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Des missiles Yars RS-24 lors de la préparation d'un défilé militaire à Moscou, le 7 mai 2021.
Des missiles Yars RS-24 lors de la préparation d'un défilé militaire à Moscou, le 7 mai 2021.
©Dimitar DILKOFF / AFP

Disruptif

Skyfall : mais dans quel but réel la Russie teste-t-elle des missiles capables de déjouer les systèmes de défense américains ?

Des images satellites révélées par le média américain CNN montrent que la Russie travaille sur un tout nouveau missile de croisière à propulsion nucléaire appelé Skyfall.

Michael Lambert

Michael Lambert

Michael E. Lambert est titulaire d'un doctorat obtenu à Sorbonne Université en collaboration avec l’INSEAD - Campus de Fontainebleau (décembre 2016). Son analyse au sein de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) porte sur la psychologie politique et les acteurs de la politique étrangère de la Chine et des États-Unis en Eurasie.

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Atlantico : Des images satellites révélées par le média américain CNN montrent que la Russie travaille sur un tout nouveau missile de croisière à propulsion nucléaire appelé Skyfall. De quel type de missile s'agit-il ?  S'agit-il d'un nouveau développement technique, les Russes ayant déjà testé il y a quelques semaines le missile hypersonique Zircon, qui serait capable de déjouer la défense anti-aérienne américaine ?

Michael Lambert : Le 9M730 Burevestnik (Skyfall) est un missile expérimental et fait partie des six nouvelles armes stratégiques russes dévoilées par Vladimir Poutine le 1er mars 2018.

Ses caractéristiques ne sont pas encore connues, mais il est possible qu'il s'agisse d'un missile hypersonique capable de déjouer les systèmes antimissiles disponibles aux États-Unis et en Chine, ou bien d'un missile à propulsion nucléaire subsonique disposant d'une autonomie illimitée. Cette deuxième option ne semble pas improbable dans la mesure où de nombreux pays disposent déjà d'engins, dont des sous-marins à propulsion nucléaire, qui, s'ils étaient automatisés, n'auraient jamais à s’arrêter.

C'est un avantage pour le Kremlin dans la mesure où il existe une différence majeure entre un missile hypersonique qui peut vaincre les défenses d'un pays mais qui doit être lancé à un moment précis, et un missile déjà en mouvement qui est plus difficile à localiser, éliminant ainsi la possibilité qu'un ennemi le détruise avant son lancement.

Dans ce jeu de dissuasion, quelle est l'ampleur de la menace pour la sécurité américaine ? Dans quel but réel la Russie essaie-t-elle ces missiles, capables de déjouer les systèmes de défense américains ?

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À ce jour, si la Russie dispose effectivement de ces deux technologies (Zircon et Skyfall), cela signifie que la seule réponse pertinente pour les Américains est de riposter avec leurs armes nucléaires en cas d'attaque. En définitive, un jeu à somme nulle, alors qu'auparavant il était possible d'envisager une interception des missiles nucléaires russes.
Néanmoins, la quasi-totalité des missiles nucléaires dont dispose la Russie peuvent encore être interceptés par les systèmes américains. Moscou devra donc valider les capacités techniques de ses ambitieux projets, puis développer un nombre conséquent de nouveaux missiles avant de pouvoir menacer la sécurité des américains. Cela laisse plusieurs années aux États-Unis pour développer de nouveaux systèmes antimissiles. C'est le point faible de la Russie, une capacité d'innovation forte mais un manque de moyens de production à grande échelle. 

L'objectif de ces nouveaux essais de missiles est double : Premièrement, cela donnera à Moscou la capacité d'envisager une attaque sans avoir à se préoccuper des systèmes antimissiles américains. Cela débouchera également sur de nouvelles technologies en relation avec la propulsion nucléaire sur terre comme dans l'espace.

Quels changements ces nouvelles technologies apportent-elles sur le plan géostratégique ? Les Américains ont-ils l'intention de répondre aux Russes sur le même terrain ?

Cela rééquilibre la dynamique militaire entre Washington et Moscou, permettant au Kremlin de devenir une menace toujours plus crédible dans le domaine nucléaire aux yeux de l’Otan mais aussi de la Chine.

Washington a déjà lancé des recherches pour le développement de technologies similaires, qui devraient être achevées d'ici 2024-2025. Qui plus est, les États-Unis disposent de connaissances dans ce domaine car l'US Air Force avait déjà mis en place un projet d'avion à propulsion nucléaire, annulé en 1958. Il est possible que certains projets secrets utilisent déjà ce type de technologie, notamment le TR3-Black Manta (Triangle noir) et les avions de 6eme generation. 

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Pour les Etats-Unis, qui sont en position de suprématie militaire dans presque tous les domaines par rapport à la Russie, le développement de ce type de technologie n'est pas une urgence car Moscou et Beijing n'ont pas les moyens d'intercepter les missiles américains. Par conséquent, c'est le développement de nouveaux systèmes antimissiles pour contrer Zircon et Skyfall qui est désormais une priorité pour Washington.

Une politique commune de désarmement entre les deux pays a-t-elle été définitivement abandonnée ?

La Chine et la Russie augmentent leurs capacités nucléaires, c'est également le cas de la Grande-Bretagne et de pays émergents comme l'Inde. La réponse à cette question est donc objectivement positive, même s'il faut rappeler que le nombre d'armes n'est pas important, c'est leur qualité.

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