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Barbastro, an de grâce 1064 : le jour où la Chrétienté mit un pied ferme en Espagne musulmane
©CRISTINA QUICLER / AFP

Bonnes Feuilles

Barbastro, an de grâce 1064 : le jour où la Chrétienté mit un pied ferme en Espagne musulmane

Extrait de "1064, Barbastro", par Carlos Laliena Corbera et Philippe Sénac, NRF Essais (1/2).

Au printemps 1064, une armée de guerriers franchit les Pyrénées pour gagner l’Espagne. Leur nombre reste méconnu, mais l’expédition mit certainement en cause plusieurs milliers d’hommes, peut-être même davantage.

Des cavaliers pour la plupart, animés d’une soif de vengeance et d’un désir d’en découdre avec l’Autre, c’est-à-dire l’infidèle, le musulman. Celui-ci méritait d’être puni puisque, non seulement hérétique, il venait d’occire un roi, Ramire, le souverain aragonais avec lequel plusieurs lignages nobiliaires d’outre-monts avaient tissé des liens d’amitié. L’année précédente en effet, au mois de mai, sur les premiers contreforts des Pyrénées, en une localité nommée Graus, les infidèles avaient défait ce roi qui mourut lors des combats, laissant à son jeune fils Sanche un royaume menacé. Cette défaite justifiait un châtiment et l’armée chrétienne était venue pourfendre l’ennemi en choisissant pour cible une petite cité musulmane de la vallée de l’Èbre appelée Barbastro et connue en arabe sous le nom de Barbushtar (ou Barbashtur). 

À vrai dire, la venue de guerriers français en terre hispanique n’était pas chose nouvelle : chargés du souvenir de l’empereur Charlemagne et de ses preux compagnons, certains chevaliers français s’étaient déjà rendus en Espagne pour combattre l’infidèle. Dans la première moitié du xie siècle, tel avait été le cas du Normand Roger de Tosny, puis celui de Guillaume Sanche de Gascogne, ou encore celui du comte Bernard de Bigorre, qui mourut en luttant près de la forteresse de Loarre vers le milieu du xie siècle. Rupture toutefois, car il ne s’agissait jusque-là que d’entreprises individuelles et d’une portée limitée. L’événement qu’entend relater ce livre est cependant nouveau puisqu’il opéra un tournant décisif dans l’histoire des « affaires d’Espagne » et cela pour plusieurs motifs. D’abord parce que les troupes venues du Nord rejoignirent des guerriers normands venus d’Italie et des contingents catalans, l’offensive prenant ainsi l’allure d’une expédition « internationale ». Surtout parce que ces troupes se seraient mobilisées avec l’appui d’un pape, voire à son appel. Ces nouveautés ont longtemps retenu l’attention des historiens et pour certains c’est ici, sur les confins d’al-Andalus, au pied des Pyrénées, que serait née la « croisade ».

De cette guerre entre chrétiens et musulmans en péninsule Ibérique, on parle beaucoup. Trop peut-être. De fait, sous l’effet de tensions qui envahissent l’actualité, le nombre de travaux relatifs à la reconquête s’est considérablement alourdi. Évoquer toutes les publications qui s’y rapportent serait même fastidieux dans la mesure où c’est par centaines que se sont développées des enquêtes et des programmes de recherches consacrés à cette lutte séculaire qualifiée tantôt de « juste », de « sacrée » ou de « sainte », en particulier depuis les années soixante du siècle dernier. Cette guerre sainte, l’un de nos plus grands médiévistes, Jean Flori, en a brillamment dessiné l’évolution, la stratigraphie presque, depuis l’Antiquité jusqu’à la Réforme grégorienne, en distinguant plusieurs phases.

D’abord « justifiable », la guerre devint « méritoire » puis « sacralisée par l’Église » et enfin « sanctifiée par le pape » au cours du xie siècle. La démonstration est convaincante et retrace parfaitement l’essor de cette idéologie guerrière avant la première croisade (1099). Mais aller chercher

dans les montagnes asturiennes au début du viiie siècle, à Covadonga, les prémices de ce que l’on nomme la reconquête paraît bien excessif, même si, comme le relevait au milieu du xxe siècle José Antonio Maravall et depuis d’autres historiens, l’expansion armée constitua bien l’un des fils directeurs de toute l’histoire de l’Espagne médiévale.

Ceci est un extrait de 1064, Barbastro, par Carlos Laliena Corbera et Philippe Sénac, NRF Essais.

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