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Bien au-delà d'un "prêt à penser" le bonheur
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Bien au-delà d'un "prêt à penser" le bonheur

Comment trouver ce qui ne se décrète pas? Simple, concret, fruit d'une culture phénoménale, le dernier livre de Luc Ferry montre combien le bonheur est à la fois question d'histoire personnelle et de culture.

Bertrand Devevey pour Culture-Tops

Bertrand Devevey pour Culture-Tops

Bertrand Devevey est chroniqueur pour Culture-Tops. 

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.). 

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LIVRE
 
7 façons d'être heureux ou les paradoxes du bonheur
 
de Luc Ferry
 
XO éditions
 
229 pages
 
L'AUTEUR 
 
Ex Ministre de la Jeunesse, de l'Education Nationale et de la Recherche, de 2002 à 2004, Luc Ferry est professeur de philosophie et de sciences politiques. Il est avant tout essayiste, éditorialiste, Président (ou Délégué) du Conseil d'analyse de la Société, du Comité de réflexion sur la modernisation des institutions, auteur traduit dans une quarantaine de langues, lointain parent du Ministre éponyme. Luc Ferry est surtout un philosophe qui a su faire des questions de vie "heureuse", d'amour, d'éducation,  de famille, de "révolutions" technologiques des sujets accessibles au plus grand nombre (voir notamment sur le site, la Chronique de Bertrand Cousin sur "La révolution transhumaniste"). On le sait moins, il a aussi enregistré de nombreux livres "audio" - un autre moyen pour vulgariser la démarche philosophique. "7 façons d'être heureux" est sa 37ème publication depuis 30 ans.
 
THEME 
 
Faut il être heureux, "à tout prix" ? Pour Luc Ferry, être heureux ne se décrète pas. Cela ne s'apprend pas davantage dans les livres à la mode. Cela ne se conçoit pas sans interaction avec le monde. Voici le point de départ de "7 façons d'être heureux". L'ouvrage propose, sur une brève "histoire du bonheur", 7 parcours de découverte de ce qui peut rendre heureux. Sans dévoiler le paysage, le voyage démarre sur la révélation des paradoxes du bonheur - et il y en a, en effet - avant de nous conduire, entre pentes, vallées, plaines et montagnes, à évoquer l'amour, l'admiration, l'émancipation, le particulier et l'universel, l'apprentissage et l'engagement.  Il y est question de faits d'histoire, de grands courants de pensée, d'exemples simples tirés du quotidien.
 
POINTS FORTS 
 
1 - Ce livre n'est pas un traité de philosophie ennuyeux, mais plutôt une invitation à réfléchir ce qui fait les bonheurs de la relation aux autres.  
2 - Luc Ferry va chercher les racines du bonheur dans notre histoire et notre culture, c'est simple et convaincant.
3 - Ce livre s'attache à nous démontrer qu'il n'y pas de cheminement vers le bonheur sans conscience de ce qui le met en péril, qu'il n'y a pas de "prêt à penser le bonheur" mais des voies construites sur le partage, la reconnaissance de l'altérité, l'ouverture au mode, le bonheur d'apprendre. Et de nous inviter à réfléchir aux grands antagonismes de notre culture occidentale - amour et déchirements, admiration et jalousie, illusions ou vertus de la liberté - bonheurs (promis…) de la servitude, particularisme et singularités, devenir soi même ou apprendre des autres…
4 - De nombreux extraits de textes (La Bible, Kant, le Dalaï Lama, Nietzsche, Benoit XVI, Rousseau, Spinoza, Levy Strauss…), accompagnent heureusement le propos.
5 - Au final, Ferry nous invite à considérer la spiritualité laïque et républicaine qui lui est chère, à la (re)découverte de bonheurs transcendants les individus et les époques, propres, dit il, à l'identité européenne.
 
POINTS FAIBLES 
 
1 - J'en ai trouvé peu. Aussi intéressant soit-il, le chapitre sur les souffrances et joies de la connaissance est un peu "hors cadre". Passionnant dans la présentation du lien entre connaissance et ouverture aux autres, édifiant sur la déconstruction de la transmission culturelle (De Bourdieu à Levy Strauss), mais à la limite de l'autosatisfaction et de la critique militante de l'action des ses prédécesseurs à l'Education Nationale. On peut partager le point de vue, mais  ces pages sont un peu en dissonance avec le reste de l'ouvrage.
2 - Un dernier chapitre sur le bonheur d'agir, qui est une invitation - fort respectable - à faire de la préservation de la culture européenne et de ses singularités, un engagement presque transcendant. La déception ne vient pas du fond, mais de la concision du propos, qui  le rend un peu incantatoire.
 
EN DEUX MOTS 
 
Entre Manifeste et mode d'emploi (bien qu'il s'en défende), ce livre propose de (re) découvrir comment être heureux dans un monde individualiste et désenchanté. Il est, comme on peut l'attendre de l'auteur et de l'ouvrage, matière à réflexions, un bon terreau pour cultiver ses doutes et ses convictions, pour considérer présent et avenir avec un regard rafraichi. J'ai aimé le ton direct, l'absence de langue de bois et la qualité de l'écriture, qui traitent de sujets profonds, sans ennuyer. Ce livre parle aux hommes et femmes d'aujourd'hui, pas à des intellectuels déconnectés du réel. Cette invitation à découvrir que le bonheur se recherche dans notre culture autant que dans notre quotidien, fait son charme et sa force. Un souffle d'air à ne pas bouder !
 
UNE PHRASE
 
Ou plutôt six extraits:
 
- "L'hyperinflation des marchands de "bonheur en 15 leçons" nous vient du monde anglo-saxon… héritage d'une tradition philosophique qui fut par excellence celle de l'utilitarisme et qui aujourd'hui tend à s'étendre à l'ensemble de l'univers." P 38
 
- "… un paradoxe qu'il va nous falloir explorer, c'est toujours ce qui nous rend le plus heureux qui est susceptible de nous rendre le plus malheureux". P 56
 
- "… prétendre que ce qui nous rend heureux dans le sacré et l'admirable aurait disparu des sociétés européennes modernes est doublement inexact. D'une part parce que les religions y restent présentes autant que les individus le souhaitent, ensuite parce qu'il existe de toute évidence des figures non religieuses du rapport à l'absolu… Il n'est nul besoin d'être croyant pour sacraliser la vérité, la justice, la beauté…". P 125
 
- Au sujet de Vidiadhar Surajprasad Naipaul, prix Nobel de littérature 2001, écrivain de langue anglaise, né dans l'ile de Trinidad : "ce qui est passionnant dans son discours, c'est la manière dont il décrit comment son arrachement initial, le départ douloureux, lui a permis non seulement de comprendre les autres, mais aussi d'avoir le bonheur de se comprendre enfin lui-même comme il n'aurait jamais pu le faire s'il était resté prisonnier de son petit groupe". P 167
 
- "Selon Platon, la plaisir d'apprendre, la joie prise dans l'acquisition des connaissances en tant que telles … est unique, incomparable. Pourquoi ? Parce qu'il est le seul plaisir qui ne soit pas  précédé d'un manque, d'une souffrance. Voyez la faim, la soif, le désir sexuel…" P 179
 
- "Le problème de l'éducation tient infiniment moins à je ne sais quelle réforme de l'école, de ses programmes, de ses méthodes ou de ses professeurs, qu'à l'état des familles qui reflète celui d'une société dans laquelle la logique capitaliste de l'innovation, s'est accompagnée d'une très problématique déconstruction des valeurs et des autorités traditionnelles." P 214
 
RECOMMANDATION
 
EXCELLENT Excellent
 

 

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