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Cette concurrence spatiale entre les Etats-Unis et l'URSS qui mena à la conquête de la Lune
©AFP

Bonnes Feuilles

Cette concurrence spatiale entre les Etats-Unis et l'URSS qui mena à la conquête de la Lune

Pendant l'été, Atlantico publie des extraits d'ouvrages remarquables publiés dans l'année. Aujourd'hui, "Chroniques de l'espace" de Jean-Pierre Luminet, publié aux éditions du Cherche-Midi. Extrait 1/2.

Jean-Pierre Luminet

Jean-Pierre Luminet

Jean-Pierre Luminet est un astrophysicien, spécialiste de réputation mondiale des trous noirs et de la cosmologie. Il est directeur de recherches au CNRS et membre du Laboratoire Univers et Théorie (LUTH) de l'observatoire Paris-Meudon. Il est chevalier des Arts et des lettres, et a été lauréat du prix international Georges Lemaître 1999 pour son travail de recherche

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Après la récupération réussie d’animaux envoyés dans l’espace, toute l’attention est désormais tendue vers un seul objectif: l’homme. Aux États-Unis, le programme Mercury fait l’objet d’une propagande effrénée. On se pose la question de savoir qui embarquer: un condamné à mort gracié, un acrobate de cirque, un voltigeur aérien? On se rabat finalement sur le pilote de chasse, dont la discipline est à toute épreuve. Le film L’Étoffe des héros, de Philip Kaufman, est un document très réaliste sur lesproblèmes de la sélection. La Nasa prévoit le lancement d’une capsule habitée pour la fin avril 1961.

Le programme russe, lui, est beaucoup plus discret mais suit le même chemin en sélectionnant le profil du candidat idéal: un bon soldat avant tout. Il est vrai que les chances de réussite du lancement ne sont à l’époque que de 50 %. Après une sélection féroce, le pilote de chasse Iouri Gagarine fait partie, avec son collègue Guerman Titov, des deux derniers candidats au premier vol humain orbital de l’histoire. La commission tranche en faveur de Gagarine, dont les origines plus modestes symbolisent l’« idéal de l’égalité soviétique ». Déçu, Titov ne bronche pas, mais il ne félicite pas Gagarine comme il serait d’usage. Le 12 avril à 8h40, l’agence Tass annonce qu’un homme a pris place à bord de Vostok 1, un vaisseau spatial de 4,5 tonnes. Gagarine a accompli une révolution complète autour de la Terre durant cent huit minutes, en orbite basse, atteignant 327 kilomètres d’altitude, et il a été récupéré vivant sur le territoire de l’URSS. La grande histoire de l’exploration spatiale a désormais son Christophe Colomb.

Dans le monde, c’est la stupeur. Après le camouflet de Spoutnik 1, l’URSS a de nouveau damé le pion aux Américains. En toute hâte, ces derniers expédient le 5 mai Alan Shepard à 180 kilomètres d’altitude, mais dans un petit bond balistique d’à peine quinze minutes. Les Russes, eux, frappent encore plus fort au mois d’août. Gagarine n’a séjourné dans l’espace que le temps d’une orbite. Le deuxième vol de Vostok, lui, va durer vingt-cinq heures, soit 17 orbites. Titov tient sa revanche, mais la mission ne se déroule pas sans quelques péripéties. Au bout de quelques tours de Terre, le cosmonaute ressent pour la première fois le mal de l’espace. Il parvient malgré tout à filmer durant dix minutes l’horizon courbe de notre planète. Une grande première à nouveau. Son état s’améliore, il boucle la dernière orbite, s’éjecte du module de descente et regagne le sol en parachute et en parfaite santé. Il a 25 ans. Titov reste à ce jour le plus jeune être humain à être allé dans l’espace.

Ce n’est que six mois plus tard, le 20 février 1962, qu’un Américain embarqué dans une petite capsule Mercury fait trois tours de Terre en orbite et est récupéré en mer. Le major John Glenn est célébré comme un héros national avec le même élan que Gagarine en Russie. Différence de taille cependant: alors que Gagarine va poursuivre son métier de pilote de chasse pour se tuer à 34 ans lors du crash de son Mig 15, John Glenn va entamer une carrière politique et finira sénateur.

Piqués au vif par les Soviétiques, qui ont pris plusieurs longueurs d’avance dans la conquête spatiale, les Américains se disent que, pour surpasser les exploits de leur ennemi politique, il ne leur reste que la Lune. Wernher von Braun, devenu directeur de la Nasa, déclare que, «pour rester au niveau, les États-Unis devront courir comme un diable». Le 25 mai 1962, le jeune président américain John Fitzgerald Kennedy prononce à Houston son fameux discours «Nous choisissons d’aller sur la Lune », donnant le coup d’envoi du programme Apollo. Il reprend et élargit l’idée exprimée un an plus tôt lors de son discours au Congrès : «Notre nation doit s’engager à faire atterrir l’homme sur la Lune et à le ramener sur Terre sain et sauf avant la fin de la décennie.»

Ce texte est extrait de Chroniques de l'espace, de Jean-Pierre Luminet, publié aux éditions du Cherche-Midi.

 
 

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