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« Plus c’est jeune, moins cela veut travailler, plus c’est vieux plus cela veut toucher » !! Analyse d’une France non entrepreneuriale, celle de la rente
©Reuters

LES ENTREPRENEURS PARLENT AUX FRANÇAIS

« Plus c’est jeune, moins cela veut travailler, plus c’est vieux plus cela veut toucher » !! Analyse d’une France non entrepreneuriale, celle de la rente

La marée descend. Ce n’est pas une observation météo, mais celle des effets de la grève. De toutes façons les grévistes, même en fausse maladie, doivent, un jour ou l’autre, retourner travailler pour toucher un salaire souvent « mal mérité ». Quand on a autant de jours de repos que je jours travaillés, d’ailleurs, est-ce un travail ou un passe-temps ?.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

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Même si la grève cesse, elle laisse en filigrane, sur la plage, le contour cartographique d’une France malade, mais d’une France qui est simplement le reflet du sort qui s’offre de plus en plus brutalement à l’intégralité de ses petits camarades des pays occidentaux. La fin d’un modèle. Dur à accepter, pour les plus fragiles, c’est vrai, mais qui ne se soigne pas en se débarrassant d’un simple rhume. Le plus dur est à venir. Cela ne risque pas d’arriver aux entrepreneurs. L’avantage de n’avoir rien à attendre, c’est qu’on n’a pas rien à défendre. Ceux qui tentent de tout gagner en risquant tout, vont s’opposer un peu plus intensément, dans l’avenir, à ceux qui ont tout à perdre en ne risquant rien, sauf leur temps bien entendu. Leur travail.

Pour tous ceux qui se sont livrés pendant les grèves à des gesticulations inutiles, à courte vue, estimant que l’on pouvait attendre, arguant, comme le suicidé passant devant le 30ème étage, que « jusqu’ici, tout va bien », et qu’il y avait donc urgence à attendre. C’est en partie vrai. Les réformes essentielles auraient dû précéder dans l’ordre de la bienséance politique, celles plus importantes des institutions, de l’État, le l’Éducation, du travail, du digital et de la santé. Mais c’est largement faux également, sur le fonds, car la question qui mine le monde occidental et particulièrement la France et l’Europe, comme la lèpre dévore la peau et les os, plus que partout ailleurs (à part le Japon et bientôt la Chine), c’est l’âge et la démographie. C’est pour cela que la retraite, et les mesures de coordination entre les pays Européens était et reste, si urgente.

Tous les pays sont lassés des effets indésirables des relations sexuelles, à savoir les enfants ! Laïques, hédonistes et libérés des préceptes des religions qui apparentent le plaisir au pêché, ils ont pris le sens inverse de la montre religieuse (je n’ai pas dit la Mante !), en conservant le plaisir et en abandonnant le reste. Le manque de confiance a fait le reste. Pourquoi faire des enfants si c’est pour leur offrir le cadeau empoisonné d’un monde en décroissance, une planète polluée et détruite, une productivité stagnante, une croissance molle ou nulle, un emploi menacé, une éducation en berne, des déficits toujours plus hauts qui se traduisent par une dette au berceau, suffisante pour dégoûter le fœtus de sortir du ventre de sa mère. Devant un tel spectacle, on est clairement mieux au chaud.

Les pays sont tous ou presque (la France), passés sous la barre des 2,1 enfants par personne. La moyenne d’âge a augmenté de 4 ans depuis 2000 et augmentera encore de 5 ans, au moins, d’ici 2050. Et contrairement aux USA, qui en auront encore 3, l’Europe aura 2 personnes de plus de 65 ans pour 4 en âge de travailler. Nous serons en moyenne plus âgés de 4 ans que les américains, mais leur espérance de vie diminue depuis 4 années consécutives. Nous avons passé, depuis un long moment (2008) le pic du nombre de personnes en âge de travailler, et désormais la pente du toboggan devient aigue. Le refus de travailler plus longtemps n’est donc pas seulement une petite question d’équilibre des comptes, n’en déplaise aux vendeurs de court terme, c’est une question d’équilibre de la société, de cohésion de ce qui soutient notre système dans son intégralité. Plus il sera difficile de trouver des travailleurs, et plus l’automatisation gagnera rapidement du terrain, pour compenser, et quand, éventuellement, la croissance et la productivité, hospitalisées depuis plusieurs années, seront en situation de sortir du plâtre, il n’y aura plus d’emploi à proposer aux hommes et femmes. Nous aurons donc une population âgée, pas de cotisants, plus d’emplois, qualifiés ou non, et nos yeux pour pleurer. Il est temps de travailler plus longtemps, en relançant la machine à former, afin que le travail se maintienne. A moins de préférer une société d’indigents, de « sans dents » auraient dit certains « grands esprits », plus fort sur les jeux de mots que sur le soin des maux.

Écoutons le Japon, et retenez cet exemple, apparemment insignifiant. Au Japon, on a fini par trouver (et là on parle de robotisation, qui n’est rien face à l’automatisation) un robot capable de plier un T-shirt et le mettre sous plastique. Cela parait ridicule ? Cela représente plusieurs centaines de milliers d’emplois, et en Chine, des millions. La réponse des inventeurs du logiciel quand on leur demande l’impact sur l’emploi ? Très simple : « Nous ne supprimons pas d’emplois, nous n’avons personne pour les occuper » !!!! L’âge et la démographie ont tué le nombre d’employables, et l’automatisation et la robotisation vont gagner du terrain grâce à cela. Plus grave encore, même dans les pays qui pourraient occuper ces emplois, l’Europe notamment, les chômeurs existent mais ne veulent pas prendre ces emplois (c’est dégradant !!), mais de toutes façons, les entreprises, pour rester compétitives, seront, elles aussi, obligées d’utiliser ce robot, et priveront ainsi le monde de millions d’emplois qui auraient été bien utiles quand l’hiver sera venu.

Les entrepreneurs, notamment Chinois et Américains, cumuleront une valeur insolente, sans créer d’emplois, et finiront pas être riches, sans avoir à se soucier des salariés, qui à force de tourner le dos au travail, tourneront le dos à leur avenir. Il n’y a pourtant aucun problème à travailler 2 ou 3 ans de plus, quand l’espérance de vie passe à plus de 80 ans, et bientôt 90, et surtout, en bonne santé, grâce aux prochains progrès de la médecine.

Qui supportera cette situation ? Personne. La classe moyenne une fois disparue ou fauchée et précipitée vers le bas, ne servira plus de voile pudique entre le pauvre et l’immensément riche, et la jalousie deviendra la denrée la plus abondante au monde, et elle ne sera certainement pas soignée à coup de revenu universel.

Ce que viennent de faire nos grévistes, c’est de prouver que l’avenir ne les intéresse pas. Seul leur avenir les intéresse. Ils exigent une solidarité dans la grève pour mieux alimenter l’égoïsme dans l’avenir. 

C’est terrible, et encore plus terrible de voir la province les soutenir. Ces régions, certes abandonnées par la République, comme dans la plupart des pays, qui confondent la concentration des camps urbains avec le bonheur du pays, pensant que la masse de certaines villes masquera la misère du reste des pays. 

Néanmoins, leur ignorance économique, leur refus de voir la réalité en face, ne leur évitera pas de prendre le seul train qui roule encore dans ce pays, celui de la stagflation, de l’âge et de la fin de l’emploi. On va enfin réaliser, mais brutalement, qu’une entreprise est faite pour réaliser un rêve, au départ, puis un objectif économique ensuite, mais pas des emplois. L’emploi est une conséquence, un moyen, en aucun cas un objectif. Et je crains que cette leçon douloureuse de compréhension de ce qu’est une entreprise, ne se fasse, dans les 30 prochaines années, au prix d’un réveil désastreux, qu’une bonne préparation et le rétablissement d’un dialogue en lieu et place d’une éternelle confrontation, auraient permis d’éviter. Le triste spectacle français nous prouve que l’histoire de l’avenir est malheureusement écrite. Dommage. La France, l’Europe, méritaient mieux.

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