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"Si vous voulez un hacking de précision, il vous faut un hacker israélien !" : pourquoi Israël est devenu le pays spécialiste de la guerre électronique
©Reuters

Bonnes feuiles

"Si vous voulez un hacking de précision, il vous faut un hacker israélien !" : pourquoi Israël est devenu le pays spécialiste de la guerre électronique

Voilà près de dix ans que le feuilleton des fuites massives de données apporte, chaque mois, son lot de révélations. Depuis 2009, on ne recense pas moins d’une quarantaine de diffusions anonymes de fichiers : serveurs mails, dossiers confidentiels, listings bancaires, tout y passe. Extrait de "Armes de déstabilisation massive" de Pierre Gastineau et Philippe Vasset, aux éditions Fayard.

Philippe Vasset

Philippe Vasset

Philippe Vasset est journaliste et écrivain.

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Pierre Gastineau

Pierre Gastineau

Pierre Gastineau est rédacteur en chef d'"Intelligence Online".

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Si les effractions électroniques et la publication des éléments piratés sont planifiées par des stratèges de la guerre électronique, les opérations de cybercambriolage sont assurées par des spécialistes. Il existe aujourd’hui un véritable marché mondial du hacking, où les pirates les plus habiles sont plus demandés que les footballeurs-stars. Dans ce mercato international, Israël et l’Inde dominent. Pour tous les professionnels de l’intrigue, c’est à Tel Aviv et à New Delhi que se recrutent les meilleurs artisans de la fuite massive. Ce n’est pas un hasard si tous les belligérants des cyber-batailles kazakhes sont venus puiser dans ces deux pays les compétences dont ils avaient besoin.

« Si vous voulez un hacking de précision, il vous faut un hacker israélien ! » Pourquoi cette phrase revient-elle si souvent dans la petite communauté internationale du renseignement privé ? Dans un univers pourtant peu porté sur la modestie, tout le monde s’incline devant les pirates du petit État hébreu.

Dans la fuite massive qui a visé le Kazakhstan, on trouve des opérateurs israéliens dans les deux camps, tant chez les oligarques en rupture de ban avec le régime que du côté du régime d’Astana. Selon plusieurs de nos sources à Washington et Tel Aviv, des consultants israéliens spécialisés dans la cyberguerre, tels Arik Gold de la société Ability Inc., ou des groupes comme Nice Systems ont mis le pied à Astana pour proposer leur savoir-faire aux services kazakhs de renseignement. Le nom de Tal Dilian a aussi émergé rapidement. Ce colonel a commandé de 1998 à 2002 l’unité 8100 du renseignement israélien, spécialisée dans les écoutes et le hacking de précision. Il a, plus tard, fondé la société Circles, devenue une référence du domaine, qui est aujourd’hui très bien connue des grands patrons de l’espionnage kazakh. Ceux-ci ont tous voulu s’appuyer sur ces cyberespions israéliens pour cibler et infiltrer leurs adversaires dans le cyberespace. Pas étonnant que les adversaires d’Astana aient fait de même… Un nom revient avec insistance lorsque l’on évoque les consultants spécialisés dans les cyberopérations parallèles  : celui d’Israel Ziv. Haut gradé de l’armée israélienne reconverti dans les opérations clandestines privées, il disposerait d’une équipe rompue aux techniques d’intrusion des réseaux. Mais l’ancien officier est loin d’être le seul à intervenir sur ce créneau : d’autres consultants, souvent issus des services de renseignement ou des unités militaires spécialisées dans les interceptions, ont également pignon sur rue à Tel Aviv.

Espions en service ou en retraite, diplomates de choc ou hommes d’affaires prospérant dans les pays sensibles  : tous marquent un temps d’arrêt lorsqu’on prononce le nom d’Israël Ziv.

L’homme incarne à lui seul la professionnalisation de l’intrusion informatique en Israël. Et résume merveilleusement les ambiguïtés du secteur, entre opérations privées et commandes d’État. Cet ancien directeur des opérations de Tsahal, l’armée israélienne, s’est reconverti dans le secteur privé au début des années 2000, tout en restant très proche de l’establishment sécuritaire du pays. Il a alors fondé la société de sécurité Global CST, devenue aujourd’hui Global Group, avec Yossi Kuperwasser, qui fut à la tête du département « recherche » du renseignement militaire israélien (nommé Aman), et Amos Ben-Avraham, ancien  commandant de la célèbre unité Sayeret Matkal, utilisée par l’ar‑ mée et le renseignement israéliens pour leurs opérations clandestines en territoire ennemi. Global s’est très vite spécialisée dans la formation d’unités commandos à travers le monde, quitte à mener elle-même les opérations lorsqu’elles sont trop complexes ou trop délicates pour ses élèves. Dès sa création, Global a puisé dans le vivier des vétérans de l’armée israélienne, en particulier les jeunes retraités des forces spéciales, attirés par les salaires offerts par la société et les perspectives de missions d’envergure. En travaillant pour Ziv, ces hommes ont toujours considéré, à tort ou à raison, qu’ils continuaient à servir leur pays.

Extrait de "Armes de déstabilisation massive" de Pierre Gastineau et Philippe Vasset, aux éditions Fayard

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