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La Chine est accusée d'avoir récolté les données de millions de personnes.
La Chine est accusée d'avoir récolté les données de millions de personnes.
©DR

Espionnage

Alerte aux grandes oreilles chinoises : voilà pourquoi vous devriez tourner 7 fois votre pouce avant de poster quelque chose sur les réseaux sociaux...

Un professeur américain a découvert un inquiétant stock de données détenues par une entreprise chinoise qui entretenait des liens étroits avec le Parti communiste chinois. Qu’est-ce que cela nous révèle des réseaux sociaux surveillés par les Chinois ?

Jean-Paul Pinte

Jean-Paul Pinte

Jean-Paul Pinte est docteur en information scientifique et technique. Maître de conférences à l'Université Catholique de Lille et expert  en cybercriminalité, il intervient en tant qu'expert au Collège Européen de la Police (CEPOL) et dans de nombreux colloques en France et à l'International.

Titulaire d'un DEA en Veille et Intelligence Compétitive, il enseigne la veille stratégique dans plusieurs Masters depuis 2003 et est spécialiste de l'Intelligence économique.

Certifié par l'Edhec et l'Inhesj  en management des risques criminels et terroristes des entreprises en 2010, il a écrit de nombreux articles et ouvrages dans ces domaines.

Il est enfin l'auteur du blog Cybercriminalite.blog créé en 2005, Lieutenant colonel de la réserve citoyenne de la Gendarmerie Nationale et réserviste citoyen de l'Education Nationale.

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Atlantico.fr : Selon des informations de Politico, Chris Balding, un professeur américain qui a enseigné jusqu'en 2018 à l'Université de Pékin, a découvert un inquiétant stock de données détenues par une entreprise chinoise ayant des liens étroits avec le Parti communiste chinois. La société Zhenhua Data aurait collecté les données d'au moins 2,4 millions d'individus à ce jour. Que nous apprennent ces révélations sur l'état du cyber espionnage et sur les méthodes utilisées en Chine ainsi que sur les liens entre certaines sociétés et le Parti communiste chinois sur les réseaux sociaux ? Qu’est-ce que cela nous révèle des réseaux sociaux surveillés par les Chinois ?

Jean-Paul Pinte : La Chine est aujourd’hui le leader mondial du marché des médias sociaux, la Chine affiche aussi une présence en ligne extraordinairement riche et diversifiée.

En effet, plus de 800 millions d'internautes chinois aspirent à un espace où partager leurs opinions, se renseigner sur les recommandations de produits et échanger les uns avec les autres. Ce qui représente une quantité immense de contenu. Mais ce n’est pas tout, la Chine utilise aussi le cyberespace pour maintenir sa croissance économique, par l’intrusion informatique dans des entreprises privées surtout asiatiques, et pour accroître sa puissance régionale par l’espionnage militaire, plutôt à l’encontre des pays occidentaux.

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C’est ce qui ressort d’une étude sur le cyber-espionnage chinois (2016-2018), publiée par le Centre de réflexions sur la guerre économique en décembre 2018. Seules les forces armées, des agences de renseignement civil ou des sociétés de sécurité chinoises seraient capables d’élaborer et de mettre en œuvre des intrusions informatiques de grandes dimensions, transversales et complexes.

Surveillance, censure, tous les aspects de la vie des Chinois sont plus que jamais suivis à la trace. Le recours à l’intelligence artificielle et au Big Data a permis la mise en place d’un Internet « fermé » permettant un cyber-contrôle totalisant par le pouvoir, digne d’une série de science-fiction... nous rappelle Aurélie Bayen dans cet article.

L’entreprise chinoise Zhenhua qui serait directement liée aux réseaux du renseignement chinois a ainsi créé une base de données cumulant les données de plusieurs millions d’Occidentaux. Les chercheurs en sécurité craignent que ces informations soient utilisées à des fins d’espionnage et de manipulation par le gouvernement chinois…  C’est l’entreprise de cybersécurité Internet 2.0, basée à Canberra, Australie, qui a découvert cette gigantesque base de données. Cette Database rassemble ainsi les données personnelles de près de 2,4 millions de personnes du monde entier (Zhenhua-data-leak)

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Selon ce site, les données en question proviennent principalement de sources publiques telles que les réseaux sociaux tels que Twitter, Facebook, LinkedIn ou Crunchbase. Parmi les 250 000 personnes pour lesquelles Internet 2.0 a pu récupérer les enregistrements, on compte 52 000 Américains, 35 000 Australiens et 10 000 Britanniques.

On compte parmi eux des politiciens, dont Boris Johnson et Scott Morrison, ou encore des membres de la Famille Royale britannique, des célébrités et des dirigeants militaires. Beaucoup sont aussi de parfaits inconnus.

Interrogée par la presse, une représentante de Zhenhua affirme que le rapport d’Internet 2.0 est  « totalement faux » . Selon ses dires, la firme  « ne collecte pas de données et se contente d’intégrer des données publiques » . La porte-parole affirme aussi que l’entreprise est privée et n’a aucun lien avec le gouvernement ou l’armée chinoise.

Après agrégation, de telles données personnelles offrent de nombreuses opportunités d’influence et de surveillance. Elles peuvent être utilisées pour la désinformation, l’usurpation d’identité via les Deep Fakes, la corruption ou le chantage.

Depuis maintenant plusieurs années, le gouvernement chinois est accusé d’utiliser la technologie pour amasser les données d’Occidentaux. C’est la raison pour laquelle les États-Unis ont banni Huawei et ses équipements, et cherchent à présent à interdire l’application mobile Tik Tok. De même, l’Inde a banni de nombreuses applications mobiles chinoises par souci de sécurité nationale.

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Que cache cette forme d'espionnage ? Ces enjeux sur la question des données personnelles sont-ils au coeur du bras de fer entre les Etats-Unis et la Chine ?  

La République Populaire veut devenir la première puissance mondiale en 2050. Elle développe pour cela sa propre voie, mélange de libéralisme économique et d’autoritarisme politique.

Si la France semble pillée au cœur de son état et de son patrimoine économique et que moins de 4000 personnes auraient été « approchées » via les réseaux sociaux professionnels en particulier LinkedIn une nouvelle guerre froide dite des hautes technologies s’est mise en place entre Pékin et Washington.

Pékin a lancé une contre-offensive, dans la bataille technologique qui l’oppose à l’Administration de Donald Trump. Il se pose en champion de la protection des données, pour mieux voler au secours de ses fleurons Huawei, TikTok ou WeChat étranglés par les sanctions américaines. La Chine a dévoilé une «initiative globale pour la sécurité des données», et promis de ne pas mettre la main sur les données des utilisateurs localisés à l’étranger, en réplique aux accusations d’espionnage de Washington.

En parlant de TikTok, la Chine en ferait une question de principe. Elle préfèrerait que cette application ferme ses portes aux Etats-Unis, plutôt que céder à ce qu'elle considère comme un chantage: la vente forcée par la plateforme chinoise de ses activités américaines, imposée par Donald Trump. Selon l'agence Reuters, citant des sources chinoises proches du dossier, Pékin serait même prêt à faire jouer sa législation interdisant l'exportation de certaines technologies pour faire barrage à une éventuelle cession.

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Washington craint ainsi que les autorités chinoises, en vertu de la loi sur la cybersécurité, puisse accéder aux données de citoyens américains.

La réaction de Pékin à la fermeture de TikTok aux USA ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué relayé par The Guardian, l’équivalent du Département du commerce en Chine déclare : « La Chine exhorte les États-Unis à abandonner l’intimidation, à cesser (ses) actions fautives et à maintenir sérieusement des règles et un ordre internationaux justes et transparents. Si les États-Unis insistent pour suivre leur propre chemin, la Chine prendra les mesures nécessaires pour sauvegarder résolument les droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises. »

Par quel biais cela pourrait se retourner contre nous ?

En termes de surveillance et de discipline il faut se poser la question: la Chine est-elle l’avenir de l’Europe ?

Les Européens doivent-ils s’aligner sur les États-Unis dans leur affrontement croissant avec la Chine, ou défendre leurs intérêts spécifiques ?

C’est une question qui est posée au niveau européen, et dans chacun des États-membres selon cette émission à réécouter sur France Inter. En France, le débat mobilise les experts stratégiques, et rappelle à bien des égards les vieux clivages de l’époque de la guerre froide, entre atlantistes, favorables à donner la priorité à la relation avec Washington, et partisans d’une « troisième voie », indépendante.

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Une petite phrase prononcée par Emmanuel Macron a fait réagir, celle où le Président plaide pour une « Europe indépendante », « face à la Chine, aux États-Unis, et dans le désordre mondial que nous connaissons ». 

De plus en plus, les Américains demandent à leurs alliés de « choisir leur camp ». Mike Pompeo, le Secrétaire d’État de Donald Trump, était hier en visioconférence avec les 27 ministres des Affaires étrangères européens pour sonner la mobilisation. Il avait fait précéder cette réunion d’une vidéo dans laquelle il décrivait les différences de valeurs entre la Chine et les États-Unis.

Le président américain génère ainsi un sentiment de méfiance pour les grands de l’Europe. Les Européens tentent de définir une position commune. Sans entrer dans la confrontation comme les États-Unis, les « 27 » ont déjà durci leurs positions face à Pékin sur les questions économiques, mais aussi, c’est nouveau, avec la publication d’un rapport consacré à la désinformation chinoise en Europe pendant le coronavirus par exemple.

Emmanuel Macron, lui, estime que l’Europe doit exister de manière autonome si elle ne veut pas être la victime des deux géants, soit parce qu’ils s’affronteraient, soit à l’opposé, parce qu’ils s’entendraient trop bien. L’Europe, qui n’a jamais su faire un tel choix par le passé, est au pied du mur.

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