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L’Empereur monté sur Marengo pour surveiller la bataille (Christophe Claret)…
L’Empereur monté sur Marengo pour surveiller la bataille (Christophe Claret)…
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Atlantic Tac

Quand Napoléon lève le bras et quand les icônes se restaurent : c’est l’actualité mayenne des montres

Mais aussi la Cloche qui sonne un décalage asymétrique, les deux cavaliers d’un calendrier annuel, un instrument militaro-très chic, du plastique océanique recyclé et une transparence en pleine lumière…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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BREITLING : Carpo-culturisme chronomatique…

Breitling est sans doute une des rares marques à disposer d’autant de cordes à son arc, qu’on parle de montres traditionnelles dans le goût vintage de l’âge d’or (Premier), de montres électroniques (Emergency), de montres avant-gardistes accessibles (Endurance), de montres de plongée ou de montres de pilote. Instruments variés qui permettent à la marque de pouvoir nous jouer de belles symphonies et d’élargir son territoire dans le domaine d’un nouveau luxe décontracté (cool, comme on dit en globish) et durable. Ce printemps voit le retour de ces Chronomat qui ont fait la gloire de Breitling dans les années 1980-1990, avec leurs boîtiers volumineux, les gros « cavaliers » apposés sur la lunette et, à l’époque, des bracelets en requin qui étaient le must have absolu pour les VIP européens qui s’arrachaient ces Chronomat. Les modes passent, le style reste : voici les nouvelles Super Chronomat, qui incarnent le nouveau « sport chic » de la marque : boîtier de 44 mm, « cavaliers » posés à trois heures et à neuf heures sur la lunette en céramique [ils servent aussi de protection au verre saphir], volumes musculeux qui ne gâchent pas l’élégance de la ligne, mouvement manufacture et bracelet à « rouleaux », métallique comme autrefois ou joliment restylé en caoutchouc. Ci-dessous : la version « Quantième annuel », avec un calendrier semi-perpétuel qui ne se dérèglera d’un seul jour qu’une fois tous les quatre ans. Digne rejeton d’une icône mécanique qui a marqué son temps [en 1984, Breitling fêtait son centenaire], la Super Chronomat joue des biceps dans une logique disruptive de carpo-culturisme – pour muscler les poignets. C’est disruptif parce que le mainstream horloger est orienté vers l’ultra-léger et l’ultra-plat, mais c’est furieusement tendance dans le goût « revival vintage » – et c’est quand même du grand luxe, puisqu’on ne trouvera rien à moins de 7 900 euros pour aboutir dans les 22 000 euros pour les versions en or rose. Les légendes n’ont pas de prix, surtout en Suisse !

CHRISTOPHE CLARET : Veillons au salut de l’Empire…

Chacun aura remarqué la timidité des horlogers suisses pour la célébration du deux-centième anniversaire de la mort de l’empereur Napoléon Ier. On les avait connus plus prompts à célébrer la moindre année du Dragon avec les Chinois ou à dédier des montres aux moins sympathiques des dictateurs exotiques. Peut-être ces horlogers préfèrent-ils oublier cet heureux temps où les frontières de la France incluaient une large part de l’actuelle Suisse romande : Genève était alors le chef-lieu du département du Léman et le maréchal Berthier était « prince de Neuchâtel ». Que seraient une marque comme Breguet sans Napoléon ? Leur totale absence du paysage pour cet événement est d’autant plus absurde que les plus riches des clients de l’horlogerie suisse – Chinois, Japonais, Russes, Américains, Proche-Orientaux – sont des admirateurs de l’Empereur ! Pour sauver l’honneur de cette amnésique et bien ingrate montre suisse, il fallait un maître-horloger installé en Suisse, mais assez français de cœur pour nous proposer une montre « impériale » : bravo à Christophe Claret – horloger tricolore ! – d’avoir osé ce « tourbillon répétition minutes » [le poussoir latéral à huit heures sert à faire sonner les heures, les quarts et les minutes, pour « entendre » le temps qui passe sans regarder la montre], dont les automates animent, en même temps que la sonnerie de la montre, une scène de bataille napoléonienne en peinture miniature. Détail solennel : le « tourbillon » de cette montre impériale reproduit la croix de la Légion d’honneur, modèle d’époque ! Clin d’œil à l’histoire : la montre a été dévoilée à l’heure même de la mort de l’Empereur, à Sainte-Hélène. D’autres scènes animées de l’épopée impériale sont sur l’établi des artistes et des horlogers de Christophe Claret, qui a des habitudes très suisses pour les tarifer : autour des 540 000 euros, mais c’est la plus originale des élégances pour porter une Légion d’honneur… au poignet…

CARTIER : Une verticalité asymétriquement décalée…

La collection Cartier Privé entretient la mémoire patrimoniale de Cartier avec des montres qui sortent généralement de l’ordinaire – on pense à la Crash, à la Tank asymétrique ou à la Tonneau. Cette année, Cartier renoue avec la tradition de sa Cloche, une innovation formelle qui remonte au tout début des années 1920 : le nom de cet « étrier » horizontal viendrait des sonnettes de comptoir qu’on trouvait à l’accueil des hôtels ou des restaurants, voire dans les maisons pour appeler les domestiques. La forme est inhabituelle en horlogerie, donc parfaitement originale, mais les lignes asymétriques sont d’une élégance rare, la symétrie interne et l’harmonie esthétique étant assurées par le « chemin de fer » des minutes et les chiffres des heures. Avec le cabochon sur la couronne, on sait qu’on est chez Cartier. La Cloche a un avantage supplémentaire : posée sur une table avec son bracelet, elle se trouve dans une position verticale qui en fait très naturellement une pendulette de bureau. Cartier a donc réveillé cette Bell au bois dormant, qui n’était plus dans les collections depuis une quinzaine d’années : différentes déclinaisons (classique ou « squelette »), dans différents boîtiers et avec différents styles de cadran, toutes cependant dans la même taille (37,5 mm) et équipées du même mouvement mécanique manufacture, vont permettre à chaque poignet de trouver la Cloche de ses rêves (le prix n’a pas encore été communiqué – ce qui n’est jamais bon signe !)...

BELL & ROSS : Une vocation urbaine en mode professionnel…

Pour Bell & Ross comme pour les pionniers des sciences de la communication (Marshall McLuhan et l’école de Palo Alto), « le message, c’est le massage » : il faut étaler et frotter longtemps pour que ça pénètre ! C’est pourquoi la maison indépendante française Bell & Ross remixe régulièrement tous ses codes pour créer des nouvelles montres au profil identitaire immédiatement reconnaissable. La nouvelle BR 03 Diver Military est, au premier coup d’œil, une Bell & Ross, une montre de plongée [on le comprend à la lunette graduée] et une montre d’inspiration militaire [ce que confirme la couleur du cadran]. Après, c’est une affaire de détails et d’exécution, Bell & Ross possédant déjà quelques jolies « plongeuses » dans ses collections. Si des militaires pourraient parfaitement utiliser cette BR 03 en opération [la montre affiche les spécifications de sa vocation], cet « instrument » professionnel étanche à 300 m n’en prend pas moins une allure urbaine tout-à-fait désirable et on ne peut plus portable, avec son boîtier de 42 mm en céramique inrayable, le SuperLumiNova de ses aiguilles et de ses chiffres pour assurer une lisibilité de la montre dans la pénombre et ses bracelets (caoutchouc ou toile vert armée). Il faudra compter dans les 4 400 euros pour ce massage d’une nouveau style « militaire chic »…

HUBLOT : En toute transparence…

Depuis que les horlogers suisses ont appris à travailler le « verre saphir » (une qualité de verre particulièrement résistante, mais qui n’a rien à avoir avec le saphir comme pierre précieuse), ils en usent et ils en abusent avec des montres taillées dans ce verre qu’on peut d’autant plus considérer comme un matériau précieux qu’il est, du fait de ses difficultés d’usinage, vingt à cent fois plus coûteux que l’or ou le platine ! Certaines créations récentes sont époustouflantes, comme cette Big Bang Integral Tourbillon Full Sapphire proposée par Hublot : même le bracelet intégré au boîtier (42 mm) est réalisé dans ce saphir, dans lequel est également sculptée l’architecture du mouvement (« ponts » et structure). Pour gagner en transparence, le cadran a été repensé pour pratiquement disparaître [c’est le principe du « squelettage »] et le mouvement automatique a été retravaillé pour qu’on puisse supprimer quasiment toutes les vis ! La lumière joue désormais librement à travers la montre, avec des effets de réfraction et de réflexion qui accrochent au poignet des prismes lumineux inattendus. Restez bien assis, on vous révèle maintenant le prix de cette transparence : pas moins de 416 000 euros – le prix d’un petit deux-pièces à Paris ! N’ayez aucun regret : la série limitée de cette Bing Bang est déjà presque sold out. On espère que les heureux collectionneurs qui ont craqué pour cette expérience horlogère à base de jeux de lumière ont compris qu’il valait mieux ne pas prendre sa douche avec (étanchéité théorique à 30 m), si surtout taper du poing sur une table en marbre sous peine d’en éclater le boîtier….

BON À SAVOIR : En bref, en vrac et en toute liberté…

•••• TOM FORD : mué en parfumeur « tendance », l’ex-star de la mode a trop souvent cédé à un tropisme horloger qui le conduisait à recopier éternellement les Tank de Cartier, et à réitérer, à chaque tentative, le même bide commercial. Saluons donc le changement d’orientation qui pousse Tom Ford à nous proposer une montre ronde Ocean Plastic, qui n’est certes pas la « première-montre-de-luxe-100-%-issue-de-matériaux-recyclables » qu’il prétend, mais cette Tom Ford n° 002 ne s’en oriente pas moins dans la bonne direction, avec des matériaux (boîtier et bracelet) issus de plastique océanique recyclé – le tout Swiss Made avec un mouvement à quartz pour à peu près 900 euros.  C’est plutôt pas mal pour une signature que les fashionistas apprécient… •••• MARINE NATIONALE : cédant à une tentation marchande qui tendrait à prouver que l’État fait feu de tout bois, la Marine nationale [nos marins à pompon sur le béret] commercialise désormais sa signature sur des collections de montres. Il ne s’agit pas à proprement parler de montres réglementaires [modèles opérationnels en dotation officielle dans les unités de la Marine], ni même « régimentaires » [dédiées à telle ou telle unité ou navire], mais de montres affectives appelées à porter les valeurs de la Marine en même temps que son logo. Des maisons comme Tudor [qui avaient déjà équipé de façon réglementaire les plongeurs de la Marine] ou Yema, qui dispose d’une vraie légitimité dans ce domaine, sont de retour à bord. On s’en félicite et nous en reparlerons… •••• ZENITH : si vous avez une pointe de nostalgie dans le cœur pour les montres d’hier des grandes marques d’aujourd’hui, la manufacture Zenith va combler votre frustration. Consciente des trésors de son patrimoine, la marque va proposer dans ses points de vente et dans ses boutiques des montres de collection, rafraîchies, restaurées et quasiment remises à neuf dans les règles de l’art vintage. Des montres regaranties comme des pièces neuves, que les amateurs vont pouvoir se disputer ailleurs qu’aux enchères, où la hausse des adjudications pour les plus belles Zenith de collection est spectaculaire depuis des années. Le problème était jusqu’ici que Zenith a toujours été une marque d’amoureux de la montre : les « vieilles » Zenith ont donc été très portées et chéries jusqu’à l’usure – elles n’en portent que davantage le poids des années. Sans leur ôter la patine qui témoigne de leur résilience, Zenith leur redonne une seconde vie. On applaudit…

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

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