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"Go West Young Man", de Tiburce Ogier et Hervé Richez, pour partir à la conquête de l'Ouest
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"Go West Young Man", de Tiburce Ogier et Hervé Richez, pour partir à la conquête de l'Ouest

Nicolas Autier pour Culture-Tops

Nicolas Autier pour Culture-Tops

Nicolas Autier est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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THÈME

Go West Youg Man, c’est d’abord un titre. Qui claque comme un coup de fouet ou une détonation de Colt Peacemaker ! Lancée dans les journaux américains à la fin de la Guerre de Sécession, cette invitation à la découverte des territoires situés à l’Ouest du Mississippi répondait à un besoin fondamental pour ce pays sorti meurtri de la guerre civile : le fédérer à nouveau autour d’un but commun, la conquête de l’Ouest.

C’est ensuite une folie. Celle d’un auteur, Tiburce Oger, et de son envie de rassembler la fine fleur des auteurs de BD, comme lui passionnés de western. Folie encore de vouloir faire de cet album non pas une juxtaposition d’histoires courtes et indépendantes mais « une histoire complète en chapitres illustrée par des dessinateurs différents ». Folie toujours de croire à la possibilité de « trouver de nouveaux angles » dans un genre où « tout a été raconté ».

C’est enfin l’histoire d’une montre. Offerte par sa femme au major Trenton, officier de l’armée britannique en poste dans les colonies américaines, elle passera de main en main et sera de 1763 à 1938 le témoin des épisodes les plus marquants de la Conquête de l’Ouest – conflit des grands lacs, guerre de Sécession, épopée du Poney Express, convois de chariots lancés à l’assaut des grandes plaines, révolte de Geronimo, découverte du pétrole, expédition du général Pershing contre Pancho Villa…

POINTS FORTS

Tiburce Oger, soutenu par Hervé Richez, co-auteur et éditeur, a réalisé le tour de force d’écrire un scénario dont la cohérence et la continuité permettent à 16 dessinateurs d’exprimer pleinement leur talent. Quel bonheur découvrir la richesse créée par la rencontre de tant de de styles différents dans un même album ! Go West Young Man est ainsi un superbe voyage au cœur de la conquête de l’Ouest et un vibrant hommage aux talents des dessinateurs qui l’ont illustré. Laissons à ce sujet le mot de la fin à l’initiateur du projet : « J’ai eu envie d’écrire pour ces gens que j’admire […] là où on pensait avoir un collectif, on a une vraie histoire. »

QUELQUES RÉSERVES

Quand on arrive au bout de Go West Young Man, on ne peut s’empêcher de laisser échapper un « Déjà ! » et un « Encore ! » de dépit. « Déjà ! », car l’album semble bien court tant la lecture en est un plaisir. « Encore », car le talent séduit le lecteur qui voudrait en profiter grâce à plus de chapitres, plus de western, plus de bonheur. 

Si Go West Young Man est un plaisir à consommer sans modération pour tous les amateurs de western, sa lecture devrait convertir définitivement les derniers réfractaires. Car si cet album n’y arrivait pas, qui le pourrait ?

ENCORE UN MOT...

Go West Young Man est à la fois un hommage à tous les codes du western qu’il revisite avec bonheur et une savante entreprise de leur déconstruction en ce qu’il en présente la face cachée. Ainsi les maladies importées par les colons qui firent plus pour l’extermination de nombreuses tribus indiennes que toutes les campagnes militaires ; l’arrogance et le racisme ordinaire de l’homme blanc convaincu de sa supériorité ; la sauvagerie d’un univers où un garçon vacher peut tuer et dépecer un homme à mains nues et un outlaw assassiner sans remords femme et enfant pour une simple montre ; permis de tuer en toute impunité donné par un insigne ou un uniforme ; les massacres souvent gratuits de tribus indiennes ou de familles de colons venus chercher un sort meilleur dans ce pays nouveau ; les ravages de la misère, de la cupidité et de l’alcool… 

Go West Young Man réussit le petit exploit de présenter cette face plus sombre du genre sans le dénigrer pour autant. La présentation des situations pour ce qu’elles sont, d’une façon descriptive dépourvue de tout jugement, donne à l’album une forme d’équilibre qui renforce la puissance de son message.

UNE ILLUSTRATION

L'AUTEUR

17 auteurs, 16 dessinateurs et un scénariste, tous plus talentueux les uns que les autres. Donner une vision à la fois complète et synthétique de leur parcours ? Mission impossible ! J’ai donc pris le parti de mettre en avant un titre ou une série par auteur. Choix par nature subjectif et discutable mais qui devrait fournir au lecteur une jolie liste de BD à (re)découvrir avec bonheur. Il est également possible de se référer aux biographies de ceux d’entre eux dont des albums ont déjà été chroniqués sur Culture-Tops : Benjamin Blasco-Martinez, François Boucq, Steve Cuzor, Christian Rossi, Patrick Prugne.

Tiburce Oger : Buffalo Runner, éd. Rue de Sèvres, 2015
Dominique Bertail : Mondo Reverso, éd. Fluide Glacial, 2018-2019 
Michel Blanc-Dumont : Jonathan Cartland, éd. Dargaud, 1975-1995
Benjamin Blasco-Martinez : Catamount, éd. Physialis puis Petit à Petit, 2015-2021 
François Boucq : Bouncer, éd. Les Humanoïdes Associés puis Glénat, 2001-2018
Steve Cuzor : Cinq branches de coton noir, éd. Dupuis coll. Aire Libre, 2018
Paul Gastine : Jusqu’au dernier, éd. Bamboo coll. Grand Angle, 2019
Eric Hérenguel : Lune d’argent sur Providence, éd. Ed. Vents d’Ouest, 2005-2008
Hugues Labiano : L’Etoile du désert, éd. Dargaud, 2016-2017
Enrico Marini : L’Etoile du désert, éd. Dargaud, 1996-2017
Ralph Meyer : Undertaker, éd. Dargaud, 2015-2021
Félix Meynet : Sauvage, éd. Casterman, 2013-2020
Patrick Prugne : Canoë Bay, éd. Daniel Maghen, 2009 
Christian Rossi : Jim Cutlass, éd. Casterman, 1991-1999 
Michel Rouge : Gunfighter, éd. Glénat, 2019
TaDuc : Chinaman, éd. Les Humanoïdes Associés puis Dupuis, 1997-2007
Ronan Toulhoat : Wild West, Auto-édition , 2020

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