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Jeux de vilains

Alerte sur les cours d’école : comment les jeux d’asphyxie se sont répandus, y compris chez les jeunes enfants

Selon une étude des archives de pédiatrie 4 élèves sur 10 jouent à des jeux d'asphyxie dans la cour de récréation de l'école primaire.

Georges Picherot

Georges Picherot

Georges Picherot est pédiatre et chef de service de Pédiatrie (Unité de Médecine de l’Adolescent) retraité.

Voir la bio »Edwige Antier

Edwige Antier

Pédiatre et mère de famille, ancienne interne des Hôpitaux de Paris, diplômée en psychopathologie, Edwige Antier exerce la pédiatrie depuis trente ans. Connue pour son travail de députée à l'Assemblé nationale pour la protection des enfants, elle a déposé la proposition de loi contre les châtiments corporels et a contribué à l'élaboration de la loi contre la violence faite aux femmes. Elle est l’auteur de nombreux ouvrages, dont L’Enfant de l’Autre (2003, Robert Laffont) et Sois poli, dis merci (à paraître chez Robert Laffont jeudi 11 septembre 2014), et exerce la pédiatrie à Paris.

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Atlantico : Selon une récente étude publiée par les Archives de Pédiatrie en 2015  réalisée auprès d'enfants de CE1 et du CE2, 40% d'entre eux auraient déjà pratiqué une fois un jeu d'asphyxie et 13% d'entre eux le feraient quotidiennement. Comment expliquer un tel résultat ? Comment expliquer une recherche de sensations fortes à un si jeune âge ?

Edwige Antier : Ces enfants manquent de conscience de soi. Il y a trop de solitude des enfants dans notre société, une solitude collective, sans périodes de temps suffisantes entre un adulte avec un enfant. Les enfants s’élèvent trop en groupe. Au lieu d’avoir des émotions positives et être guidés par les adultes qui s’intéressent vraiment à eux, en tant que personne, ils cherchent des artifices à leur portée.

Georges Picherot : Cette étude révèle sans doute des pratiques déjà anciennes et mal connues. On connait mal les causes. Les résultats doivent être pris avec prudence. Les enquêtes de ce type sont difficiles à interpréter chez des enfants de CE1.(les auteurs donnent d’ailleurs les limites) On peut remarquer cependant un développement certain de ce type de pratiques . Globalement on peut remarquer le rajeunissement de beaucoup de troubles du comportement. La contamination se fait de pair à pair dans une attitude de type « même pas cap… » qu’on connaissait avant chez les plus de 10 ans .

Quels sont les principaux dangers liés à ces pratiques telles que le jeu du foulard ? Que risque concrètement l'enfant qui le pratique ?

Edwige Antier : Des maux de tête de la somnolence, des convulsions, jusqu’à la mort ou de graves séquelles cérébrales. Même si elles ne sont pas toujours apparentes, il y a des neurones qui souffrent irréversiblement d’un manque d’oxygénation si l’on va jusqu’à la perte de connaissance.

 

Georges Picherot : Le danger c’est avant tout la mort possible et sans doute sous-évaluée ce que signalent les associations. La répétition des accidents d’asphyxie expose surement à des lésions cérébrales. 

Le phénomène n'étant pas nouveau, ce dernier résultat est d'autant plus surprenant. Comment réussir à prévenir ces phénomènes ?

Edwige Antier : Les adultes parlent de « jeux ». A cause de l’âge des enfants. Et parce qu’eux-mêmes le justifie ainsi devant les adultes. Mais ce ne sont pas des « jeux ». Ce sont des épreuves que s’imposent les enfants. Aucun ne le fait spontanément, il est toujours initié par un autre, qui n’est pas dénué de mauvais sentiments. J’observe que les harceleurs initient souvent leur victime.

Georges Picherot : Prévenir c’est bien sur informer les parents, les enseignants de ce type de pratique. La surveillance des moments de récréations est un rôle essentiel …des enseignants à cet âge. C’est d’ailleurs un moment d’éducation et de prévention. Il faut aussi informer les médecins sur le repérage des signes qui doivent faire évoquer ces pratiques : malaises inexpliqués, céphalées inexpliquées , traces de strangulation autour du cou .A cet âge aussi la notion d’interdit donc d’autorité doit faire partie des mesures de prévention Oser être adulte , Oser la parentalité ! 

L'ampleur de ces pratiques est phénoménale. En cas de décès de l'enfant, celui-ci est considéré comme un suicide. Ces "jeux" cachent ils un mal être plus profond que connait l'enfant à cet âge là au sein de notre société ?

Edwige Antier : Voir ma première réponse. On dénonce beaucoup ces pratiques, comme aussi le harcèlement. Mais l n’y a pas de rapport imposé du nombre d’enfants par adulte dans les cours de récréation, les après cantines. Alors que c’est le cas en crèche (en permanence 1adulte pour 8 enfants). Dès la maternelle, ils peuvent se retrouver 50 pour un surveillant, ou 2 qui discutent dans leur coin. Quand un enfant me revient en souffrance, personne n’a rien vu, personne ne s’occupe vraiment de surveiller dans les angles morts, aux toilettes. La prévention doit être sur le terrain.

Georges Picherot : La question est importante avec une réponse sans  doute à préciser. Pour les plus âgés on a déjà montré que les pratiques à risques révélaient souvent des malaises profonds. Pour les enfants de cet âge la réponse est moins simple mais la répétition  est sans  doute un marqueur de malaise sous-jacent. Il y a tout de même beaucoup d’actions préventives. L’éducation nationale a mis en place un dispositif de prévention qui semble très pertinent. On ne peut pas dire qu’il n’y a aucun repérage des souffrances des enfants !!!ni aucune surveillance. Le nombre d’adultes est surement insuffisant et à améliorer mais les parents aussi doivent assumer leur rôle de prévention.

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