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François Hollande devient le favori...
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L'affaire DSK : tremblement de terre politique

Au-delà des questions judiciaires et de l’indispensable présomption d’innocence, quelles vont-être les conséquences politiques de l'affaire Dominique Strauss-Kahn en France ?

Guillaume Peltier

Guillaume Peltier

Guillaume Peltier est député de Loir-et-Cher et vice-président délégué des Républicains. Il a été professeur d'histoire-géographie, chef d'entreprise et porte-parole de Nicolas Sarkozy.

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« Un coup de tonnerre » : en utilisant les mêmes mots qu’au lendemain de la qualification de Jean-Marie Le Pen, le 21 avril 2002, lorsque Lionel Jospin avait décrit le résultat du premier tour de l'élection présidentielle qui le voyait éliminé, Martine Aubry a inscrit l’affaire DSK dans la droite ligne des événements politiques qui ont bouleversé la France et la gauche ces dernières années, à l’instar, et dans un autre registre, de la présidentielle perdue de 2002 et du suicide de Pierre Bérégovoy le 1er mai 1993.

Et la première secrétaire du Parti socialiste a raison : par-delà les questions judiciaires et l’indispensable présomption d’innocence, les conséquences politiques d’un tel événement sont hallucinantes ! Pour tout l’échiquier politique, bien sûr, et tout particulièrement pour :

Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon, à l’ultra-gauche, qui avait fait du patron du FMI la cible idéale de ses attaques politiques sur la mondialisation et la « gauche caviar » : en quelques jours, le leader du Front de gauche aura ri et pleuré en perdant tour à tour son concurrent le plus direct, Olivier Besancenot, l’ancien porte-parole du NPA, et son meilleur ennemi, Dominique Strauss-Kahn, qui lui permettait de relancer, avec force et image, le débat des deux gauches, l’une sociale-démocrate, l’autre décomplexée et intransigeante ;

Marine Le Pen

- Marine Le Pen, à la droite de la droite, qui rêvait d’affronter l’ancien député-maire de Sarcelles dans un duel entre le symbole de la mondialisation libérale et la passionaria de « la France enracinée ». Ce sera désormais plus compliqué pour elle, même si la présidente du FN pourra vite se consoler en espérant tirer les fruits de l’image terrible de DSK menotté, illustration de sa violente et populiste critique des élites déconnectées du peuple ;

Le centre

- Jean-Louis Borloo et François Bayrou, véritablement « scotchés » à la barre des 5 à 6% d’intentions de vote depuis plusieurs mois et qui peuvent aspirer à un espace politique quelque peu libéré alors que le jusque-là favori des primaires socialistes étendait son influence électorale jusqu’aux confins du centre-droit. Aspiration limitée toutefois par la large dispersion du centre aujourd’hui qui porte au moins quatre candidats de Bayrou à Borloo, de Villepin à Hulot… Le retrait de DSK ne serait, pour eux, une divine surprise qu’à la double condition de rassembler les trois premiers sous une même bannière et de voir Martine Aubry préférée à François Hollande au sein du PS, le président du Conseil général de la Corrèze mordant, comme DSK, électoralement au centre.

Nicolas Sarkozy

- Nicolas Sarkozy qui n’avait pas tort de souligner que DSK finirait par faire passer l’actuel président de la République pour un « pasteur méthodiste »… Passés l’effet de surprise et la satisfaction éphémère de voir son plus grand concurrent dans les sondages disparaître des écrans radars de la future présidentielle française, l’hôte de l’Elysée sait bien qu’il vient de perdre l’un de ses meilleurs atouts pour 2012. Un duel avec DSK et ses fragilités personnelles laissait le jeu très ouvert.

Ce sera beaucoup plus compliqué avec François Hollande qui a su, à l’instar de François Miterrand (et la Nièvre) et de Jacques Chirac (et la Corrèze), s’enraciner dans les provinces françaises en partant de Tulle pendant que d’autres regardaient la France depuis Washington. Sa campagne de terrain et de rigueur fait de François Hollande aujourd’hui le candidat le plus sérieux à la primaire socialiste et l’adversaire le plus dangereux pour Nicolas Sarkozy qui espère, et c’est un scénario possible, des primaires serrées et déchirantes entre les clans corrézien et lillois, voire même charentais…

Martine Aubry, vainqueur de justesse, dont le nom fait encore figure de repoussoir pour une grande partie de l’électorat de droite et du FN (ces dernières semaines, les reports de voix du FN pour le second tour de l’élection présidentielle n’atteignaient que péniblement 60% pour N. Sarkozy face à DSK mais plus de 70% face à Martine Aubry), serait l’idéal aujourd’hui pour la droite parlementaire.

Le Parti socialiste

- le Parti socialiste, dans son ensemble : envolées les stratégies des derniers mois ; oubliées les promesses de strapontins pour les amis de toujours, Cambadélis, Le Guen, Moscovici ; abandonnés les ralliements organisés depuis longtemps de Manuel Valls ou, plus récemment, de Ségolène Royal. Tout a changé. Les cartes du jeu politique sont entièrement rebattues. François Hollande devient le favori ; Martine Aubry, qui n’a pas jusque là manifesté de grandes envies (or, « la victoire se donne à celui qui en a le plus… envie » disait François Mitterrand !), va être poussée par tous les amis de DSK pour reprendre le flambeau pendant que d’autres, tels Fabius ou Delanoë, se diront peut-être qu’il s’agit de la chance électorale de leur vie… Quant à Ségolène Royal, elle se tient en arbitre et le soutien qu’elle apportera pourrait s’avérer décisif. Reste à savoir pour qui. François Hollande, son ancien compagnon ? Martine Aubry, celle qui l’a privée de sa victoire presque assurée lors du dernier et si tendu Congrès de Reims ?

Dans ce contexte si mouvant, Harris Interactive a interrogé pour le Parisien/Aujourd’hui en France un échantillon représentatif de 802 Français du dimanche 15 mai 2011 au lundi 16 mai, juste au lendemain du déclenchement de l’affaire DSK. Dans tous les cas de figure, François Hollande apparaît comme la personnalité que les sympathisants de gauche et singulièrement du Parti Socialiste souhaitent aujourd’hui voir désignée par les électeurs des primaires. Personne d’autres ne semblant bénéficier, dans l’instant, de la baisse d’attrait de « DSK ».




Pour Jean-Daniel Lévy, le directeur d’Harris Interactive, « François Hollande semble bénéficier du report de préférence initialement exprimé en faveur du Directeur Général du FMI. En effet, l’ancien Premier secrétaire du Parti Socialiste recueille le soutien de 37% des sympathisants de gauche et de 49% de ceux se déclarant proches du Parti Socialiste. Les autres candidats potentiels ne profitant, actuellement, que faiblement du retrait de DSK.

« Cette enquête permet ainsi de montrer, dans des moments judiciaires particulièrement troublés, que François Hollande est le principal bénéficiaire des déboires rencontrés par Dominique Strauss-Kahn. Reste que ce sondage ne préjuge en rien de l’avenir. Et que les positions des uns et des autres, dont la Première secrétaire du Parti Socialiste, seront de nature à faire évoluer des opinions exprimées, aujourd’hui, sous le coup de l’émotion et de la stupeur ».

Un tremblement de terre politique dont les prochaines répliques devront être décortiquées avec précision tant l’ensemble de la classe politico-médiatique a perdu ses repères. Excepté François Hollande qui récolte les fruits de son positionnement enraciné et de son avance prise dans la campagne, personne ne semble aujourd’hui pouvoir tirer bénéfice, de manière évidente, du retrait quasi-certain de Dominique Strauss-Kahn…

Guillaume Peltier pour la Lettre de l'opinion

Jérôme Fourquet pour l'IFOP


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