"L'été sans retour" de Giuseppe Santoliquido : drame à rebondissements en Basilicate. Une jeune fille disparaît et les médias s’emballent. Un roman sensible mais quelques longueurs | Atlantico.fr
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Le livre "L'été sans retour", de Guiseppe Santoliquido, a été publié aux éditions Gallimard.
Le livre "L'été sans retour", de Guiseppe Santoliquido, a été publié aux éditions Gallimard.
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"L'été sans retour" de Giuseppe Santoliquido : drame à rebondissements en Basilicate. Une jeune fille disparaît et les médias s’emballent. Un roman sensible mais quelques longueurs

"L'été sans retour" de Guiseppe Santoliquido a été publié aux éditions Gallimard.

Isabelle De Larocque Latour pour Culture-Tops

Isabelle De Larocque Latour pour Culture-Tops

Isabelle De Laroque Latour est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).  Culture-Tops a été créé en novembre 2013 par Jacques Paugam , journaliste et écrivain, et son fils, Gabriel Lecarpentier-Paugam, 23 ans, en Master d'école de commerce, et grand amateur de One Man Shows.

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"L'été sans retour" de Guiseppe Santoliquido 

Gallimard, 20 mai 2021
263 pages, 20 €

 

Notre recommandation : BON 

 

THÈME

En 2005, le petit village de Ravina, situé dans une province du sud de l’Italie, la Basilicate, est le théâtre d’un drame, finalement assez classique, la disparition d’une gamine de 15 ans. Les médias s’emparent de « l’affaire », bien décidés à faire un maximum d’audience avec l’angoisse des parents en faisant d’une tragédie locale un feuilleton national. L’histoire, aux multiples rebondissements, est racontée, 15 ans après, par Sandro, un jeune infirmier lui-même mis au ban d’une société intolérante et violente pour ses tendances non conformes à la morale villageoise.

POINTS FORTS

 

●      Le personnage principal, Pasquale Serrai décrit avec tendresse par le narrateur, qui est d’une curieuse complexité. A la fois tonitruant et soumis, généreux et veule, il est irrémédiablement attaché à sa terre natale (“je vendrais mon âme au diable plutôt que de me défaire d’un seul arbuste”) et travaille « comme une mule » pour assurer le bien-être d’une femme qui le domine et d’une fille indolente et imbue d’elle-même. Le « père de substitution » de Sandro est à la fois attachant et exaspérant.

●      La personnalité du procureur chargé de l’enquête, définitivement marqué par l’assassinat des juges Falcone et Borsellino et par « les impulsions égoïstes, la faiblesse morale auxquelles les juges avaient dû faire face dans leur lutte contre la mafia ».

●      La description véritablement enamourée d’une terre méditerranéenne dure et belle, plantée d’amandiers et de caroubiers, où transparaît la nostalgie des racines italiennes de l’auteur belge. La vie de village où chacun s’épie mais s’entraide sonne juste, comme les « virées » récurrentes de jeunes gens dont l’univers se limite au Bar du Centre et au cinéma du samedi soir, malgré les (faux) espoirs engendrés par le web.

●      Une image très juste de la cruauté de la gens médiatique qui creuse le pathos avec une fausse compassion pour faire pleurer dans les chaumières, bien servie par l’ego démesuré de ceux qui viennent parler d’eux à la télé sous couvert de révélations. Depuis « l’affaire Grégory » l’actualité récente regorge de ces déclarations malsaines qui n’apportent rien à l’enquête, au contraire…

●      Très actuelle également, l’inévitable marche de soutien ou « marche blanche » qui rassemble pour une journée des milliers d’indifférents au nom d’une empathie artificielle et médiatisée.

QUELQUES RÉSERVES

●      Un style souvent lourd dans le commentaire (mais plus léger, voire poétique, dès qu’il s’agit de la Basilicate éternelle)

●      Des incohérences dans certains caractères qui évoluent au fil des pages de façon inattendue et parfois difficilement crédible.

●      Des longueurs

ENCORE UN MOT...

L’irruption du drame donne une dimension universelle à ce village intemporel confronté à la modernité et permet de constater que, toujours et partout, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

UNE PHRASE

 Le vieux regardait hors champ, recevant sans doute ses indications d’un technicien (…) Lui et les autres, dans cette cuisine, étaient réduits au rôle de pantins. D’idiots utiles. On abusait de façon odieuse, avec une affectation cynique d’empathie et de bienveillance, de ces gens brisés par la souffrance (…) Malgré notre différend, j’aurais voulu me précipiter chez les Serrai, briser l’écran de mon téléviseur et arriver dans leur cuisine pour les protéger, les mettre en garde contre ce qui me semblait être un abus immonde, une mystification baveuse, l’étalement public et sans honte d’un drame bien réel. (p.152)

L'AUTEUR

Giuseppe Santoliquido est un politologue et écrivain belge d'origine italienne.

Licencié en Sciences politiques et administration publique, Professeur aux Facultés de Sciences politiques d'Afrique centrale, il est spécialisé en politique italienne et collabore à diverses revues à Bruxelles et à Paris.

Outre un certain nombre d’essais sur la politique italienne, il est l’auteur de quatre romans, dont le premier a remporté plusieurs prix littéraires :

L'Audition du Docteur Fernando Gasparri (La Renaissance du Livre, 2011), Voyage corsaire (Ker, 2013)L'Inconnu du parvis (Genèse Edition, 2016) et enfin L'Été sans retour (2021).

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