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Les chiffres de vente dans le domaine de la littérature sont en nette hausse.
Les chiffres de vente dans le domaine de la littérature sont en nette hausse.
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1,15 million de romans de la rentrée littéraire vendus : dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es

La saison des prix littéraires dynamise la vente de la littérature en France. Plumes déjà célèbres comme Amélie Nothomb ou nouveaux auteurs, les Français lisent de tout.

Mohammed Aïssaoui

Mohammed Aïssaoui

Mohammed Aïssaoui est journaliste au Figaro littéraire.

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Atlantico: Les chiffres de vente dans le domaine de la littérature sont en nette hausse. 1,15 million de romans issus de la "Rentrée littéraire" ont été vendus depuis septembre, un chiffre qui a généré un chiffre d'affaires de 22, 3 millions d'euros d'après une étude du groupe GfK. Mais qu’est-ce qui explique cet engouement français pour les romans ?

Mohamed Aissaoui: Premièrement, cet engouement s'explique par le fait que nous vivons, comme chaque année, une saison dédiée au roman, alors que ceux sont généralement la BD et la littérature jeunesse qui tire l'édition vers le haut . S’il y a une période durant laquelle on parle de littérature, de romans français ou étrangers, c'est celle ci, de mi octobre à novembre. C’est d’ailleurs une véritable exception française. Dans des pays voisins comme l’Allemagne ou l’Angleterre la rentrée littéraire c’est chaque mois! Il n’existe pas une saison où durant deux mois les libraires vont recevoir 550 à 600 romans ! D’où vient d'ailleurs cette exception ? C’est bien sûr la saison des prix littéraires. En moins d’un mois les 5 à 6 principaux prix littéraires sont décernés. Cela commence avec les prix de l’académie littéraire mi-octobre et termine avec le Goncourt. Sur le plan de la production, c’est un véritable cercle vertueux. Les  médias ne parlent que de ça, les romans prennent d’ailleurs les pages société. Néanmoins, si ce mois est très important, la période où les libraires vendent le plus est le mois de Décembre, le couronnement de la rentrée littéraire. Par ailleurs, ce succès tient au concept de « liste » des prix littéraires: certains sont exclu du jeu, d’autres primés au final. Cela attise le jeu, et reste, à ma connaissance, une exception française. Enfin, les Français adorent acheter les livres primés. Certains vont dans une librairie pour acheter le Goncourt, s’il n’y est pas, il n’achètera rien d’autre. Prenez l’exemple du livre de Pierre Lemaitre, il était déjà en librairie avant le Goncourt, mais avec les ventes vont être multipliées par quatre. Les Français veulent offrir le livre à bandeau rouge. C’est une véritable tendance de fond puisque chaque année ce phénomène se répète. En terme de vente, il y a des fluctuations mais il y un cas marquant : le roman de Atik Rahimi, Syngué Sabour, Goncourt 2008. Ce roman était vendu à 20 000 exemplaires avant le Goncourt, ce chiffre a été multiplié par dix, il tirait à 200 000.

Quelles sont les préférences des Français pour cette rentrée littéraire?

Il y a quelques tops avec bien sûr Pierre Lemaitre qui va sûrement arriver en tête des ventes dans le mois. Et dans les 5 meilleurs ventes de la rentrée, on retrouve La Nostalgie heureuse d’Amélie Nothomb, Jean d’Ormesson qui chaque fois qu’il publie fait de très gros chiffres. La grande surprise du palmarès revient à Romain Puértolas et son roman L'extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea. Nous retrouvons comme toujours le traditionnel Eric-Emmanuel Schmitt et Yasmina Khadra, des habitués des meilleures ventes.  Et enfin L’échange des princesses de Chantal Thomas marche très bien pour un livre très littéraire.

Qui sont les nouveaux auteurs émergents dans le palmarès des meilleures ventes ?

Pierre Lemaitre tout d'abord dont on passe vite le nom alors qu'il était inconnu il y a deux mois ! I Cet auteur a choisi un angle très intelligent, non pas la guerre 14-18 mais l’après-guerre. Son livre commence trois jours avant l’armistice, en novembre 1918.  Les soixante-dix premières pages sont une description d’une dernière bataille dans les tranchés, il s’intéresse ensuite à la fin de la guerre et à ses conséquences sur les anciens combattants, une période difficile, un moment extraordinaire d'ingratitude, où comme il le dit :  «on glorifiait les morts mais on ne savait que faire des survivants».

Enfin, il y a Romain Puértolas, l'auteur inattendu du palmarès. Il a bénéficié d’un bouche-à-oreille incroyable: la presse s’en est entiché, les lecteurs sont tombés dedans, s’en sont offert, les libraires ont joué le jeu, ils ont formé une chaîne vertueuse. Alors qu'il était édité à 2000 exemplaires, dans la petite maison d'édition La Dilettante, il dépasse aujourd'hui les 40 000! Le succès fut tel qu'il y a eu des rachats de droits pour une trentaine de traduction aux enchères, sans même que le livre ait été lu! 

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