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Manifestation pro-palestienne à Paris.
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Les Français face au conflit israélo-palestinien

Le conflit israélo-palestinien a été, en France, le prétexte à des manifestations et à des débordements en marge des cortèges. La situation au Proche-Orient ne laisse pas l'opinion publique hexagonale indifférente.

Jérôme Sainte-Marie

Jérôme Sainte-Marie

Jérôme Sainte-Marie est président de la société d'enquête et de conseils PollingVox.

 

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Atlantico : Alors qu'Israël menait l'offensive contre Gaza, des manifestations en faveur des Palestiniens se sont déroulées un peu partout dans plusieurs villes de France. Quel est le rapport des Français au conflit israélo-palestinien ?

Jérôme Sainte-Marie : Cette question dramatique est aussi un objet d'opinion passionnant. Tout d'abord, il nous rappelle qu'un chiffre de sondage est une moyenne statistique : en l'espėce, se mêlent le point de vue très informé et impliqué de certains, et celui bien plus indifférent de la plupart. Ensuite, si l'on veut prendre un peu de distance historique, il y a trois périodes de l'opinion française sur le conflit. Durant les premières années et jusqu'à la moitié des années 60, les Palestiniens semblent ne pas exister, et l'on discute de la validité du projet sioniste d'un point de vue strictement occidental. Après, une minorité, souvent vers l'extrême gauche, intègre cette histoire à un plus vaste récit, celui de la lutte des peuples contre l'impérialisme, pour faire court. Cependant les sondages montrent une opinion encore massivement pro-israélienne, et la presse a massivement soutenu le point de vue israélien en 1967 et ensuite. La troisième période commence avec les accords d'Oslo. Les Français voient des Palestiniens disposés au compromis, et des Israéliens qui leur paraissent rétifs. Ils changent alors d’avis en faveur des Palestiniens. Ceci ne se fait pas sous le coup de l’émotion, et d’ailleurs les différents massacres ou attentats  jalonnant cette histoire n’ont pas d’effet visible sur l’opinion, mais selon une lecture politique simple du conflit – le rôle du jusqu’au-boutiste s’est à leurs yeux inversé.

En novembre 2012, 75% des Français approuvaient dans un sondage de l’IFOP réalisé pour Avaaz en novembre dernier que "le temps est venu pour les Palestiniens d’avoir leur propre Etat", seuls 8% n’étant pas d’accord avec cette affirmation. Faut-il en conclure que les Français sont acquis à la cause palestinienne ?

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Je ne crois pas que le terme de "cause" palestinienne ou israélienne convienne. Certes, un court passage sur les réseaux sociaux montrent que certains s’identifient bruyamment à un camp ou l’autre, et en font une "cause". Cependant, pour la plupart des Français, le rapport est plus distancié, et sans doute plus sain. Comme tous disent, à commencer par les dirigeants politiques occidentaux, que les Palestiniens doivent avoir un Etat, ils approuvent cette idée. En outre, les Français ayant un certain attachement au droit international, cela leur semble conforme à ce qu’ils savent, plus ou moins précisément, des résolutions de l’ONU. Mais il y a plus. Des mots comme "occupation" ou "colonies" sonnent mal aux oreilles de l’opinion. Pour les défenseurs des thèses du gouvernement actuel d’Israël, la bataille est perdue avant d’être livrée : qui aujourd’hui jugent décents ces mots d’occupation ou de colonies ? D’où l’effort de certains pour imposer des euphémismes, tentative pour l’heure inaboutie.

Selon un sondage BVA entre 2000 et 2004, les Français ayant davantage de sympathie pour la position des Palestiniens relativement à celle des Israéliens sont passés de 18 à 34%. Et en 2010, selon un sondage Ifop, 24 % des Français estimaient que les Israéliens étaient responsables de la non-résolution du conflit. Que dire de l'évolution de l'opinion des Français ? Et comment se partage-t-elle au sein de la population ?

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Depuis vingt ans, les Français inclinent plutôt en faveur des Palestiniens. Cela peut évoluer dans ses proportions au gré des événements, mais la tendance demeure. Cette orientation est d’autant plus forte que l’on est jeune, diplômé et de gauche. A l’inverse, et même si cela peut choquer, notons que la catégorie la plus pro-israélienne dans les sondages est, du moins c’était ce que l’on pouvait lire dans les sondages réalisés durant la seconde intifada et ensuite, les sympathisants du Front national. Ils lisaient le conflit comme un avatar de la guerre d’Algérie, et dans ce cadre projectif se trouvaient naturellement du côté des répresseurs plutôt que des réprimés. Plus globalement, il y a un paradoxe : lorsque François Hollande et son Premier ministre proclament un attachement très fort, sans équivalent depuis les années 50, à Israël et à ses dirigeants, ils le font par dessus les préférences de leur propre électorat. A l’inverse, lorsque Jacques Chirac prenait ses distances à l’égard de la politique israélienne, il troublait certains électeurs de droite qui voyaient en Israël un poste avancé de l’Occident face à l’Islam. Sur ce sujet, les dirigeants politiques français sont souvent en décalage, voire en opposition, avec les sentiments de leurs partisans.

En revanche, à une question sur l’adhésion à une campagne de boycott des produits israéliens, 62% des personnes interrogées avaient choisi de ne pas se prononcer. Comment expliquer cette prudence de la part des Français ?

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Je ne crois pas que les Français aient beaucoup entendu parler de cette campagne, ce qui explique en partie leur abstention. Il y a plus, cependant. Ayant personnellement suivi des interviews sur le sujet, auprès du grand public, j’ai pu constater la grande gêne de certaines personnes. Elles semblent redouter de s’exprimer, alors même que l’on constate que les mêmes donnent une opinion sur des questions dont elles ne sont pas davantage informées. Il y a une violence qui entoure cette question, et une forme d’intimidation qui semble fonctionner, en partie.

Selon une enquête menée en janvier 2011 par l'institut de recherche ICM sur la perception du conflit israélo-palestinien, l'ensemble des pays européens placerait l'incapacité des Palestiniens et des Israéliens à trouver un compromis comme le premier obstacle de la paix au Proche-Orient.  Les Français sont-ils de plus en plus partagés quant aux causes du conflit ?

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Je n’ai pas connaissance de ce sondage, et l’opinion agglomérée de différents pays ne dit pas grand-chose. Il est clair que selon l’histoire de chacun, les avis y sont plus ou moins sereins. Il y a bien sûr, sur une actualité très présente dans les conversations mais cependant très lointaine, la tentation de renvoyer les protagonistes dos-à-dos. Cela n’infirme pas une tendance générale à formuler davantage de reproches à la partie israélienne qu’aux Palestiniens, dans la diversité de la représentation politique de ces derniers. Il s’agit bien là d’une tendance générale, et non pas, précisons-le, de l’avis des citoyens de confession musulmane. Aujourd’hui, l’opinion semble percevoir une contradiction entre d’une part le fil de la politique israélienne, et d’autre part les valeurs qu’elle partage communément. Que ce sentiment soit justifié ou non n’est pas mon propos.

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