l’attention aux faits, l’écoute, la politesse, le respect, l’élection, la Révolution, parfois, et la fraternité, toujours », conclut l’auteur rappelant  la nécessité  d’instaurer la proportionnelle. Seul bémol :n’ayant pas de passion pour Christiane Taubira, j’avoue avoir séché les passages la concernant. 

Comment ne plus  dédaigner l’autre ? Comment ne pas se mépriser soi-même ?« Le jaune des ronds-points ne doit pas être la couleur qui cache la forêt. Innombrables sont ceux qui, à tort ou à̀ raison, se sentent méconnus, sous-estimés, discriminés, sous- employés, parce que dédaignés.(…)L’agriculteur renonçant à reprendre l’entreprise familiale du fait des incohérences du cours du porc. La caissière d’hypermarché dont l’horaire de travail se rétrécit sans rémission, Le policier de CRS qui divorce après dix années de mobilité contrainte, semaine après semaine au rythme des manifestations, et le professeur qui réussit à captiver ses élèves, face à une classe très majoritairement non francophone, en abandonnant le programme officiel à ses risques et périls en cas d’inspection. (…)Et le médecin de ville, providence de sa commune, laissé seul sans protection pendant l’épidémie de Covid-19. Et l’employé de préfecture qui n’a jamais vu le préfet depuis treize mois. Quant au maire, sollicité la nuit pour un chien errant, il ne se représentera pas, accablé des défis qui ne seront plus relevés. Et le cadre supérieur de quinze ans d’ancienneté qui disposera d’une heure pour rendre badge et ordinateur puis quitter les lieux après l’acquisition de sa «boîte» par un fonds d’investissement australien. (…)Tous rencontrent un jour l’obligation de renoncer, affaiblis par la conscience diffuse d’avoir été́ abandonnés des «autres» et des institutions. Ils ressentiront, à tort ou à̀ raison, le dédain universel qui les enveloppe, les étouffe et les déroute vers le bord du chemin. »Quoi que nous fassions, le dédain pour tous, en somme. 

Annick Geille

Extraits choisis

Le dédain pour tous

« En réalité, le dédain est la première phase de la discrimination. Qu’il s’agisse de l’âge, du sexe, de la religion, des origines ou de l’apparence physique/poids ou de certaines pratiques sociales comme le voyage organisé. 

Les formes sociales du loisir ne sont jamais neutres et portent le dédain en masse. Le voyage «tout compris» contre le «voyager autrement». Si possible aller rencontrer l’«Autre», hors la mode, sans le Machu Picchu ni les Pyramides, et sans le poids de l’élite puisque le maillot de bain a été inventé pour la dissoudre temporairement dans la foule et le sable. 

Le touriste en groupe diffuse autour de lui des images de dépendance, de passivité, de budget étriqué. Il obéit à l’agence organisatrice et récuse toute improvisation. Il est celui ou celle qui refuse le chef de file mais se bouscule auprès de la guide. Il est heureux de constater qu’au guichet on parle sa langue au bout du monde. Et surtout, il photographie. Il va furieusement photographier pour ne plus jamais regarder ces milliers de souvenirs impraticables. Dans ses récits de retour, il détaille son voyage et ses rares aléas mais glisse sur l’«organisation» rigide. Côtoyer Sylvain Tesson oui, mais confesser FRAM Voyages non. La Panthère des neiges certainement, le troupeau des neiges jamais... Cette volonté de transfigurer le voyage rend improbable le récit enjolivé de ces escapades régentées. 

Les professionnels du tourisme, inventeurs du procédé, ne sont pas les derniers à dédaigner le voyage organisé : ils en ont besoin pour équilibrer leurs comptes, ils en vivent mais méprisent à la fois ses exigences, ses inquiétudes, ses protestations et sa résignation. En cas de pépin, ils le laissent en rade de par le monde (Agence Cook en 2019). 

En 2011, dans son Touriste, Julien Blanc-Gras compatit : « Le touriste inspire le dédain, j’en suis bien conscient. Ce serait un être mou, au dilettantisme disgracieux. C’est un cliché qui résulte d’une honte de soi car on est toujours le touriste de quelqu’un 24. » 

À l’opposé, l’aristocrate du voyage part en solo, à l’aven- ture, avec une carte de crédit et, non plus un smoking, comme au XIXe siècle, mais une chemise blanche. Le Tour du monde en 80 jours n’est jamais loin. Bourlingueur, routard, globe-trotter, il (ou tout aussi bien elle) diffuse un blog de ses exploits et des selfies couleur locale. Elle contemple avec pitié et condescen- dance les escouades de touristes. Il ne se presse pas dans les musées, elle traverse le Kazakhstan à moto ou la mer de Célèbes en voilier. Il prend des notes, le soir à la belle étoile, sur son iPad, pendant sa pérégrination. Elle conserve, pour ne plus s’en servir mais les citer, des adresses au Bhoutan ou au Swaziland. 

Certes, le dédain peut fondre au soleil. En 1892, Hachette publiait un «ouvrage de Gaston Vuillier, de grand luxe», pour inciter à visiter « les îles oubliées » comme... les Baléares, la Corse ou la Sardaigne. La fiche publicitaire indiquait : « Vous plaît-il de faire une rapide excursion dans des pays peu fré- quentés d’ordinaire par les touristes et dont les richesses artistiques et les curiosités pittoresques méritent mieux qu’un injuste dédain ?» 

Malgré ces (re)découvertes à grands coups de catalogues et de messages médias, le principe reste le même. Plutôt voyageur que touriste. Plutôt explorateur que suiveur. Plutôt fleur bleue que « Guide bleu ». Plutôt vélo que car. Le regard avant la photo. 

Dans quelque pays que ce soit, quand le car, bariolé des logos des tour-opérateurs, déverse ses groupes à fanion, tout est déjà perdu. Les indigènes de Paris ou de Phnom Penh, de New York ou de New Delhi vous ont aussitôt classés « envahisseurs » de 1re, 2e ou 3e classe. Vous n’existez plus qu’en tant que ressource commerciale et horde disciplinée. 

La population locale n’est pas la seule à dédaigner le touriste pour ce qu’il est, tout en l’exploitant pour ce qu’il dépense. Les voyageurs indépendants se flattent d’éviter de marcher au pas. Les pickpockets chérissent le flux de « clients potentiels ». 

Les temps sont comptés, les rencontres organisées, les mystères expliqués et les retards doivent être rattrapés. Les risques d’incidents sont assurés par des compagnies spécialisées. Dans les écouteurs de commentaires, les silences sont remplis par de la musique d’ambiance internationale. Le hasard, avant même l’aléa, est pourchassé puisque le voyage a été vendu pour un haut degré de sécurité.(…) 

Le dédain est à la fois l’arme du fort et l’arme du faible Le dédain exprimé par le fort est, sinon toléré, du moins attendu et compris tout en étant mal supporté. Mais, au moins, paraît-il dans la nature des choses. Le fort dédaigneux ne sera pas aimé, mais sera toléré sinon respecté. S’il n’est ni malfrat ni violent, le fort joue un rôle dans la société. Il dissuade, il attire, il peut protéger. Il sera renvoyé, isolé, dans sa catégorie des forts sans être ridicule. La moquerie n’accompagnera que rarement la méfiance à son égard. 

Les faibles jaloux se tiendront à distance du fort. Tout le monde attendra patiemment que sa force s’étiole. Un jour ou l’autre, il ne sera plus le fort que chacun redoutait. L’heure viendra où, dans un dernier sursaut, à titre de souvenir pieux, le vieux lion n’aura plus qu’à accrocher au mur les diplômes fanés de son antique force. Le dédain aura changé de camp. 

Tout autre est le dédain exprimé par le faible, contre le fort et l’élite. 

Le faible, malgré ses soucis, a tout le temps de guetter le fort, de moquer ses lacunes, ses lâchetés, ses petitesses et ses erreurs. De tendre ses embuscades. Si, par surcroît, le prince ou le directeur est un peu trop convaincu de sa propre excellence, il sera vite enrobé de dédain : « Ainsi les desdeignoit le vulgaire, comme ignorans les premières choses et communes, comme présomptueux et insolens.» Le supérieur ne s’en rendra pas compte mais, peu à peu, le dédain de son équipe le figera, comme une toile, tissée progressivement, immobilise et réduit à néant l’insecte fanfaron ». 

Même le simple soldat est porté à dédain contre son chef si celui-ci ne sait pas être exemplaire. Dans Cyrano de Bergerac, le comte de Guiche reproche à ses cadets de le brocarder malgré l’autorité qui s’attache à ses galons : 

« Hobereaux béarnais, barons périgourdins, N’ont pour leur colonel pas assez de dédains, M’appelant intrigant, courtisan [...]» 

Le faible pratiquera aussi le dédain à moindre risque qui ne s’approche pour exprimer son aigreur que lorsque le fort est tombé, mourant, malade ou déchu. Du Bellay, chroniqueur dans la brousse des célébrités romaines, a pu constater la précipitation de vengeance de ces sujets de lâcheté prêts à mordre dès que la rétorsion devient improbable : 

« Comme on void les couards animaux oultrager Le courageux lyon gisant dessus l’arène, Ensanglanter leurs dents, et d’une audace vaine Provoquer l’ennemy qui ne se peult venger : 

[...] Ainsi ceulx qui jadis souloient, à teste basse, Du triomphe Romain la gloire accompagner,
Sur ces poudreux tumbeaux exercent leur audace, Et osent les vaincuz les vainqueurs desdaigner.» 

Même assaillie par la ronde infernale des faibles, l’élite résiste encore. 

Malheur à ceux qui s’excluent irrémédiablement de l’élite et haro sur ceux qui ne peuvent même pas rêver d’y accéder. Parmi eux, le pauvre. 

À l’issue de ce survol des cibles du dédain, il faut imaginer le calvaire, en voyage organisé, d’une personne cumulant les 

risques, à la fois perçue comme élite parce que surdiplômée, pauvre, grosse, aux vêtements défraîchis loin de la mode. Il restera des places inoccupées, à ses côtés, dans le car... 

Mais, un jour ou l’autre, les cibles se rebiffent. Désavouent les élites et les institutions. Il est temps de mesurer les conséquences du dédain. 

Les terreaux du dédain : rancune et désespérance 

Le choc des deux mondes a été présenté par Hugo : « En haut le monde allant et venant, libre, joyeux, dansant, foulant aux pieds ; en haut, le monde qui marche ; en bas le monde sur qui l’on marche.» Et ce monde du bas, sur qui l’on marche sans même s’en apercevoir tellement l’attitude de dédain habitue à ne pas même discerner ceux que l’on piétine, ce monde du bas va se réveiller. Comme pour les volcans, ce surgissement est à la fois toujours inattendu, bruyant, apeurant et gênant. Il peut même être meurtrier. Comment y réagir ? avant de réprimer la révolte, mieux vaudrait se consacrer à quelques exercices de géophysique de la société. 

Pour ce faire, la lecture de Karl Marx, de Charles Péguy, de Jean Jaurès, de Pierre Leroux ou de Giorgio Agamben peut nous éclairer. 

Mais une peinture, tout à la fois célèbre et discrètement affichée au Statens Museum for Kunst de Copenhague, nous dit tout sur cette coupure du monde. Les Pauvres. Salle d’attente de la mort, de Harald Slott-Møller, nous plonge, en 1888, dans un groupe de pauvres, sagement assis, les mains sur les genoux, dans la pénombre d’une salle indéterminée ; Au centre de la pièce et au cœur de l’œuvre, une porte ouverte sur l’obscurité. Ils attendent la mort sans espoir. Initialement, la porte donnait sur un squelette. Le scandale avait été tellement violent que le peintre a voilé la mort de noir. Une sorte de mort au carré. Tapie dans l’obscurité, elle est encore plus sûre de ses proies... elle a le temps d’attendre. 

Cette peinture, violente par son calme et sa sérénité désespérée, décrit, mieux que bien des romans, cet abandon des pauvres oubliés à leur destin et le dédain dont ils font l’objet dans nombre de civilisations ». 

Copyright Christian Vigouroux « La société du dédain » /Editions Odile Jacob. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !